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Covid-19: les ingénieurs biomédicaux particulièrement mobilisés pendant la première vague (Valérie Moreno)

Crédit: Geneviève De Lacour/TecHopital
Crédit: Geneviève De Lacour/TecHopital

(Par Geneviève DE LACOUR, aux Journées de l’architecture en santé)

MENTON (Alpes-Maritimes), 28 octobre 2020 (TecHopital) - Invitée des 2es Journées de l'architecture en santé (JAS 2020) qui se tiennent à Menton du lundi 26 au mercredi 28 octobre, Valérie Moreno, présidente de l'Afib, est revenue sur l'importance de la mobilisation des ingénieurs biomédicaux pendant la première vague de l'épidémie de Covid-19.

"Pendant la crise sanitaire, les ingénieurs biomédicaux ont été particulièrement mobilisés", a constaté Valérie Moreno, présidente de l'Association française des ingénieurs biomédicaux (Afib).

Ils "ont été particulièrement attendus sur la disponibilité des équipements et notamment des respirateurs", a souligné l'ingénieure biomédicale du CHU de Bordeaux.

Les ingénieurs biomédicaux ont d'abord dû recenser les équipements disponibles pour les réaffecter aux unités Covid, puis commander "le matériel complémentaire en prenant en compte les réels besoins du terrain et les difficultés d'approvisionnement liées à la pandémie".

"Nous avons assuré la réaffectation des dispositifs médicaux en fonction de ce qui était disponible et avons réalisé des approvisionnements de tous types, en ayant un œil très attentif sur les délais de livraison qui étaient très variables pendant cette période et finalement jamais avérés", a fait remarquer la présidente de l'Afib.

Il a fallu également regarder la disponibilité des consommables nécessaires au fonctionnement des équipements, "et cela nous l'avons fait en lien avec les pharmaciens".

"Notre rôle a aussi été de réceptionner les dotations nationales et régionales, de les mettre en service, d'assurer leur traçabilité et de les distribuer au sein des groupements hospitaliers de territoire (GHT)", a-t-elle ajouté.

Les équipements les plus utiles et les plus recherchés ont été les respirateurs, le monitorage qui évalue la profondeur d’anesthésie, les perfusions, les pompes à nutrition, les endoscopes, les Ecmo (oxygénation par membrane extracorporelle), les appareils d'hémofiltration... Différents respirateurs ont été utilisés: les respirateurs de réanimation lourde, de transport, des respirateurs légers, des appareils d'anesthésie.

Outre les lits de réanimation, il a fallu équiper les services de médecine. "Les équipements les plus utiles ont été les équipements les plus modestes", a-t-elle fait remarquer.

Le travail des ingénieurs biomédicaux a aussi consisté à "mettre les bons équipements aux bons endroits". A noter que les salles de soins post-interventionnels, les salles d'opération et les urgences ont été mises à contribution.

Il a fallu "repenser la modularité des plateaux techniques" avec un espace le plus large possible, des postes de soins équipés de prises de fluides médicaux, et "du monitorage multiparamétrique devant être relié à un poste central". Donc une bonne "infrastructure informatique est nécessaire pour pouvoir déployer ce monitorage". Enfin, "il est nécessaire de pouvoir évacuer les poches d'hémofiltration qui peuvent peser 5 kg parfois".

Crédit: Geneviève De Lacour/TecHopital
Des plateformes de traitement des tests PCR ont été mises en place. Elles sont composées d’un extracteur d’ADN, pour lesquelles certains établissements ont bénéficié d'une dotation de l'Etat, d'une centrifugeuse, et enfin d’un thermocycleur qui rend le résultat.

L’investissement pour ce genre de plateforme est de l’ordre 350.000 euros. "A Bordeaux, la plateforme couvre 170 m² permettant de réaliser 2.400 tests par jour et mobilise des équipes de 30 à 50 personnes par jour", a-t-elle précisé.

Des positions abusives de certains prestataires

La présidente de l’Afib a expliqué qu’une des missions premières des ingénieurs biomédicaux pendant cette crise a été d’assurer la fiabilité et la sécurité de tous ces dispositifs médicaux. Mais elle indique avoir rencontré "des entraves", déplorant des équipements placés en quarantaine par certains prestataires de maintenance, des freins importants à la venue des prestataires, ce qui l’a conduit à écrire au Syndicat national de l'industrie des technologies médicales (Snitem) "au nom de l’Afib pour dénoncer certaines positions abusives".

Valérie Moreno a également constaté des problèmes de disponibilité des équipes de maintenance, qu'elles soient internes ou externes, ainsi que des problèmes de disponibilité des pièces détachées.

Depuis, "nous avons décidé d’augmenter notre parc d’équipements, et d'augmenter raisonnablement le stock de pièces détachées. Nous avons aussi formé les nouvelles équipes soignantes à ces équipements". Enfin, les équipes biomédicales ont été réorganisées et cela en fonction de leurs compétences afin d'assurer les maintenances de premier niveau.

"Pouvoir organiser des évacuations sanitaires, a été une grande force selon moi", a insisté Valérie Moreno. "Nous avons placé jusqu’à 24 patients Covid en réanimation dans un TGV lors d’une des opérations 'Chardon'". Et c'est remarquable, a-t-elle souligné. "Les ingénieurs biomédicaux mobilisés se sont révélés être de véritables couteaux suisses pour accompagner ces opérations hors normes".

Beaucoup d’initiatives technologiques ont émergé pendant la crise. "Il a fallu confirmer la pertinence de ces équipements. Le meilleur exemple a été l’impression 3D. Nous avons constaté la médiatisation très forte de ces démarches, à l'instar du masque Décathlon".

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), à titre dérogatoire, a autorisé des dispositifs imprimés tels que la valve de Boussignac ou le ventilateur Makair, né de l'impression 3D et issu de l'Open source.

Au final, l’impression 3D a servi à fabriquer des poignées sans contact, de nombreux équipements de protection individuelle (EPI).

"Nous avons tiré les conséquences d’une dépendance risquée à l’usage unique en contexte pandémique. En effet, avec le réutilisable, et en ayant recours à la stérilisation, on peut regagner en autonomie, à l’instar des valves respiratoires".

Le monde hospitalier a pris conscience du potentiel de l’impression 3D à l’hôpital "malgré le peu de réelles concrétisations". Pour les ingénieurs biomédicaux, "il est raisonnable de développer l’impression 3D de pièces détachées non critiques des dispositifs médicaux" (travaux Afib en cours).

Aujourd'hui, "nous avons augmenté notre stock de respirateurs, le but étant de diminuer la dépendance des hôpitaux vis-à-vis des fournisseurs. Il s’agit également de varier les sources d’approvisionnements, peut-être en ayant recours ponctuellement à l’impression 3D", a-t-elle détaillé.

"Nous tenons enfin à fabriquer des médicaments en tension, et notamment le curare, grâce à un maillage territorial des pharmacies à usage unique (PUI), organisé par l'ANSM, en adaptant les locaux de pharmacie à ces nouvelles unités de production temporaires", a conclu la présidente de l'Afib.

gdl/san

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