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Amiante dans les établissements de santé: "les directeurs sont extrêmement sensibilisés à ce sujet"

Crédit : Shutterstock
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(Par Geneviève DE LACOUR)

PARIS, 21 mars 2019 (TecHopital) - Directeurs des ressources humaines et directeurs techniques sont extrêmement sensibilisés à la question de l'amiante, toujours présente dans les établissements de santé, ont expliqué El Hadi Benmansour et Jean-Pierre Clément de la direction du département de la maîtrise d'ouvrage et des politiques techniques de l'AP-HP, interrogés par TecHopital, 20 ans après l'interdiction de cette fibre dans les matériaux de construction.

Roger Lenglet a publié fin 2018 "Le livre noir de l’amiante" dans lequel il interroge sur la gestion de l’amiante, 20 ans après son interdiction en 1997. Il estime dans son ouvrage "que la perception de la dangerosité de l’amiante s’émousse avec le temps". TecHopital a donc décidé d'interroger des responsables techniques spécialistes de l'amiante à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) et dans les CHU de Caen et Besançon.

"Tous les CHU de France qui font partie de la commission 'architecture et ingénierie' au sein de la conférence des directeurs généraux des CHU sont sensibilisés à la question de l'amiante", ont constaté El Hadi Benmansour, directeur du patrimoine de l’AP-HP, et Jean-Pierre Clément, ingénieur référent technique du département de la maîtrise d'ouvrage et des politiques techniques, interrogés par TecHopital. Un groupe de travail sur cette thématique a d'ailleurs été créé il y a 3 ans.

Mais plus globalement, "tous les directeurs des ressources humaines, les directeurs techniques, sont extrêmement sensibilisés à ce sujet, puisqu’il s’agit d’un sujet de santé au travail", ont-ils complété.

L'AP-HP a depuis plus de 15 ans mis en place une stratégie pour gérer le risque amiante notamment via à un plan d'action en 10 points (cf dépêche Techopital).

"Depuis 2003, l'AP-HP réalise un bilan annuel systématique, qui concerne aussi bien le suivi technique des surfaces amiantées", que le suivi de l'exposition des agents exposés. "Nous essayons de recenser les surfaces de dalles vinyles amiantées", a expliqué El Hadi Benmansour.

Ainsi, "tout matériau dégradé fait l'objet d'un suivi particulier avec des mesures d'empoussièrement. Chaque fois que ces analyses se révèlent proches des seuils à ne pas dépasser, l'AP-HP décide d’engager les opérations de désamiantage, "dans l'année au plus tard". En 2017, sur les 230.000 m² de sols amiantés recensés, c'est-à-dire les dalles amiantées ou les dalles dont la colle est amiantée (soit 6% du total des surfaces des sites de l'AP-HP), une surface d'environ 10.000 m² a été retirée.

"Nous avons constaté que le coût du désamiantage pouvait représenter entre 6% et 13% du coût global de déconstruction d'un bâtiment", a précisé le directeur du patrimoine.

Quel budget accorder au désamiantage?

"La politique de gestion de l'amiante à l'AP-HP est à la fois de réaliser des opérations ciblées, dans le cadre de l’enveloppe des investissements techniques (soit 50 millions d'euros par an) mais aussi de réduire ces surfaces grâce à des opérations de rénovation, de démolition ou de reconstruction. Ainsi, "sur les 9 dernières années, nous avons consacré en moyenne 1,5 M€ par an rien que pour l’amiante, et 13,5 M€ de crédits pour le désamiantage".

"L'organisation 'amiante' de l'AP-HP est très bien structurée", a indiqué le directeur du département. Elle s'appuie à la fois sur un comité amiante central et des "comités amiante" locaux, constitués, pour chacun des groupes hospitaliers: de responsables des ressources humaines, d’ingénieurs, de médecins du travail et de représentants du personnel et, sur chaque site, un référent amiante. C'est ce dernier qui assure le suivi des surfaces dégradées.

Cette démarche s'appuie aussi sur le guide amiante "publié initialement en 2004 puis réactualisé en 2014 et 2017, qui a été remis à tous les référents de l’AP-HP". Il est également disponible sur le site intranet de l'AP-HP.

Enfin, ces bilans sont présentés tous les ans aux instances dirigeantes l'institution.

Des déchets bien encombrants

Autre problème lié au désamiantage, celui du devenir des déchets amiantés. En effet, l'établissement de santé reste responsable de l'amiante jusqu'à sa fin de vie, c'est-à-dire au-delà de l'évacuation du déchet. L'AP-HP a décidé d'opter pour l'inertage de tous ses déchets amiantés, méthode "qui coûte beaucoup plus cher que la mise en décharge", a souligné El Hadi Benmansour, mais avec ce procédé, "nous sommes rassurés".

L'inertage consiste à chauffer les déchets amiantés à très haute température et à les vitrifier, pour en faire une pierre artificielle réutilisable sur les ballasts de voies ferrées. Le directeur technique a indiqué que le coût de l'inertage "représente 13% du coût du désamiantage".

A noter que le groupe de travail amiante de la commission des directeurs de CHU préconise l'inertage uniquement pour les matériaux à forte teneur en amiante et friables.

Interrogé sur la possibilité pour l'AP-HP d'en finir avec la question de l'amiante, El Hadi Benmansour a expliqué que "sur ses 15 dernières années", l'institution francilienne "a reconstruit à peu près 13% de son patrimoine". Et "si nous voulons être sûrs de ne plus avoir d'amiante dans les bâtiments, il faudrait compter plusieurs décennies pour reconstruire la totalité de nos bâtiments, ce qui d'ailleurs n'est pas la volonté de l'AP-HP, notamment pour ses bâtiments historiques".

L'épineuse question du diagnostic avant travaux

Comment s'assurer de la qualité des travaux et des diagnostics? "Il faut gérer le risque de manière rigoureuse, avec une bonne traçabilité" des produits amiantés, souligne le directeur du département.

Le "diagnostic avant travaux" est appliqué par l’AP-HP depuis 2014, soit bien avant l’obligation réglementaire, inscrite au code du travail en mai 2017. "Avant de réaliser des travaux, nous déclenchons donc une mission diagnostic dans toute la zone concernée, avec un plan de prélèvements et des analyses en laboratoire d’un certain nombre de supports (sols, murs, faux plafonds et plafonds). Sur la base de ce diagnostic, nous rédigeons notre cahier des charges pour le désamiantage. Et parfois, nous avons des surprises", note El Hadi Benmansour. Les CHU avaient déjà cette pratique, avant l'obligation réglementaire, puisqu'elle avait été recommandée par le groupe de travail "amiante".

"Nous allons bien au-delà de la réglementation", a assuré Jérôme Colin, co-pilote du "GT amiante" et ingénieur au CHU de Caen.

Quant au sous-traitant, il doit passer par une procédure d’agrément. "La maîtrise d’œuvre a pour obligation de vérifier que l’entreprise a la capacité de faire. Et nous vérifions que le sous-traitant est bien qualifié. Notre responsabilité étant engagée, notre vigilance reste intacte. Nous avons toujours le double contrôle: à la fois par la maîtrise d’œuvre et par la direction technique du site qui accueille les travaux", détaille le directeur de département de l'AP-HP.

Vivre avec l'amiante

"Eradiquer l'amiante est difficile et dangereux. Vivre avec peut être une solution", a indiqué Jérôme Colin. "Souvent, pendant les travaux de désamiantage, l'établissement doit continuer à recevoir du public. Si le matériau est en bon état, il est possible de vivre avec, en l'encapsulant."

Le coût de l'encapsulage "est quasiment identique à celui de l'enlèvement", souligne l'ingénieur de Caen. D'ailleurs, "le choix de maintenir l'amiante encapsulée sur le site se fait en dernier recours. Il est aussi possible de décider d'encapsuler en attendant les travaux", précise-t-il.

Des entreprises pas suffisamment cadrées

L'auteur du "Livre noir de l'amiante" a souligné dans son ouvrage que les diagnostics avant travaux posent souvent problème car ils sont très partiels. Il témoigne également du manque de sérieux de certaines entreprises. "Si le diagnostic est mal réalisé et passe à côté de l'amiante, les risques de surcoûts peuvent être considérables pour l'établissement."

Et "si l'entreprise qui établit le diagnostic avant travaux veut aller trop vite ou se trompe, c’est le maître d’ouvrage qui paie". Or, "il est très difficile de se retourner contre l’entreprise qui a fait le diagnostic", a-t-il précisé. Globalement, "l’obligation de résultat des entreprises de diagnostic n’est pas suffisamment bien cadrée", a fait remarquer le directeur du département de la maîtrise d’ouvrage et des politiques techniques de l’AP-HP.

Le groupe de travail "amiante" des CHU
Ce groupe de travail se réunit une fois par trimestre et appartient à la commission "ingénierie et architecture" qui regroupe les ingénieurs qui gèrent la question de l'amiante au sein des CHU. "Les CHU de Caen, Besançon, Clermont-Ferrand, l'AP-HP sont des spécialistes de cette problématique car historiquement, ces établissements avaient beaucoup d'amiante", a précisé Jérôme Colin.
Ainsi, une dizaine de CHU sont représentés lors des réunions trimestrielles. Actuellement, ce groupe participe à une étude sur l'impact du lavage par monobrosse sur les sols amiantés. L'AP-HP a mis à disposition des locaux pour réaliser des tests. "Nous essayons d'apporter notre expérience à chaque établissement", a indiqué Jérôme Coulon, du CHU de Besançon, co-animateur du groupe.
"Globalement, la prise en charge de l'amiante s'améliore. Le partage des connaissances apporte des solutions aux petits établissements. Les établissements partie peuvent en effet s'appuyer sur les établissements support qui ont un rôle de conseil", a-t-il complété. Avec les GHT, le nombre de personnes ressources a en effet augmenté. "Nous leur expliquons ce qui peut être fait, ce qui doit être fait, et comment le réaliser. Et quand on voit le nombre de diagnostics réalisés, la situation s'améliore.Tous les établissements poussent les diagnostics et les diagnostiqueurs, qui plus est dans le cadre des GHT."
L'objectif de ce groupe de travail est de mettre en commun les expériences, en mettant à disposition des hôpitaux (CHU ou CH) une plateforme d'échange de documents, hébergée par l'AP-HP et créée en novembre 2017. Elle inclut la mise en commun de modes opératoires pour les différents types d'interventions; comment constituer les équipes; comment intégrer les CHSCT dans les prises de décision, des exemples de chantiers test, des recommandations juridiques interprétées, les textes réglementaires, les bonnes pratiques, les risques éventuels (pour la santé, environnementaux et juridiques), la formation ou non du personnel aux travaux amiantés, le coût des travaux ou encore des recommandations techniques comme l'utilisation de gel pour le perçage de trous dans un mur amianté par exemple.
Le groupe s'est également penché sur la question du "comment faire avec l’amiante" lorsque la fibre est toujours présente dans les bâtiments mais n'est pas en contact direct avec patients et salariés de l'hôpital.

gdl/nc

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