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Risques psychosociaux: 40% des personnels ne se sentent pas capables de tenir jusqu'à leur retraite

PARIS, 18 mars 2015 (Direct Hôpital) – L'exposition aux risques psychosociaux varie fortement en fonction de la profession exercée en établissement de santé, bien plus que selon le statut de celui-ci (public ou privé), selon le panorama 2014 des établissements de santé publié début mars par la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees).

Ce rapport, qui vise à "approfondir des questions structurelles et éclairer les mutations du monde hospitalier", porte notamment sur les conditions de travail dans les établissements de santé. Il montre notamment que les contraintes subies par les agents et salariés sont en diminution depuis 2003. Par ailleurs, il indique que la mise en oeuvre de la tarification à l'activité (T2A) n'a pas eu d'effet significatif pérenne sur les réadmissions à 30 jours en chirurgie.
 
Pour cette édition 2014, la Drees a décidé pour la première fois d'approfondir la question des risques psychosociaux (RPS). Un questionnaire auto-administré a été distribué aux 4.300 personnels de l'ensemble du secteur hospitalier (public et privé) interrogés dans le cadre de l'enquête "Conditions de travail", menée en 2012 et 2013. Les questions portaient spécifiquement sur les relations au travail avec les autres, la satisfaction et les difficultés au travail.
 
La principale observation de l'enquête est que sur l'ensemble des indicateurs, il existe peu de différences entre le fait de travailler dans un établissement public ou privé. Il n'y a pas de différences sur la dimension des exigences au travail et, sur la question du rapport à autrui, la seule différence est que les personnes qui travaillent dans un établissement public sont plus susceptibles d'être agressées verbalement par le public (patients ou accompagnants).
 
Les agents du public déclarent un peu plus souvent vivre des changements imprévisibles ou mal préparés, mais ils sont aussi plus nombreux (77% contre 70% dans le privé) à déclarer que leur travail permet de développer leurs compétences.
 
"C'est surtout la profession exercée qui est discriminante dans l'exposition aux risques psychosociaux", relève la Drees. Au niveau global, quatre personnes sur 10 dans le secteur hospitalier "ne se sentent pas capables de faire le même travail jusqu'à leur retraite". Cette proportion atteint 51% chez les infirmiers et les sages-femmes.
 
Les infirmiers sont la famille professionnelle la plus exposée aux RPS. Ils sont 72% à se sentir "exploités", contre 65% pour l'ensemble du personnel. 18% déclarent travailler toujours sous pression, un pourcentage supérieur de 10 points à celui des médecins.
 
Si l'indicateur général de bien-être au travail ne diffère pas en fonction du statut de l'établissement, quelques différences émergent au sein des familles professionnelles. Les médecins qui exercent dans un établissement privé semblent éprouver moins de difficultés que leurs confrères du public. 71% des médecins du public sont d'accord avec l'assertion "Je dois penser à trop de choses à la fois", contre 52% des médecins du privé. 28% des médecins du public ont l'impression d'être "ignorés", contre 10% de ceux du privé.
 
Chez les professions administratives, la situation est inversée. 35% des personnes ayant des tâches administratives dans le privé se sentent ignorées, contre 26% dans le public. L'esprit d'équipe est aussi plus présent chez le personnel administratif du public que du privé, note la Drees.
 

Peu de fierté et un sentiment de travail excessif

 
Le sentiment de fierté lié au travail est globalement très faible. Seuls 11% de l'ensemble des sondés déclarent éprouver un sentiment de fierté du travail bien fait. La proportion tombe à 5% chez les infirmiers. "Les agents d'entretien éprouvent paradoxalement plus de fierté de leur travail que les infirmiers", relève la Dress: un quart d'entre eux ont cette fierté du travail bien fait.
 
La fierté d'appartenir à l'organisation est plus importante pour les personnes travaillant dans une clinique privée que pour celles du secteur public. Elle est présente chez un quart de l'ensemble des sondés et un cinquième des infirmiers.
 
La moitié des personnels sondés trouvent la quantité de travail excessive, une proportion qui atteint 59% chez les infirmiers. "Devoir penser à trop de chose à la fois" est une situation dénoncée par 60% des salariés, dont 75% des infirmiers et 69% des médecins.
 
Le personnel soignant non médical se sent le plus "contraint en qualité", c'est-à-dire qu'il faut se dépêcher pour accomplir des opérations qui demanderaient davantage de temps. Les professions paramédicales ou administratives ressentent moins d'empêchement pour accomplir leurs tâches à un rythme adéquat. Concernant les conflits éthiques, 10% des travailleurs déclarent devoir faire des choses qu'ils désapprouvent. Les plus concernés sont les aides-soignants (13%) et les plus à l'abri sont les médecins (6%).
 
Il y a peu de différences entre les familles professionnelles sur le ressenti vis-à-vis des collègues ou de l'ambiance de travail. Seuls les agents d'entretien ressentent moins d'entraide de leurs collègues et plus de moqueries et d'agressivité.
 
Dans les relations avec le public, par contre, plus la moitié des salariés mentionnent des "tensions". Les infirmiers sont les plus concernés (67%), devant les médecins (58%) et les aides-soignants (57%). 39% des hospitaliers déclarent avoir déjà été victimes d'une agression verbale de la part du public et 11% indiquent qu'il leur arrive d'avoir peur pendant leur travail, pour leur sécurité ou celle des autres.
 
Enfin, "devoir éprouver de l'empathie dans le cadre de son travail est ce qui oppose le plus les différentes familles professionnelles", conclut le rapport. Les personnels en contact direct avec les malades sont plus souvent exposés à des risques psychosociaux que l'ensemble des salariés, en raison notamment des exigences émotionnelles liées à leurs missions.
 
 
mb/ab/

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