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Coronavirus: à Wuhan, deux hôpitaux officiellement construits en 10 jours... mais pas encore terminés

Crédit : Yan Yue/Shutterstock
Crédit : Yan Yue/Shutterstock

PARIS, 14 février 2020 (TecHopital) - La construction en 10 jours de deux hôpitaux de plus de 1.000 lits à Wuhan, au cœur de l'épidémie de coronavirus, fait beaucoup parler, mais pour Bruno Cazabat, président de l'association des Ingénieurs hospitaliers de France (IHF), interrogé par TecHopital, cette prouesse, si elle est bien réelle, n'a rien d'improvisée.

Le ballet des tractopelles a commencé le 24 janvier à vingtaine de kilomètres au sud-ouest du centre-ville de Wuhan, épicentre de l'épidémie de coronavirus, maintenant appelé Sars-CoV-2 par les experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Dix jours pour construire deux hôpitaux, respectivement de 1.000 lits sur une superficie de 34.000 m² (hôpital de Huoshenshan) et 1.500 lits sur 80.000 m² (hôpital de Leishenshan). Comme prévu, le premier hôpital est devenu officiellement, et sous l'œil des caméras, opérationnel le 3 février, accueillant ses premiers patients.

Mais dans le reportage mis en ligne le 12 février, une journaliste du Wall Street Journal s'interroge sur l'avancée des travaux.

En effet, en regardant sous un autre angle la vidéo de l'arrivée du premier patient à l'hôpital Huoshenshan, "on se rend vite compte que cet hôpital est loin d'être terminé". En effet, 4 jours après l'ouverture de cet établissement, il ne comptait que 90 patients, a constaté le journal britannique The Guardian dans un article publié lui aussi le 12 février.


(Vidéo publiée le 12 février par The Wall Street Journal)

Pour le second hôpital (Leishenshan), un des ouvriers indiquait à la journaliste américaine que le jour prévu de l'ouverture, les ouvriers venaient tout juste de terminer les fondations de l'établissement.

Réaffecter des bâtiments pour accueillir plus de malades

Pour faire face à l'afflux de patients, les autorités de Wuhan réaffectent des bâtiments existants pour accueillir des patients. C'est le cas par exemple d'un centre des congrès, le Wuhan Salon, visité par la journaliste du Wall Street Journal, qui devrait accueillir 2.000 lits. "C'est l'une des plus grandes infrastructures réaménagées pour faire face à l'épidémie", a commenté la journaliste.

Les médias officiels chinois indiquaient le 11 février que ces hôpitaux annexes étaient prêts à accueillir des patients. Mais la journaliste du Wall Street Journal a pu constater qu'il y avait encore des flaques d'eau sur le sol, que l'électricité était en cours d'installation, les ouvriers toujours en train d'installer des lits et qu'ils procédaient encore à l'évacuation des déchets de construction. De plus, les conditions d'accueil dans ce nouvel hôpital semblaient assez spartiates. Les patients devront ainsi sortir pour aller aux toilettes ou prendre une douche, dans des cabines installées à l'extérieur.

Enfin, la date de mise en service de ces hôpitaux annexes n'est pas très claire.

"Ces hôpitaux temporaires ne remplissent pas les mêmes objectifs que les établissements conventionnels. Ils sont néanmoins appropriés pour des cas peu sévères. Si la situation des patients s'aggrave, alors ces derniers seront transférés vers des hôpitaux réguliers", témoigne le président de l'académie de médecine chinoise dans cette vidéo du Wall Street Journal.

A Wuhan, le chantier se dresse au bord d'une deux fois deux voies, dont un sens de circulation est entièrement coupé pour laisser la place à des dizaines de camions de livraison et d'engins de terrassement. On parle de 7.000 ouvriers sur place (difficile à vérifier) mais travaillant 24h/24 et de l'emploi de 3 différentes entreprises de construction.

Le budget pour la construction et l'équipement des deux hôpitaux s'élève à 300 millions de yuans (39 millions d'euros).

Une vidéo diffusée par les médias officiels chinois montre l'avancée des travaux en temps réel.


(Vidéo publiée le 2 février par Le Parisien)

Comment construire aussi rapidement un hôpital?

Un spécialiste de la construction d'hôpitaux en zone de crise de Médecins sans frontières (MSF) a indiqué à TecHopital: "C'est clair, on était surpris de la rapidité de construction de ces deux hôpitaux. On peut juste supposer qu'ils ont préparé ces bâtiments."

"Le foncier était disponible. Ont-ils obtenu un permis de construire?", s'interroge Bruno Cazabat, président d'IHF. Interrogé par TecHopital sur la capacité en France de construire aussi rapidement un hôpital, il a répondu: "Je ne sais pas si on pourrait aller aussi vite. Il faudrait y mettre d'importants moyens humains. Il faudrait surtout pouvoir passer outre les avis des administrations." "Mais c'est possible", confie le directeur des affaires techniques des Hôpitaux civils de Lyon (HCL).

"Un hôpital à deux niveaux nécessite des fondations assez simples. Il suffit d'utiliser du béton à prise rapide", a-t-il complété. De plus, "ils emploient de nombreux engins pour installer les modules (100 à 200 semblent avoir été installés). Avec ce type de modules, les fondations ne sont pas nécessaires car la charge au sol est faible", a-t-il fait remarquer.

"Le vrai sujet réside dans le fait que tous ces modules ne peuvent avoir été construits en 48 heures", souligne Bruno Cazabat. La production de ces éléments a été prévue bien en avance. "S'ils sont prêts à être installés, c'est du plug and play. Mais cela ne s'improvise pas. Il faut anticiper le système."

"Pour construire ces 2 hôpitaux, on a directement repris les plans de l'hôpital de Pékin construit en 2003 pour l'épidémie de Sras", a indiqué le CGTN, chaîne de télévision publique chinoise.

En ce qui concerne la mise en place des réseaux (eau, électricité), "il est tout à fait possible d'imaginer des bâches à eau ou des citernes et d'installer un groupe électrogène, en amenant un camion qui le fait tourner pour produire l'électricité nécessaire".

En tous cas, "il s'agit d'une très belle coordination, spectaculaire, grâce à une anticipation de l'évènement qui n'est pas d'aujourd'hui", relève Bruno Cazabat. Les autorités ont indiqué que l'hôpital serait équipé de la 5G. "Des antennes peuvent être installées rapidement", indique-t-il.

En revanche, "la durée de vie de ce genre de constructions modulaires n'est pas très longue", a-t-il fait remarquer. Les HCL possèdent 3 bâtiments complets construits en préfabriqués. "Le bâtiment de la stérilisation par exemple a plus de 10 ans. C'est du provisoire qui a un peu duré, mais qui n'est pas fait pour durer beaucoup plus", a conclu l'ingénieur.

gdl/nc/san

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