Une question ? Appelez le 01 48 06 54 92

 

TecHopital.com
http://www.hopitech.org/
http://www.techopital.com/annonceurs.php

Une cuisine mobile à l'Ehpad normand Michel-Grandpierre

Sous le regard de Charlyne Renais, animatrice, Edith Klivinen a réussi à se lever pour faire fondre du chocolat -Crédit: Emmanuelle Debelleix
Sous le regard de Charlyne Renais, animatrice, Edith Klivinen a réussi à se lever pour faire fondre du chocolat -Crédit: Emmanuelle Debelleix

(Lauréat du concours APMnews et Gerontonews de la meilleure idée de reportage hospitalier)

PARIS, 11 septembre 2017 (TecHopital) - Début 2016, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) mutualiste Michel-Grandpierre, à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), s'est doté d'une cuisine mobile. Des chambres aux salles communes, en passant par l'unité Alzheimer, l'outil, à la fois convivial et adapté aux plus fragiles, participe à sa mesure à la dynamique d'animation et de soins. Gerontonews a goûté à quelques plats mitonnés par les résidents.

En deux coups de cuillère à pot, son visage s'est illuminé d'un sourire jusqu'aux oreilles, noir de chocolat. Edith Klivinen déguste, dévore presque, les nectarines au cacao fondu qu'elle vient elle-même de cuisiner... dans sa chambre, au premier étage de la résidence Michel-Grandpierre, un Ehpad situé au coeur de Saint-Étienne-du-Rouvray, en banlieue rouennaise (Seine-Maritime), et géré par la Mutuelle du bien vieillir (MBV).

Le verdict de la nonagénaire qui, quelques instants plus tôt, chipotait, d'un air las, son bol de complément alimentaire, est sans appel: "Ça au moins, ce n'est pas insipide. C'est une douceur, un plaisir. Peut-être parce que je l'ai moi-même cuisiné ?!". Charlyne Renais et Gwladys Drieu, les deux animatrices de l'Ehpad, sourient. "Pari gagné."

Edith Klivinen en compagnie de Gwladys Drieu et Charlyne Renais, animatrices -Crédit: Emmanuelle Debelleix
En début de journée, ce 6 juillet, les deux jeunes femmes hésitaient pourtant à frapper à la porte de la résidente pour lui proposer de confectionner un goûter sur la cuisine mobile de l'établissement. "C'est qu'il y a 15 jours, nous avons bien cru la perdre", souffle Gwladys Drieu. Affaiblie et dénutrie, la vieille dame, atteinte de la maladie de Parkinson, avait qui plus est le moral au plus bas, suite au récent décès de ses deux meilleures amies de la résidence. Mais le plaisir manifeste d'Edith Klivinen à manger marque le bienfait, même éphémère, de leur démarche.

Pour arriver jusqu'à la chambre de la vieille dame, Gwladys Drieu et Charlyne Renais ont fait rouler "l'engin". Slalomant entre lit, fauteuil, et meubles de bois brut, les animatrices ont trouvé une place à la cuisine mobile dont l'Ehpad s'est doté il y a maintenant un an et demi: un meuble rouge et gris rutilant, équipé d'un four et de deux plaques de cuisson électriques, avec plan de travail et espaces de rangement pour les ustensiles culinaires de base. Pas d'arrivée d'eau, pour ne pas surcharger la bête -"mais ce n'est pas un problème", commente Charlyne Renais, "il y en a à tous les étages, dans les petites salles à manger comme dans les chambres".

"Comme à la maison"

"L'histoire de cette cuisine mobile est née d'une initiative de Gwladys Drieu, alors en stage chez nous dans le cadre de ses études d'animatrice en gérontologie. Ateliers de cuisine thérapeutiques organisés au pôle d'activité et de soins adapté [Pasa] par la psychologue, Julie Catero, ou goûters d'animation mis en place par Charlyne Renais existaient certes déjà, mais nous sentions bien qu'il aurait été intéressant de développer plus encore ce type d'interventions. L'envie nous taraudait... sans que, sans doute par manque de temps, nous ayons jusqu'alors réussi à imaginer plus", explique la directrice de l'établissement, Sandrine Da Cunha Leal.

Pour Gwladys Drieu, la cuisine mobile s'est très vite imposée comme un biais évident. L'outil, synonyme de possibilité "d'amener la cuisine à tous les étages, d'y propager les effluves gourmands et conviviaux, me semblait intéressant. Interrogés au début de mon stage, les résidents avaient en effet évoqué le manque de matériel et de lieux disponibles pour les ateliers culinaires. Ce qu'ils souhaitaient le plus, c'était de pouvoir disposer d'un four, pour pouvoir faire cuire eux-mêmes 'un petit plat comme à la maison'".

Charlyne Renais et Gwladys Drieu -Crédit:Emmanuelle Debelleix
La jeune femme a donc cogité. Objectif: concevoir une cuisine mobile, qui, pour jouer sur l'aspect "comme à la maison", ne relève ni du matériel professionnel ni du matériel de camping, et dont la simplicité permette une utilisation dans tout l'établissement, l'Ehpad étant doté de 76 places, dont 24 en unité protégée et 12 en Pasa (auxquelles s'ajoutent 10 places en accueil de jour Alzheimer).

Avec l'agent d'entretien responsable de la maintenance, elle a creusé les obligations sécuritaires: la nécessité d'un matériel aux normes européennes et pouvant s'alimenter sur des prises en 220V, ainsi qu'un chariot, doté de poignées de tirage et de roulettes à freins, devant pouvoir emprunter l'ascenseur. Le tout assorti d'une feuille de consignes de sécurité pour que chaque professionnel désireux de s'en servir connaisse les lieux de branchement possibles.

Gwladys Drieu a cherché ce qui se faisait ailleurs en Ehpad, mais n'a pas trouvé son bonheur. Elle s'est tournée vers le matériel des grandes enseignes, mais le prix des éléments de cuisine, avoisinant les 1.000 euros, s'est révélé dissuasif. Coup de chance, un proche, gérant d'une entreprise de chauffage - La Devilloise de chauffage - enthousiasmé par le projet, s'est lancé bénévolement dans la conception et la construction de la bête, jusqu'à l'offrir à la résidence.

Papilles et pupilles

Inaugurée fin janvier 2016 autour d'un gâteau aux pommes, la cuisine mobile est vite devenue objet du quotidien à l'Ehpad, véhiculée aussi bien par les animatrices que par les soignants l'ayant adoptée. Certes, reconnaît Charlyne Renais, l'engin reste, pour le moment, davantage utilisé lors d'ateliers cuisine qu'en chambre - "par manque de temps essentiellement".

Son utilisation dépend aussi "de l'appétence plus ou moins marquée de différents professionnels pour la chose culinaire", ajoutent Ahlan Dendani, aide-soignante au Pasa, et Morgane Pupin, auxiliaire de vie en poste à l'unité protégée, où l'outil est utilisé "a minima tous les 15 jours", et de façon impromptue, en chambre, "selon la forme et les envies des résidents".

Si la cuisine mobile n'a pas tout révolutionné, elle est "un plus majeur", souligne la psychologue des lieux. Imaginée par Gwladys Drieu comme un outil d'animation à même de dynamiser la résidence, facteur d'échanges goûteux, "elle est aussi vecteur de soins, notamment pour les plus fragiles des résidents -les plus isolés, attirés par le fumets des crêpes ou du chocolat, ceux ayant perdu l'appétit retrouvant, même brièvement, le plaisir de manger leur 'madeleine de Proust' confectionnée sur le fourneau mobile, ou encore ceux souffrant de démence ou d'Alzheimer, mais ayant conservé, intacts, quelques gestes de toujours- laver, éplucher, touiller, malaxer...", souligne Julie Catero, la psychologue.

La cuisine mobile peut ainsi "soutenir la réminiscence, [aider] au repérage dans le temps et l'espace. Elle est synonyme de partage, de stimulation des praxies, et de stimulations sensorielles... La mobilité, et donc les biais d'interventions multiples, en plus", ajoute-t-elle.

En guise d'illustration des bienfaits de l'engin, Julie Catero, comme tous les professionnels croisés en ce début juillet, évoque "l'incroyable impact des odeurs diffusées par la cuisson des plats dans les étages" -les portes qui s'ouvrent pour mieux humer les crêpes Suzette, les résidents qui s'enhardissent pour s'approcher et goûter, les conversations qui se nouent, impromptues, les soignants qui eux-mêmes s'arrêtent pour une pause gourmande... "C'est que l'odorat est le sens le plus puissant et le plus longtemps conservé, celui aussi qui suscite le plus de souvenirs", commente-t-elle.

Quand la mayonnaise prend

Les regards curieux lancés à la chambre d'Edith Klivinen en pleine cuisson de son chocolat lui donnent raison. Un peu plus tôt dans la journée, les effluves d'un filet mignon, dorant dans le petit four de la cuisine sur roues, avaient eux aussi fait stopper résidents et professionnels passant dans le couloir voisin. Il s'agissait du plat d'honneur d'un repas cuisiné de A à Z par sept résidents, accompagnés de Charlyne Renais et Gwaldys Drieu.

La cuisson du filet mignon a d'ailleurs agité les méninges, entre adeptes de la cocotte et tenants du four. Seul représentant de la gente masculine, Jean-Claude Bizet a souri, avouant qu'en la matière, il était novice. Avant d'oser se lancer, sous le regard esbaudi de sa femme, dans la confection d'une mayonnaise.

Mayonnaise, et donc oeufs, nous sommes-nous étonnés. "Eh oui! Les résidents ayant, à plusieurs reprises, déploré de ne disposer que de poudre d'oeufs qualifiée de 'tristoune', le groupe MBV nous a, à titre exceptionnel, autorisés à en utiliser. Seule obligation: s'ils sont mélangés, les oeufs doivent être cassés un par un dans un bol, humés consciencieusement... avant d'être incorporés à la préparation", explique Gwladys Drieu.

Interrogée, plus globalement, sur les normes d'hygiène alimentaire en vigueur, la jeune femme indique que, "pour l'essentiel, ce sont tout simplement celles de la cuisine de l'Ehpad, les aliments nécessaires à la fabrication des plats, sucrés le plus souvent, étant fournis par le chef cuisinier".

"Pour des plats élaborés, ou un repas entier comme celui préparé aujourd'hui, autorisation a, ceci étant, été donnée aux professionnels de la résidence d'acheter eux-mêmes les produits nécessaires -sur le budget animation- et ce, à condition de conserver, dans un classeur, absolument tous les emballages précisant origines et dates de péremption des produits", ajoute l'animatrice.

Hormis les fruits de mer, rien n'est donc interdit. Une petite lampée de cidre est même autorisée... "à dose raisonnable", commente-elle. La quantité de denrées s'amoncelant sur la table l'illustre à sa façon. Tandis que Jean-Claude Bizet s'essaie à battre ses oeufs, Colette Chetritt, presque aveugle et sur la réserve, se laisse allée à découper des poivrons, émerveillée de découvrir que ses mains n'ont pas oublié comment faire. "Merci, oh merci pour ce moment", glisse-t-elle à Gwladys Drieu.

La cerise sur le gâteau

Louisette Courage et Ana Sagit, veillent, elles, à la cuisson des courgettes, se relayant dès que l'une des deux fatigue de la station debout. Les légumes dorés à point, la dégustation commence.

En silence d'abord -"logique, dites donc, on savoure!", commente, pince-sans-rire, Louisette Courage- puis dans le brouhaha de papotages endiablés, étonnant presque leurs auteurs eux-mêmes.

Les chansons paillardes entonnées par Jean-Claude Bizet à l'heure du café prennent le goût d'une cerise sur le gâteau. "C'est drôle, vous ne trouvez pas, que ce soient justement ces paroles-là que l'on n'oublie pas", pointe malicieusement Ginette Biron entre deux couplets.

La directrice, attirée par les rires, passe une tête. Elle précise en souriant que "le succès de la cuisine mobile a fait réfléchir le groupe MBV, qui souhaiterait en installer une dans chacun des 21 Ehpad qu'il gère. Il ambitionne même d'obtenir une éventuelle labellisation de l'outil".

Partagez cet article

Il n'y a pas encore de commentaire sur cette publication.
Soyez le premier à réagir

Pour commenter cet article identifiez-vous ou enregistrez-vous si vous ne l'avez pas encore fait
http://www.jet-expo.com/

Inscrivez-vous à la newsletter gratuite

Les offres
Agenda

Inscrivez-vous gratuitement à TecHopital.com

okSoyez informé des nouveautés du site
okRéagissez et commentez les articles
okRecevez la newsletter premium

Conformément à la loi 78-17 du 6 janvier 1978 (modifiée par la loi 2004-801 du 6 août 2004 relative à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements de données à caractère personnel) relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent. Vous pouvez l'exercer en adressant un courrier électronique à admin@apmnews.com ou par courrier postal à APM International, 33 avenue de la République, 75011 Paris.

Civilité
Nom*
Prénom*
Email*
Mot de passe*
(6 caractères minimum)
Etablissement
Fonction*

En validant cette inscription vous aurez accès au contenu du site TecHopital.com et vous nous autorisez à traiter et à transmettre vos informations personnelles conformément aux termes de la loi.  (Notice légale )

Cochez cette case pour accepter ces conditions