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Covid-19: face à la progression de l'épidémie, les hôpitaux adaptent leur stratégie

Crédit: Shutterstock
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PARIS, 23 septembre 2020 (TecHopital) - Face à l'augmentation des admissions de patients Covid, les hôpitaux adaptent leur stratégie pour anticiper les tensions sur leurs capacités, ont expliqué les Drs Jean-Marie Woehl et François Venutolo, présidents respectifs des CME des CH de Colmar et de Gonesse (Val-d'Oise), lors d'une visioconférence de la FHF.

La Fédération hospitalière de France avait convié, le 15 septembre, les deux présidents de commission médicale d'établissement, "qui travaillent au sein des instances" de la fédération, à faire part de leur expérience sur la crise sanitaire et l'anticipation d'une "deuxième vague".

Interrogé par APMnews/TecHopital sur l'activation de plans blancs, Jean-Marie Woehl a répondu que les établissements "n'ont pas encore, à [sa] connaissance, commencé à déprogrammer".

Pour autant, "on commence à y réfléchir. Par exemple, dans mon établissement, on commence à réfléchir à l'arrêt du service de rééducation, pour le transférer sur l'établissement voisin, pour dégager une première unité Covid dédiée."

"Nous en sommes actuellement à une douzaine de malades Covid en service conventionnel, et trois ou quatre en réanimation. On commence à s'interroger sur quelles sont les activités que l'on va pouvoir ralentir ou arrêter pour dégager du personnel ou de la place", a-t-il précisé.

Quant aux lits de réanimation éphémères pouvant être mobilisés en cas de suractivité, Jean-Marie Woehl a répondu qu'ils n'étaient pas activés dans le Grand Est.

Pour l'heure, "on essaie d'avoir la capacité de réagir très rapidement", a précisé François Venutolo. "Si on a besoin de monter à 40 lits, prévoir comment on fait, de façon à ce que l'on puisse, avec l'expérience de la première crise, ne pas se poser les questions au dernier moment."

C'est le premier niveau "hôpital en tension", lors duquel "on s'organise, on commence à réfléchir à comment organiser les stocks et les services", a expliqué Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF.

"Le deuxième niveau, c'est le début de la déprogrammation", comme c'est déjà le cas au CHU de Guadeloupe, a-t-elle relevé. "Sur la région Paca [Provence-Alpes-Côte d'Azur] l'AP-HM a augmenté ses capacités de réanimation, non pas en déprogrammant, mais essayant de concilier au mieux" un volume important de patients Covid, en évitant "au maximum le renoncement aux soins".

En cas de deuxième vague, mieux orienter les patients

Les établissements doivent adapter des stratégies différentes selon la situation territoriale et leur expérience de la première phase de la crise sanitaire. Au CH de Gonesse notamment, "ce que l'on est en train de faire, c'est de penser un capacitaire qui serait en harmonie entre le capacitaire médecine Covid, le capacitaire médecine intensive et peut-être derrière la rééducation", a témoigné François Venutolo.

Il s'agit d'éviter "un déséquilibre comme celui que l'on a vécu", pendant la phase aiguë de la crise. "En quelques jours, on est monté à 123 lits Covid, avec une réanimation qui devenait dépassée."

Il a souligné l'importance de "l'entraide, de la solidarité, et de l'orientation des patients". En cas de deuxième vague, "on espère que l'on pourra mieux orienter les patients", a-t-il souligné. Notamment, "il faut "les transférer vers des unités qui ont de la place à un moment où ils sont transférables".

Lors de la "première vague", il arrivait souvent que les patients se présentent "au service d'accueil d'urgence dans un état tel qu'ils n'étaient pas transférables". François Venutolo a aussi invité à une réflexion pour assurer le maintien des activités de chirurgie, pour éviter les déprogrammations totales, notamment en ambulatoire.

En matière de gouvernance, il a souligné le bon fonctionnement, durant la première phase de la crise sanitaire, du "binôme président de CME-direction, qui, là où ça marchait bien, a montré la synergie que l'on pouvait avoir".

En revanche, "on n'a pas intégré dans nos cellules de crise les médecins libéraux", a-t-il relevé. "Je suis en train de mettre en place un binôme médecin-paramédical de ville qui serait systématiquement invité à nos cellules de crise."

Pour limiter les effets de l'épidémie sur la tension hospitalière, "il faut absolument que la population et les personnels soignants et médicaux se fassent vacciner contre la grippe", a par ailleurs plaidé Jean-Marie Whoel.

La transformation de chambres doubles en chambres individuelles "réduit nos capacités d'accueil", a-t-il ajouté. Si le nombre de patients en réanimation est susceptible d'être moins important, "on aura plus de patients relativement lourds en service conventionnel, et cela va nécessiter un grand nombre de lits disponibles".

Le besoin de chambres individuelles pour assurer les mesures barrières a des répercussions sur l'organisation et le temps d'intervention des équipes. C'est le cas quand les patients n'ont pas encore le résultat de leur test PCR. "Leur transfert en chambre double, quand le résultat est négatif, impacte le travail des personnels paramédicaux du fait de déménagements incessants", a expliqué François Venutolo.

Des interrogation sur les ressources humaines mobilisables en cas de deuxième vague

Jean-Marie Woehl a souligné l'importance de "sécuriser la chaîne d'approvisionnement". Cet été, "on a su rétablir des approvisionnements en EPI [équipements de protection individuels", dont des "masques FFP2 en très grande quantité", du matériel lourd et de respirateurs, "qui actuellement nous garantissent quelques semaines ou quelques mois de visibilité même à utilisation assez intenses".

"On va être obligés d'assumer deux flux parallèles: les Covid, dont on ne sait pas quelle sera l'intensité, ni la quantité, ni la qualité, et un flux de pathologies non Covid qui est actuellement plein", a-t-il prévenu, évoquant une hausse de 14% dans son service d'urgences par rapport à 2019.

"On aura des difficultés à mettre à disposition des personnels pour d'éventuelles unités Covid qu'on devra armer", a-t-il poursuivi. Son établissement a recruté cet été les aides-soignants et ASH disponibles "sans regarder à la dépense", mais il s'interroge malgré tout sur la quantité de personnels qui sera mobilisable pour faire face à une deuxième vague.

"Même si les réanimations semblent moins impactées, se posera le problème de l'équipement de ces réanimations, de lits éphémères qu'on a anticipé pendant l'été, car on aura moins d'anesthésistes et d'infirmières anesthésistes qui auront été dégagés dans les blocs opératoires pour continuer leur activité", a-t-il ajouté.

Une unité Covid nécessite "40% à 50% de personnels de plus" qu'unité normale, a-t-il estimé. "Si on est obligé de recréer des unités Covid, on va être en difficulté, il va falloir à nouveau travailler sur les organisations pour mettre certaines activités un peu sur l'éteignoir."

François Venutolo a constaté "une fatigue" toujours présente chez le personnel et des déceptions sur les avancées dans le cadre du Ségur de la santé, "que ce soit sur un plan médical ou non médical".

Des difficultés pour avoir des résultats rapides pour les tests PCR

Jean-Marie Woehl a expliqué que durant le printemps, l'hôpital "avait la chance d'avoir des tests rapides" avec l'obtention d’"un résultat en deux heures, ce qui nous permettait de fluidifier le flux de nos patients de manière importante [...] On savait comment les réorienter en service Covid ou non Covid."

Mais la disponibilité des tests "s'est réduite", car "les fournisseurs américains ont complètement réorienté leur marché vers les marchés américain et sud-américain", a-t-il analysé. Ainsi, "on reçoit d'une manière très limitée l'accès aux réactifs de ces tests rapides, ce qui nous pose des problèmes de gestion des flux des patients".

Selon lui, "il faut absolument résoudre" cela pour qu’"on puisse gérer au mieux en hiver l'afflux des patients Covid et non Covid".

François Venutolo l'a rejoint sur les difficultés d'obtenir des résultats rapides pour les tests. "Il va falloir organiser la hiérarchie dans les tests PCR. [...] Aujourd'hui, on [...] s'interroge sur la réduction de l'activité chirurgicale puisqu'on ne peut pas avoir les [tests] PCR dans des délais" suffisamment courts, a-t-il complété.

mlb-jyp/gdl/nc

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