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Blanchisseries hospitalières: l'adaptation des pratiques durant la crise Covid devrait perdurer

Crédit : TecHopital/Geneviève De Lacour
Crédit : TecHopital/Geneviève De Lacour

PARIS, 27 avril 2021 (TecHopital) - La crise sanitaire a eu un fort impact sur les blanchisseries hospitalières amenées à revoir leur organisation et dont les adaptations devraient perdurer après la crise, ont estimé Catherine Diallo du CHU de Reims et Marc Drezen, du GCS Blanchisserie toulousaine de santé, lors d'une visioconférence organisée par Hospitalia.

"Nous avons été confrontés à cette crise de manière très brutale. Nous n'étions pas préparés à devoir adapter nos organisations et à devoir pallier le manque d'équipements à usage unique, l'absence de surblouses et de masques", a expliqué Catherine Diallo, responsable blanchisserie restauration au CHU de Reims lors de cette visioconférence organisée fin mars.

"Nous avons dû adapter nos organisations, non pas parce qu'on ne sait pas traiter du linge contaminé par un virus, mais parce que ce virus faisait très peur à tout le monde", a-t-elle ajouté.

Ainsi, au CHU de Reims, pour traiter le linge "Covid", un circuit court a été mis en place à la blanchisserie afin que "très peu de personnes n'aient à traiter le linge contaminé. Entre 2 et 4 agents s'en occupaient de manière très régulière. Nous sommes ainsi passés de 5 à 20 kg de linge contaminé spécifique par jour à plus de 2,5 tonnes."

Bien sûr "nous avons protégé nos agents en conséquence avec masques FFP2, surblouses, lunettes et gants. Ce linge était d'abord décontaminé avant d'être lavé de manière standard. Pour le prétri du linge à l'hôpital, nous avons été aidés par l'équipe opérationnelle d'hygiène. Et nous sommes passés de 4 sacs à ouverture hydrosoluble par jour à 1.500 sacs par jour".

Les horaires de travail ont également été adaptés au sein de la blanchisserie. La décontamination du linge s'effectuait surtout le matin, à partir de 3h du matin.

En ce qui concerne la pénurie de surblouses, "nous avions très très peu d'équipements à usage unique. Nous avons donc dû nous tourner rapidement vers le textile, en sollicitant de nombreuses couturières. Mais aussi des organisations, des clubs, particuliers, entreprises. Nous avons ainsi réussi à fabriquer 10.000 surblouses textiles en 3 semaines".

En parallèle, de 70% à 80% des équipements à usage unique étaient lavés.

Ainsi pendant la crise, la blanchisserie hospitalière est passée d'une demande de 20 à 40 surblouses par jour à 8.000 surblouses.

"Il a fallu aussi habiller tout le monde. Certaines professions ne portaient pas de tenues professionnelles avant la crise sanitaire. Avec le coronavirus, les agents hospitaliers ont été amenés à se changer beaucoup plus souvent, plusieurs fois par jour. D'ailleurs, tout ce linge que nous avons mis en circulation, nous continuons à le traiter", a fait remarquer Catherine Diallo.

Il a aussi fallu traiter le linge personnel des résidents "de manière sécuritaire et rapide". "Pendant cette période où les visites étaient interdites, il fallait que les personnes âgées puissent se changer, de façon à garder leur dignité", a-t-elle fait remarquer.

Du côté des process, les protocoles ont été adaptés. La blanchisserie du CHU de Reims lavant à plus de 60°C, "l'adaptation du process de nettoyage n'a pas été compliquée à réaliser".

"Nous avons prouvé que nous pouvions laver les équipements à usage unique, monter à 70°C et les sécher, à l'appui de contrôle bactériologiques et virucides", a souligné la responsable de blanchisserie.

Au CHU de Toulouse, bientôt des DAV pour l'ensemble des 16.000 agents

Lors de la première vague, "nous avons été beaucoup moins touchés par le coronavirus qu'à Reims", a rapporté pour sa part Marc Drezen, directeur technique opérationnel du groupement de coopération sanitaire (GCS) Blanchisserie toulousaine de santé.

Pourtant, "les pratiques ont également évolué puisque l'ensemble des soignants a souhaité être habillé". Ainsi, "nous sommes passés de 15.000 tenues livrées à plus de 20.000 tenues. Avant la pandémie, certains professionnels de santé n'étaient pas habillés, à l'instar des psychologues. Tout le monde est habillé maintenant à l'hôpital et c'est une bonne chose."

"Nous lavons le linge à 80°C et nous employons très peu de chimie. Le CHU de Toulouse est en effet alimenté en chaleur par un incinérateur qui traite les déchets de l'hôpital, et notamment les déchets d'activités de soins à risques infectieux (Dasri) qui sont brûlés et permettent d'alimenter l'établissement avec de la vapeur qui sert à laver à 80°C et repasser le linge. Du coup, avec le Covid, nous n'avons pas dû changer notre programme de lavage", a expliqué le directeur technique.

Néanmoins, comme à Reims, le CHU de Toulouse a connu les mêmes problèmes d'approvisionnement en surblouses. "Nous avons réquisitionné, avec l'accord de la préfecture, une usine pour la fabrication de surblouses en tissu."

Aujourd'hui, "nous lavons 1.700 surblouses par jour. Et depuis la première vague, nous avons modifié nos horaires de fonctionnement entre 5h et 18h. Ces horaires devraient d'ailleurs perdurer."

Le CHU de Toulouse dispose de plusieurs distributeurs automatiques de vêtements (DAV). Au total, 9.000 agents ont accès à ce système de distribution, "outil très réactif qui a permis de répondre rapidement aux besoins de vêtements professionnels". Dernièrement, l'établissement toulousain a donc décidé de valider un plan d'investissement sur 4 à 5 ans pour la mise en place de DAV sur l'ensemble des sites et ainsi approvisionner en tenues propres l'ensemble des 16.000 agents de l'établissement, a expliqué le responsable du GCS. "Les DAV répondent en effet aux besoins en cas de crise sanitaire."

Des adaptations qui devraient perdurer

Au CHU de Reims, "nous n'avons pas de DAV, car nous avons des sites un peu éparpillés mais nous sommes passés en banalisation et cela va continuer", a expliqué Catherine Diallo. "De plus, l'adaptation organisationnelle devrait perdurer. Le volume de linge hôtelier est resté constant mais le linge en forme, lui, va rester très très longtemps."

"Au début, nous avons multiplié les contrôles microbiologiques sur le linge livré puis la confiance en nos traitements est revenue", a-t-elle ajouté. La quasi-totalité des blanchisseries hospitalières emploient en effet la méthode RABC (Risk Analysis and Biocontamination Control), a-t-elle rappelé.

Enfin, en ce qui concerne les rejets des blanchisseries dans le réseau d'eaux usées, pendant la crise Covid, "nous avons mesuré et contrôlé les rejets et nous n'avons pas constaté de changements", a-t-elle indiqué.

"La crise sanitaire a révélé l'extraordinaire adaptation de la logistique hospitalière. Nous avons prouvé que nous étions indispensables à l'hôpital", a souligné Marc Drezen. "La crise a amélioré la compréhension de notre métier et l'importance de notre métier", a complété Catherine Diallo.

Citant l'exemple du bloc opératoire de la clinique d'Auch, qui n'employait que de l'usage unique, "il n'a pas pu rouvrir, faute de surblouses et de blouses", a expliqué Marc Drezen, faisant ensuite remarquer qu'en temps de crise, les blanchisseries hospitalières "disposent de solutions que les acteurs privés n'ont pas".

Et en ce qui concerne les surblouses tissées, "elles ne vont perdurer que si nous restons performants en matière d'entretien", a rappelé Marc Drezen, avant de concéder: "Ce n'est pas évident car il faut savoir gérer les pics de consommation."

gdl/nc

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