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Risques psycho-sociaux: huit consultants au banc d’essai

PARIS, 5 décembre (Direct Hôpital) - Face à une demande croissante de prise en charge des risques psycho-sociaux (RPS), les cabinets de consultants développent leur offre. Nous avons interrogé huit d’entre eux sur leur démarche, leurs effectifs et leur expérience dans le monde de la santé, afin de fournir des pistes de réflexion. Généralement, le choix d’un consultant pour un établissement public se fait sur appel d’offres, alors que dans les structures privées, le client peut faire appel directement à un cabinet connu de lui.

Ces consultants sont issus d’horizons très divers: psychiatres, psychologues cliniciens, psychothérapeutes, experts en management, médecins du travail, DRH, sociologues du travail, spécialistes de l’urgence médico-psychologique…

La démarche est relativement standardisée: diagnostic du RPS, généralement fondé sur un audit; analyse débouchant sur un rapport écrit obligatoire (remis à la direction, au CHSCT, aux organisations syndicales…), avec restitution orale au personnel concerné; définition d’un plan d’actions; évaluation des résultats.

La demande émane principalement de trois types d’acteurs, souvent associés, expliquent le Dr Patrick Légeron, directeur scientifique du cabinet Stimulus et Jean-Marie Lançon, de Lançon Conseil:

  • les directions d’établissements confrontées à la situation difficile d’un ou de plusieurs salariés, ou incitées par l’inspection du travail, une DRH, ou l’ARS à se mettre en accord avec la nouvelle réglementation sur les RPS émanant de la DGOS (circulaire du 31 juillet 2012) ;
  • les partenaires sociaux (CHSCT), qui mettent en avant un RPS ;
  • la médecine du travail qui peut alerter une direction et lui expliquer qu’une démarche de prévention s’avère nécessaire.

Toutefois, "les établissements de santé sont souvent des structures de moins de 1.000 salariés, qui n’ont donc pas l’obligation réglementaire relative à la prise en compte des RPS, comme dans toute entreprise qui dépasse un tel effectif", indique Patrick Amar, de la société Axis Mundi.

A l’hôpital, c’est l’ensemble du personnel médical et non médical, qui peut être impacté par les RPS. Dans ce secteur, l’une des problématiques majeures réside dans "la réduction des moyens", relève Sylvaine Gremont de la société Creattis. Les soignants sont par ailleurs confrontés à des contraintes horaires et à un compactage du travail, ainsi qu’à la peur de commettre une erreur, qui peut générer une hypervalidation des gestes médicaux, des comportements de repli ou inadaptés, tels qu’un harcèlement de la part d’un cadre de santé comme d’un chef de service, signale-t-elle. Ce d’autant plus qu’il n’existe, dans le cursus des études des soignants, aucune formation sur les RPS, reconnaît Sylvia Lounis, psychologue clinicienne et consultante chez Artélie Conseil. Selon elle, il y aurait "une vraie prévention primaire à développer dans les formations initiales du personnel de santé, qui n’existe pas à l’heure actuelle".

La phase de diagnostic repose sur des entretiens qualitatifs d’une heure et demie à deux heures, individuels et collectifs (entre groupes de pairs notamment), afin d’appréhender l’ambiance au travail, ainsi que la façon dont se perçoivent entre eux les salariés et se répartit la charge de travail. Parfois, ces entretiens sont remplacés par des questionnaires structurés en ligne, mais reconnaissent la majorité des consultants interrogés, ceux-ci ne doivent être utilisés qu’à titre indicatif. Vient ensuite l’observation sur le terrain pour mettre en corrélation ce qui a été rapporté en entretien avec ce qui est constaté sur place, afin d’éviter des biais de comportement, signale Caroline David qui dirige le cabinet du même nom.

"Il y a, en réalité, très rarement de dissonance entre les deux", a constaté pour sa part Sylvaine Gremont, au fil de ses interventions. Dans le rapport qui découle du diagnostic, elle a d’ailleurs l’habitude de glisser des "verbatim" pour mettre en exergue ce qui est vécu et ressenti par le personnel.

Certains cabinets ont développé leur technique en matière de diagnostic: le cabinet Artélie Conseil a, par exemple, mis en place depuis près de deux ans un audit "flash" s’étalant sur une demi-journée, fondé sur quelques entretiens et aboutissant à la délivrance du certificat "Artélie". Il peut être utile de produire ce document devant un juge, fait valoir Bénédicte Haubold, directrice générale.

Pour un établissement d’environ 500 salariés, il faut compter de l’ordre de deux à 4 mois de travail diagnostique sur le terrain, soulignent Franck Martini de la société Cateis et Sylvaine Gremont. Il est important que cette phase ne dure pas trop longtemps car lorsque la demande est réelle et justifiée, il importe d’y répondre au plus vite, souligne le consultant de Cateis.

Une démarche adaptée de prévention des risques ou de gestion d’une situation de crise est ensuite proposée, en fonction de la taille de la structure demandeuse, des acteurs disponibles et compétents mobilisables, et en constituant un comité de pilotage destiné à porter l’opération.

Le plan d’actions peut reposer sur des formations pouvant être financées par le Fonds national de prévention, sur du conseil en management ou en organisation du travail ou encore sur un accompagnement envisagé sur plusieurs mois. Orchestra Consultants préconise, en outre, de mettre en place un baromètre "Bien-être au travail" pour pérenniser ce plan, suivre l’évolution d’une situation sur des indicateurs et dresser un bilan un an plus tard. L’essentiel dans une telle démarche étant de "bâtir un dispositif pérenne et d’instaurer une sorte de veille", estime Franck Martini.

"Dans un Ehpad, illustre Caroline David, un comité de pilotage a été formé sur deux ans pour permettre à l’établissement de s’approprier une démarche de prévention et devenir autonome à l’aide d’outils et de méthodes fournies par le consultant. Ailleurs, dans un service d’urgences d’une clinique privée, une période de 12,5 jours a été nécessaire pour formaliser la démarche globale, avec 3,5 jours pour les entretiens, un jour pour l’analyse du document initial résumant la situation, un jour pour l’observation sur le terrain, trois jours pour l’analyse et la rédaction du rapport, une demi-journée pour la restitution des données aux acteurs impliqués, ainsi que trois réunions d’une demi-journée pour l’élaboration du plan de prévention, assorties d’une réunion de bilan".

Un cabinet de consultants en RPS peut monter un dossier pour être agréé comme expert des RPS auprès des CHSCT, agrément géré par le ministère du Travail, qui n’est toutefois pas obligatoire. De plus, "les CHSCT peuvent se trouver dans une situation conflictuelle avec une direction et par conséquent, vouloir se servir d’un expert pour contrecarrer l’action de celle-ci, ce qui manque d’impartialité", met en garde Olivier Naccache, d’Orchestra Consultants. Un cabinet peut aussi être agréé par la Carsat (Caisse d’assurance retraite et de santé au travail), émanant là encore du ministère du Travail, conjointement avec l’INRS et l’Arcat, ajoute-t-il. Dans toute demande, il est ainsi indispensable pour un consultant de se montrer réservé face à "une expertise sollicitée par un CHSCT à titre revendicatif", prévient de son côté Sylvaine Gremont.

Les cabinets de consultants joints par Direct Hôpital se sont avérés relativement différents en termes de taille et d’expérience dans le monde de la santé comme le montre le tableau ci-dessous.

Quant au tarif demandé (HT et hors frais de déplacement), les prix varient d’une facturation à la journée ou demi-journée à la facturation au forfait, en fonction des actions définies (prestation d’expertise diagnostique, de conseil, formation ou accompagnement, par exemple), de la taille de la structure, de l’effectif concerné par la démarche et de la population suivie. A titre indicatif le prix d’une journée est fixé à 1.000 euros HT par l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), ce tarif étant dans la pratique plutôt un minimum./ar

* Artélie Conseil, Axis Mundi, Caroline David Consultants, Cateis, Creattis, Lançon Conseil, Orchestra Consultants, Stimulus.

 

  Nombre de consultants Régions d'intervention Expérience santé (1) Tarifs (2)
Artélie Conseil 12 France entière * Forfait de 20.000 à 150.000 €
Axis Mundi 15 + 300 vacataires France entière ** 1.500 à 1.800 €/jour
Caroline David Consultants 2 + groupement de consultants France entière ** 1.200 à 1.400 €/jour
Cateis 14 Paris, Marseille, Lyon, environs *** 1.300 à 1.600 €/jour
Creattis 1 + 10 vacataires Grand quart Nord-Ouest ** 900 à 1.200 €/jour
Lançon Conseil 2 + 10 vacataires France entière *** 40 à 50 €/pers/jour
Orchestra Consultants 6 Ouest *** 1.200 à 1.300 €/jour
Stimulus 30 + 30 vacataires France entière *** 1.400 à 2.500 €/jour

(1) Le nombre d'étoiles reflète le plus ou moins grand nombre de clients hospitaliers ou d'EHPADs pour lesquels le cabinet a déjà effectué des missions   
(2) Les tarifs varient notamment en fonction de la taille de la structure  

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