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AP-HP : "Il faudra changer la manière dont on rémunère, dont on organise" (Martin Hirsch)

Martin Hirsch BFMTV le 21 avril 2020 (capture d'écran)
Martin Hirsch BFMTV le 21 avril 2020 (capture d'écran)

PARIS, 24 avril 2020 (TecHopital) - Il faudra "changer la manière dont on rémunère, dont on organise", a estimé Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), dans une interview diffusée le 21 avril sur BFMTV, dans laquelle il revient sur la façon dont l'institution a traversé le plus fort de la crise et rend hommage à l'engagement des personnels dont le personnel technique.

L'épidémie ralentit mais "la période est encore compliquée", a commencé Martin Hirsch. "On peut respirer un peu, on n'a plus ce sentiment d'étouffement complet, [ressenti] un peu comme si les soignants avaient le même étouffement que leurs patients."

Aujourd'hui, "il y a des places en réanimation" à l'AP-HP. a-t-il précisé, rappelant que l'Ile-de-France a pris en charge jusqu'à "2.800 patients environ en réanimation".

"On reste dans cette disposition où on dépasse les capacités normales, mais on peut chaque jour savoir qu'on libère quelques lits", qui vont être "vite occupés par ailleurs, parce qu'il y a beaucoup de patients hors Covid qui peuvent avoir besoin de réanimation", a souligné Martin Hirsch.

"Si on n'avait rien fait, ce n'est pas 2.800 malades qu'il aurait fallu prendre en réanimation, mais probablement 10.000", a-t-il pointé, soulignant l'efficacité des mesures de confinement.

"Je pense que c'est la pire crise" de l'histoire de l'AP-HP, a-t-il confié. "Dans toutes les crises, il y a quelqu'un pour vous dire, 'cela me rappelle la crise précédente'. Et là, cela ne rappelle rien à personne."

"Personne n'imaginait cette ampleur-là" et la "deuxième chose que je n'imaginais pas, c'est cette extraordinaire, invraisemblable, remarquable mobilisation de tous", a-t-il ajouté.

Interrogé sur la mobilisation des personnels hospitaliers qui a précédé la crise sanitaire, Martin Hirsch a répondu être dans "le camp de la défense de nos hôpitaux". "Ce qui est extraordinaire, c'est que [parmi] toutes les personnes qui ont manifesté, aucune n'a réagi avec rancoeur ou rancune en disant, puisque vous ne nous entendiez pas il y a un an, on va donner 80% de notre potentiel. Ils ont tous donné 300% de leur potentiel", a-t-il fait observer.

"On n'oublie pas ce qui s'est passé avant, il ne faudra pas oublier après, mais il faudra changer la manière dont on rémunère, dont on organise", pour faire en sorte "qu'on ne décourage pas les vocations, mais au contraire qu'on les encourage et qu'on donne la capacité à celles et ceux qui travaillent à l'hôpital de pouvoir vivre dignement sans tirer le diable par la queue", a-t-il défendu.

Les professionnels médicaux, paramédicaux, techniques "ont tous été bluffants". Au sein de l'hôpital, "c'est une période où des métiers un peu méconnus, considérés comme des fonctions support, deviennent essentiels. Je puise mon énergie dans la manière dont je suis bluffé, il y a un virus qui est transmissible, il y a une solidarité qui est encore plus contagieuse", a-t-il insisté.

Le directeur général de l'AP-HP a été interrogé sur les moments clés de la crise et la façon dont il les a vécus. Dès fin janvier, "on voyait qu'il se passait quelque chose", puis "ça a monté progressivement".

Jusqu'au 13 mars, jour "où l'un de nos épidémiologistes, Renaud Piarroux [à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière], va voir d'abord son collègue, Eric Caumes, puis la directrice de l'hôpital, Christine Welty, qui me passe un coup de fil", a-t-il retracé. "Un quart d'heure après, il était dans mon bureau, et il disait 'les modèles sur lesquels on travaille ne sont probablement pas les vrais, ça va être beaucoup plus grave'".

A cette date, "on était déjà dans une phase de forte extension", mais "on s'est mis encore plus en branle-bas de combat". Cela a été un "moment important où on se dit, ce qu'on est en train de préparer ne sera pas suffisant et donc il faut préparer autre chose".

"Jamais on n'a dû donner d'instruction de tri"

Martin Hirsch est également revenu sur son alerte du 25 mars, alors que l'institution manquait de visibilité sur sa capacité à faire face à l'afflux de patients.

Le 31 mars a "été un moment très dur pour tout le monde", s'est-il remémoré, la voix chargée d'émotion. "A 16h, j'étais dans le centre de régulation, où des chirurgiens étaient au téléphone à aider les réanimateurs, le Samu, à trouver des places. A 16h, on me dit 'on est à une place près'", a-t-il raconté. "La réunion a duré une heure, et au bout d'une heure, je [l'ai] terminée en disant, on est le 31 mars, jusqu'au 31 mars on a tenu", et "le 1er avril, on tiendra aussi", tout en pensant "je ne sais pas si c'est vrai", s'est-il remémoré.

"Un quart d'heure après, j'étais au téléphone, avec l'Elysée, Matignon, l'ARS [agence régionale de santé], en leur disant, on est aux limites, et on a vraiment besoin qu'on puisse transférer les malades dans les autres régions, qu'il y ait des renforts."

"Dans la nuit, vers 1h du matin, le responsable de la cellule de régulation m'appelle, et me dit j'ai un patient, je ne sais pas où le mettre", a-t-il raconté. Une place a finalement été trouvée, et "on a dit, on va être autorisé pour les transferts dans les heures qui viennent, mais si vous avez besoin de sortir de la région, vous sortez de la région".

"On sait dater à la minute près le moment où on a atteint la limite et on n'a pas dépassé la limite parce qu'il y a eu cette solidarité. Les jours suivants, on a été tangent, mais on n'a pas dépassé cette limite", s'est félicité Martin Hirsch.

Interrogé pour savoir si les services de réanimation ont dû "trier" les patients, le directeur général de l'AP-HP a répondu que "jamais on n'a dû donner d'instruction de tri" et "jamais on s'est retrouvé en situation, à part ce moment précis, de ne pas avoir de lits disponibles".

Reste que "les réanimateurs, dès le départ, ont dit qu'il y a des patients [pour lesquels] on ne proposera pas de rentrer en réanimation parce qu'ils savent que cela risque d'avoir plus d'effets négatifs que d'effets positifs", a-t-il expliqué. Il a néanmoins dit s'exprimer avec prudence: ce sont "des données qu'il faudra qu'on vérifie précisément", a-t-il souligné.

Enfin, sur la question des équipements, Martin Hirsch a surtout évoqué des "problèmes de surblouses", non encore résolus. "On a essayé de les réutiliser, d'utiliser des plastiques, on a comme d'autres hôpitaux regardé si découper des sacs poubelles pouvait aider, on a passé des coups de fil dans le monde entier pour avoir des surblouses et on n'[en]a toujours pas suffisamment", a-t-il expliqué. "On arrive à protéger nos personnels, mais pas dans les conditions dans lesquelles on souhaiterait tous les protéger, pour eux c'est aussi une tension très forte."

mlb/gdl/ab

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