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Consommation d'énergie: 25% des CHU ne devraient pas avoir à faire d'efforts pour atteindre l'objectif 2040 du décret tertiaire

Crédit : Fotolia
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PARIS, 13 avril 2021 (TecHopital) - En présentant le groupe "performance énergies" composé de 9 CHU et dont l'objectif est de faire remonter les données de consommations d'énergie des plus gros établissements de santé, Dimitri Néel, ingénieur au CHU de Poitiers, a relaté, lors des Journées des IHF, la volonté du ministère que 25% des meilleurs établissements de santé n'aient pas d'efforts à faire pour atteindre l'objectif 2040 du décret tertiaire.

C'est en 2015 que le groupe "performance énergies" s'est constitué, formé des CHU de Grenoble, Lille, Nantes, Poitiers, Bordeaux, Dijon et Rouen, ainsi que l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). "Il est issu de la commission immobilier et architecture (CIA) de la conférence des DG de CHU", a expliqué Dimitri Néel lors des Journées nationales d’études et de formation de l'association des Ingénieurs hospitaliers de France (IHF) organisées en visioconférence fin mars-début avril.

Ce groupe de travail a été sollicité en juin 2019 par la direction générale de l'offre de soins (DGOS) et le ministère de la transition écologique pour alimenter la loi Elan en collectant les données de consommations énergétiques des grands établissements de santé, puisque le décret tertiaire s'applique également au secteur sanitaire. "L'Agence nationale d'appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap) a, quant à elle, été sollicitée pour collecter les données des centres hospitaliers (CH) et plus globalement tout le médico-social", a précisé l'ingénieur du CHU de Poitiers.

Le ministère voudrait que "25% des meilleurs établissements n'aient pas d'efforts à faire pour atteindre l'objectif de 2040" du décret tertiaire, soit 50% de réduction de consommations énergétiques.

Le rôle de ce groupe est "d'alerter les directeurs généraux sur les futurs impacts budgétaires" des consommations énergétiques "bâtiments et process en exploitation", et "de proposer des pilotages et des actions efficaces", pour limiter ces impacts budgétaires. Il présente des "actions efficaces, c'est-à-dire avec un retour sur investissement inférieur à 5 ans", illustrées par des analyses, des veilles réglementaires, et enfin des retours d'expériences partagés et chiffrés, "avec nos propres chiffres", a fait remarquer Dimitri Néel.

Ce groupe permet donc une meilleure "visibilité des niveaux de consommations et de leurs structurations".

Début 2021, il a proposé au ministère une segmentation des typologies d'activités représentant tous les secteurs d'activité hospitaliers, répartie en "3 grandes zones": une zone à "environnement maitrisé" (ZEM) incluant les blocs opératoires, la réa, les salles blanches, etc. ; une zone "process" comprenant la cuisine centrale, la blanchisserie, la stérilisation, les laboratoires et enfin une zone "tertiaire", comprenant l'administration mais également l'hébergement. Le nom de cette dernière zone "tertiaire" devrait être modifiée pour éviter toute confusion avec le décret dit "tertiaire", a fait remarquer l'ingénieur du CHU de Poitiers.

"Nous avons obtenu des valeurs moyennes qui restent fragiles car peu d'établissements ont pu fournir des données". Et "même si j'ai eu un retour de la part de 20 CHU, souvent les tableaux sont incomplets", a-t-il expliqué. La donnée concernant la zone tertiaire étant obtenu en soustrayant de la donnée générale, la valeur "environnement maitrisé" et la valeur "process", s'il manque un chiffre, il est difficile d'obtenir une moyenne représentative. De plus, "nous constatons une grande disparité d'un établissement à l'autre, des chiffres fournis", a-t-il complété.

Actuellement, "cette moyenne est figée sur 7 sites", a précisé Dimitri Néel. C'est pourquoi il a invité les ingénieurs inscrits à sa visioconférence à faire remonter leurs données.

"Le groupe de travail a également besoin de retours d'expérience, pour fournir des exemples d'actions", a-t-il complété.

Quatre exemples de travaux énergétiques réalisés

Le premier retour d'expérience mentionné par l'ingénieur concerne les Hospices civils de Lyon (HCL). L'établissement lyonnais a opté pour une chaudière bois sur le site de l'hôpital Pierre-Garraud. L'installation existante arrivant en fin de vie, il a été décidé d'optimiser le chauffage de l'hôpital qui consommait 5.000 MWh/an.

Cette chaudière a été mise en place grâce à une procédure concurrentielle avec négociation. Les HCL ont donc opté pour un contrat d'achat d'énergie sur 15 ans, intégrant l'investissement, la maintenance et la réhabilitation de la chaufferie.

"Cette opération presque neutre financièrement permet surtout de diviser par 5 les émissions de CO2 liées au chauffage", a fait remarquer Dimitri Néel.

Autre exemple, l'opération de changement des éclairages du CHU de Lille, par des LED. Depuis fin 2017, le CHU de Lille a procédé au renouvellement de l'éclairage dans les couloirs par la mise en place d'ampoules LED.

Cette opération réalisée par les agents de maintenance de l'hôpital a permis de remplacer 10.000 luminaires pour un budget global de 155.000 euros (fournitures seules). Pour réaliser cette opération, le temps de travail estimé des agents de maintenance correspond à environ 2.500 heures (soit 60.000 €).

La volonté de la direction était d'harmoniser le parc de luminaires afin de réduire le nombre de références existantes et de faciliter ainsi la maintenance. Mais surtout de diminuer drastiquement les consommations d'énergie pour ce poste.

Cette opération a permis au CHU d'économiser 1.500 MWh par an. Et de diminuer de 50% sa facture totale de consommation sur l'éclairage, soit environ 170.000 € TTC d'économies réalisées.

Enfin, le CHU de Poitiers a décidé de réaliser un plan de progrès énergie qui a couté 2,35 millions d'euros et a permis de générer 470.000 euros d'économies, avec un retour sur investissement calculé sur 5 ans.

Ce plan été réalisé à partir de l'analyse des consommations d'énergies en priorisant les actions à retour sur investissement rapide, à savoir:

  • une distribution de calories et frigories en débit variable, grâce au remplacement des pompes surdimensionnées par des pompes plus petites (division des pompes par trois, qui s'adaptent au juste besoin par variation de vitesse)
  • la production d'eau glacée par un Turbocor* et une pompe à chaleur qui couvre 50% des besoins de chaleur en été
  • la récupération d'énergie sur l'air extraite de 30 centrales de traitement d'air (CTA) (300.000 m3/h) et installations de free cooling sur des data centers.

A travers cet investissement, des économies de consommations de 2,7 GWh d'électricité ont été générées, soit 10% de la facture totale et 4,8 GWh de gaz, soit 12% de la facture totale.

A noter que le suivi des consommations et des indicateurs de performance est réalisé mensuellement par le CHU de Poitiers, "afin d'inscrire ces économies dans la durée et dans le budget d'exploitation de l'année suivante".

gdl/nc

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