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Coronavirus: les hôpitaux alsaciens sur le pied de guerre pour éviter la saturation en réanimation

Le bâtiment Hautepierre 2 des Hôpitaux universaitaires de Strasbourg entrera en activité en janvier 2019 (crédit HUS).
Le bâtiment Hautepierre 2 des Hôpitaux universaitaires de Strasbourg entrera en activité en janvier 2019 (crédit HUS).

(Par Geoffroy LANG)

STRASBOURG, NANCY, COLMAR, MULHOUSE, 19 mars 2020 (TecHopital) - Les hôpitaux alsaciens augmentent "à marche forcée" leurs capacités en lits de réanimation pour assurer la prise en charge des patients atteints du coronavirus en Alsace où l'épidémie est particulièrement forte, a-t-on appris auprès du directeur général de l'ARS Grand Est, Christophe Lannelongue, et des directions des Hôpitaux universitaires de Strasbourg et hôpitaux de Colmar et Mulhouse.

"On a une situation de grande tension sur la réanimation, de saturation sur Mulhouse, et on a une montée très rapide des cas sur Strasbourg, ce qui nous fait craindre qu'on va saturer très vite ce qui reste disponible à Strasbourg", contextualisait le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est, Christophe Lannelongue, joint le 15 mars au soir par APMnews (site du groupe APM International dont fait partie TecHopital).

L'ARS recensait alors 1.378 cas confirmés dans la région. Ce chiffre a bondi à 1.820 mardi à 15 heures, avec un total de 61 décès dont 10 enregistrés dans la seule journée de lundi, selon un communiqué de l'agence.

Pour faire face à l'épidémie, les hôpitaux alsaciens ont déprogrammé leur activité non urgente afin de pouvoir prendre en charge les patients atteints du Covid-19, notamment ceux nécessitant une hospitalisation en réanimation, a expliqué Christophe Lannelongue. "On a des perspectives d'augmentation très significatives des capacités mais qui vont supposer quand même l’arrivée de professionnels extérieurs et de matériel, c'est-à-dire des respirateurs."

"La situation est plus favorable à Nancy mais il faut se préparer sur la Lorraine à la montée des cas, parce qu'on a une situation qui est délicate en Moselle [222 cas le 16 mars], sur le CHR de Metz, et dans les Vosges [61 cas]", a-t-il poursuivi.

"Notre pari, c'est d'essayer de renforcer Strasbourg et Mulhouse très vite, et de laisser Nancy absorber ce qu'il peut en provenance de la Moselle et des Vosges", a exposé le directeur de l'ARS, en soulignant que "l'Ouest de la région [aurait] très certainement des besoins en réa d'ici la fin de semaine".

Les HUS se transforment en "CHU Covid-19"

"Depuis plus de 10 jours, nous sommes en situation de conversion de notre CHU pour la prise en charge de l'épidémie", a rapporté de son côté Christophe Gautier, le directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), contacté le 16 mars par APMnews, "nous convertissons notre activité pour en faire un CHU Covid-19".

Après avoir mis en place une cellule de crise pluridisciplinaire -rassemblant virologues, infectiologues, réanimateurs, et urgentistes-, la direction du CHU de Strasbourg a déclenché un plan blanc le 13 mars "pour permettre d'accélérer cette mutation".

Les HUS ont notamment créé des files spécifiques au sein des urgences et une plateforme spécifique de régulation pour faire face au très grand nombre d'appels; "Nous avons mobilisé les étudiants en médecine et nous avons déployé des postes supplémentaires, des effectifs supplémentaires de toutes catégories pour faire face à une montée en charge extrêmement forte de la plateforme".

"Nous avons créé un centre d'accueil et de dépistage et on a augmenté notre capacité de dépistage à 400 tests par jour, avec une priorité donnée aux patients sévères d'une part, et aux personnels soignants d'autre part, et pas seulement les nôtres", a rapporté le directeur des HUS.

Quatre unités d'hospitalisation du CHU sont "uniquement dévolues aux patients Covid", alors que les HUS prenaient en charge 140 patients porteurs du virus lundi, dont 55 en réanimation. L'établissement possède une capacité initiale de 100 lits de réanimation.

"Le sujet majeur, c'est la réanimation", a insisté Christophe Gautier, "on a une progression des patients requérant une réanimation qui est forte, avec une cinétique qui s'est accélérée ces trois derniers jours, avec des montées en charge progressives qui sont passées de 1 à 2 patients par jour, à 5 à 6 patients maintenant".

Il a assuré que son établissement allait poursuivre la déprogrammation de ses activités "pour n'avoir que des urgences en réanimation et créer des places supplémentaires à marche forcée": "Notre objectif est de pouvoir déployer 100 places de plus, avec un premier palier de 25 places de plus à horizon 48 h."

"Nous faisons appel à la solidarité des établissements publics et privés du territoire, pour le matériel, les respirateurs, et des équipes, parce que eux aussi déprogramment", a-t-il- poursuivi, "mais on va aussi faire appel à une solidarité nationale, parce qu'il nous faut des respirateurs lourds".

"On n'est pas dans la situation de Mulhouse, parce qu’ils ont pris la vague avant nous, mais on fait tout pour ne pas s'y retrouver par le déploiement de capacités en réanimation supplémentaires".

L'armée et le SSA volent au secours du Haut-Rhin

Dans le Haut-Rhin, où l'épidémie est particulièrement virulente depuis l'apparition d'un foyer de contamination à l'issue d'un rassemblement évangéliste qui a réuni plus de 3.000 personnes près de Mulhouse, le groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA) est en perpétuelle adaptation pour prendre en charge le flux massif de patients.

"Aujourd'hui, on a 178 lits Covid qui sont occupés, dont 36 lits de réanimation [...] pour un capacitaire théorique de 46 lits", a expliqué Corinne Krencker, directrice du GHRMSA, contactée le 17 mars par APMnews.

Elle a souligné qu'il s'agissait souvent de "patients qui ont des besoins importants, soit en arrivée directe, parce qu'ils sont orientés par le Samu et ont besoin d'être hospitalisés, soit parce qu'ils se dégradent en cours de séjour et ont besoin de réanimation".

Pour ne pas saturer les capacités en réanimation du GHRMSA, 4 hélicoptères du Samu et de la Protection civile ont été mobilisés à partir de mardi après-midi pour transférer 9 patients vers les CHU de Strasbourg et Nancy et le CHR Metz-Thionville.

"Nous sommes en contact depuis ce matin avec le SSA pour essayer d'identifier la localisation de cet hôpital de campagne, a priori à proximité de l'hôpital de Mulhouse, avec une étude qui tentera de se faire sur les conditions d'installation", a ajouté la directrice.

La cellule de crise nationale a également annoncé une livraison de 20 respirateurs lourds sous 24 h au GHRMSA.

Des renforts en ressources médicales et paramédicales commencent également à affluer, avec "des volontaires qui se sont manifestés, notamment des infirmiers".

"L'ARS a mobilisé la réserve sanitaire, mais ce sont plutôt des médecins généralistes, quand on a surtout besoin d'urgentistes et de réanimateurs", a-t-elle expliqué, annonçant être en train de "mettre en place un partenariat avec les cliniques du Diaconat", pour amener du renfort d'anesthésistes-réanimateurs volontaires et d'Iade [infirmiers anesthésistes]".

"C'est en train de monter en charge", a résumé Corinne Krencker, "tout ça nous permet d'armer des lits en réa et de tenir dans la durée".

Des difficultés persistantes sur le petit matériel nécessaire aux soignants

Concernant le petit matériel nécessaire aux équipes soignantes pour la prise en charge des patients Covid-19, la directrice a souligné que la situation restait précaire: "C'est laborieux, ça arrive au compte-gouttes, on a eu des livraisons de FFP2 [lundi] soir et j'attends impatiemment des livraisons de masques chirurgicaux cet après-midi."

Une situation similaire à celle de l'établissement voisin, les Hôpitaux civils de Colmar (HCC), a indiqué le Dr Yannick Gottwalles, cardiologue et chef du pole urgences aux Hôpitaux civils de Colmar joint le 17 mars par APMnews: "On est en attente de matériel basique, de masques, de solutés hydro-alcooliques, de surblouses."

"Un certain nombre d'entreprises se sont manifestées et nous fournissent du matériel, nous apportent leurs stocks en masques", a-t-il ajouté. "Suite aux élections, on a mobilisé un certain nombre de mairies qui sont passées au premier tour pour récupérer leur reste de solution hydro-alcoolique."

"Ce sont de petites donations à chaque fois, mais qui nous permettent de passer quelques heures", a-t-il souligné.

"Aujourd'hui, on a un tout petit peu de place, puisque les premières sorties de réanimations sont effectives, on a 2 places qui se sont libérées sur une capacité de 40 lits", a poursuivi le Dr Gottwalles. "On va avoir une bouffée d'oxygène demain avec la mise en place du dispositif Morphée, avec l'aide des évacuations sanitaires militaires."

En effet, afin de désengorger les services de réanimation de l'hôpital de Mulhouse, 6 patients contaminés par le coronavirus ont été transférés le 18 mars par avion militaire vers les hôpitaux de Marseille et Toulon. Les six malades étaient attendus en fin d’après-midi dans les hôpitaux militaires Laveran à Marseille, et Sainte-Anne à Toulon, a indiqué l’État-major.

"On a tout fait pour redéployer le matériel qu'on avait, on a eu une livraison de 6 réanimateurs lourds hier, qui nous donnent aussi un petit volant pour pouvoir progresser et armer les différents lits", a-t-il complété, "maintenant on attend une décision, soit de la DGOS [direction générale de l'offre de soins], soit de l'ARS Grand Est, pour pouvoir armer les 10 derniers lits de réanimation dont on aurait besoin".

"On a quelques perspectives d'amélioration, mais la phase d'ascension de la pandémie n'est pas terminée", d'autres personnes "auront besoin de réanimation", a tempéré le responsable des urgences de Colmar. L'évolution de la maladie est aussi difficilement prévisible: "On a un patient qui semble relativement stable" et qui "pour aucune raison", quelques heures après "passe d'une oxygénothérapie simple à une réanimation lourde nécessaire".

gl/gdl/nc

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