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CH de Thuir: une PUI associant structures sanitaires et médico-sociales pour sécuriser la dispensation

PARIS, 8 avril 2015 (Direct Hôpital) - La pharmacie à usage intérieur (PUI) portée par le centre hospitalier (CH) de Thuir (Pyrénées-Orientales), spécialisé en psychiatrie, avec neuf autres établissements sanitaires et médico-sociaux du département, affiche un taux d'erreur de dispensation quasi nul, s'est réjoui le directeur du CH de Thuir, Philippe Banyols, lors d'un entretien accordé à l'APM fin février.

Ce système de dispensation nominative du médicament s'inscrit dans le cadre du groupement de coopération sanitaire (GCS) baptisé Pharmacopé, qui réunit 10 établissements sanitaires et médico-sociaux: les CH de Thuir et de Prades, les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de Thuir, Banyuls-sur-Mer, Ille-sur-Têt et Port-Vendres, mais aussi des établissements pour personnes handicapées, les maisons d'accueil spécialisé (MAS) de Prades, Thuès et Saint-Estève, ainsi que le foyer d'accueil médicalisé (FAM) de Fourques.
 
Pharmacopé réunit donc des établissements sanitaires et médico-sociaux, publics et associatifs, dans les champs de la psychiatrie, des personnes âgées et des personnes handicapées, ce qui en fait une structure originale, a insisté Philippe Banyols.
 
Le GCS a investi dans trois robots, de la société française Eco-Dex. Le robot principal, installé au CH de Thuir, découpe les blisters des médicaments -"sans sortir le cachet de son emballage", a précisé le directeur- met le cachet, toujours dans son emballage donc, dans un sachet avec un code "QR" (un type de code-barres), ce sachet étant ensuite stocké dans le magasin central du robot, "qui est aussi une grosse armoire". Ensuite, le robot met dans des piluliers les doses par patient. "Ces piluliers sont mis dans des chariots, les chariots dans des camions, et les camions les amènent dans les 10 établissements", a-t-il décrit.
 
Les 10 établissements "sont répartis sur à peu près un tiers du département, de Banyuls-sur-Mer jusqu'à Thuez". Outre le robot central à Thuir, deux robots annexes existent donc, "l'un à Banyuls-sur-Mer, au bord de la mer, dans un Ehpad, et l'autre à l'hôpital de Prades, à mi-distance entre Perpignan et la montage". "Notre robot central découpe les blisters et remplit les piluliers, les robots annexes ne font que remplir les piluliers", a également précisé le directeur.
 
L'idée de ce dispositif est née "il y a cinq ans", a raconté Philippe Banyols. "Il a fallu défendre le projet, rencontrer les conseils d'administration" des différents établissements, a-t-il expliqué, insistant sur le "gros travail [réalisé] pour convaincre au départ" et soulignant qu'il n'avait pas souhaité seulement solliciter les directeurs des structures sur ce projet, mais bien impliquer l'ensemble des personnes participant à la gouvernance des établissements.
 
"Il a fallu aussi faire communiquer entre eux 10 systèmes d'information différents et cela suppose également qu'on héberge les données", a ajouté le directeur, rappelant en revanche que le GCS avait pu s'appuyer sur "les camions et la plateforme logistique" existants du CH de Thuir.
 
Il a indiqué que les robots avaient été installés il y a "un an-un an et demi", et que la montée en charge était progressive. "On en est à 66% de taux d'automatisation sur les 10 établissements" à début février, a-t-il précisé. Seul l'Ehpad de Thuir, qu'il dirige également, utilise le dispositif à 100%.
 

Un investissement de 1,3 million d'euros pour le GCS

 
Interrogé sur le coût global de l'opération, le directeur a expliqué que c'était "un investissement de 1,3 million d'euros pour le GCS, financé par l'emprunt". Il a précisé que les établissements médico-sociaux avaient bénéficié d'un accompagnement via la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) par des crédits non reconductibles accordés par l'agence régionale de santé (ARS) Languedoc-Roussillon.
 
"On a fabriqué le modèle économique", a-t-il souligné, prévoyant qu'"il s'équilibre". Il a par exemple expliqué que "si, une fois dans le sachet, le traitement n'est pas utilisé parce que le patient sort de l'hôpital, il est récupéré et réintroduit dans le stock", puisque le cachet est toujours sous blister.
 
Reconnaissant qu'il était encore "trop tôt" pour disposer d'éléments chiffrés sur les économies réalisées, il a néanmoins assuré avoir "l'impression" de voir les réhospitalisations ou les crises d'épilepsie diminuer. Il a précisé qu'un audit avait été réalisé avant la mise en place du dispositif et qu'un autre serait réalisé "après".
 
Le directeur du CH de Thuir a néanmoins avancé un chiffre sur le taux d'erreur dans la dispensation. Citant un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur la dispensation des médicaments "qui faisait état d'un taux d'erreur de l'ordre de 30 à 40%" dans les établissements sanitaires et médico-sociaux, il a assuré que le taux d'erreur était, au sein des établissements du GCS, de "5 pour 1.000". Lorsque l'ensemble du dispositif sera déployé, c'est-à-dire quand les infirmiers pourront vérifier le contenu du traitement en comparant, avec une douchette, le code "QR" sur le sachet de médicaments dans le pilulier avec celui sur le lit du patient, "ce sera 0 pour 1.000", prévoit-il.
 
Il a également insisté sur la "révolution culturelle" induite par le système. "Un week-end où j'étais de garde, j'ai été appelé pour un événement indésirable grave: une infirmière avait constaté qu'il y avait dans un sachet deux cachets au lieu d'un. Il y a un an, [...] personne ne se serait aperçu de cette erreur. Là, c'est devenu un motif d'appel du directeur de garde. On a changé de monde, il y a un niveau de vigilance sur le médicament" qui n'existait pas auparavant, s'est-il réjoui.
 

Un atout pour la continuité des soins

 
Il a estimé qu'il était d'ores et déjà possible de dégager "trois degrés de bénéfices": le "plus important" est constaté dans les établissements médico-sociaux pour personnes handicapées, qui "n'avaient pas de système d'information" et dans lesquels il n'y a pas toujours de personnels de santé pour distribuer les médicaments.
 
Par ailleurs, le système permet aussi de mieux assurer la continuité des soins entre l'hôpital et les établissements médico-sociaux. Ainsi, "quand un patient sort de l'hôpital psychiatrique pour aller en MAS, il a un traitement à l'hôpital, souvent reconduit en sortant, mais si la dispensation n'est pas [bien faite], vous avez 99% de chances qu'il retourne à l'hôpital", a-t-il assuré.
 
Les Ehpad sont les deuxièmes bénéficiaires du dispositif, selon Philippe Banyols. Pharmacopé "fixe un cadre de prescription très structurant pour le fonctionnement de l'établissement" même si "cela fait râler les médecins généralistes" car il "les oblige [...] à rentrer dans un cadre préfixé", puisque les médecins traitants des résidents ne font plus leur ordonnance sur papier mais rentrent leurs prescriptions par informatique. Il a ainsi assuré que ce cadre avait "un effet sur le nombre de lignes" des ordonnances délivrées par ces praticiens.
 
Il a ajouté que "sur les Ehpad, les bénéfices sont énormes en termes de coût, où on diminue de plus de moitié le coût par patient par jour". Par ailleurs, en Ehpad comme à l'hôpital, "les infirmiers mettent beaucoup de moins de temps pour préparer les médicaments".
 
Le CH de Thuir bénéficie également des bénéfices du dispositif, même "si nous étions déjà entrés dans une démarche de sécurisation du médicament avant le robot".
 
Par ailleurs, Philippe Banyols s'est réjoui des effets collatéraux positifs de la coopération engagée avec les autres établissements membres du CGS, et a annoncé ainsi que l'hôpital de Thuir allait créer un service d'accompagnement médico-social pour les adultes handicapés (Samsah) avec une des MAS associatives membres de Pharmacopé, dans le cadre d'un autre GCS.
 
vl/mh/ab/
 

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