Une question ? Appelez le 01 48 06 54 92

 

TecHopital.com

 

https://www.pall.com/en/medical/landing/20-years-fr.html?utm_source=techopital&utm_medium=banner&utm_campaign=20-years-fr

Crise sanitaire: "Les risques liés aux achats ont été insuffisamment ou pas du tout anticipés" (club des directeurs achat de CHU)

Crédit: Shutterstock
Crédit: Shutterstock

PARIS, 26 octobre 2020 (TecHopital) - Une enquête en ligne diffusée au sein du réseau du "Club achat" de la conférence des directeurs généraux (DG) de CHU, a permis de collecter les retours d'expérience d'une vingtaine de directeurs achat-logistique des principaux CHU de France sur la manière dont la première vague Covid a été gérée par leur service.

Les résultats de cette enquête publiée dans la revue "Techniques hospitalières" de septembre-octobre indiquent que dans 95% des réponses des acheteurs de CHU, "les risques liés aux achats ont été insuffisamment ou pas du tout anticipés".

Si les directions achat considèrent que la fonction achat/logistique "a répondu aux attentes des professionnels des CHU pendant la crise", "45% d'entre elles considèrent que cette fonction n'était pas suffisamment armée pour affronter la crise".

La crise a révélé que le sourcing et la bonne connaissance des fournisseurs étaient essentiels et pouvaient limiter considérablement les risques liés aux achats. Diversifier les sources d'approvisionnement a permis de répondre autant que possible aux besoins des services. De même des liens forts et stables avec les fournisseurs en amont de la crise sont apparus comme capitale pour entretenir la priorisation des livraisons notamment.

Dans les CHU, "pendant la phase aiguë de la crise, la consommation de masques et d'équipements de protection individuelle (EPI) a été multipliée par 3 par rapport aux consommations habituelles", indique Stéphanie Geyer, directrice des achats et de la logistique au CHU de Nancy, coordonnatrice du club achat-logistique de la conférence des DG de CHU et coauteure de l'article publié dans "Techniques hospitalières".

Les EPI (masques, blouses, gants, etc.) et les dispositifs de diagnostic biologique (réactifs, dispositifs de prélèvement) sont les segments sur lesquels les acheteurs des CHU ont connu le plus de difficultés pour s'approvisionner, devant les produits de désinfection et les dispositifs médicaux (DM) consommables de réanimation.

Ainsi, 75% des acheteurs de CHU "ont dû prendre des risques financiers pour assurer des approvisionnements indispensables et 70% des directions des achats et de la logistique ont déclaré s'être affranchies de certaines règles de la commande publique pour répondre à l'urgence et ne pas manquer les rares opportunités identifiées sur le marché".

Devant cette nécessité de trouver des alternatives à des fournisseurs défaillants, 80% des directions achat des CHU ont dû recourir à des fournisseurs locaux ou régionaux de façon inhabituelle, principalement pour les solutions hydroalcooliques, masques, surblouses, visières, etc. A ce propos, "la réactivité de ce marché a été très appréciée" des acheteurs, souligne Ronan Talec, coauteur de l'article et directeur des achats au CHU de Rouen.

Dès le 20 mars, les établissements supports de groupement hospitalier de territoire (GHT), à l'instar de la plateforme logistique du GHU Paris psychiatrie & neurosciences ont été missionnés par les agences régionales de santé (ARS) pour assurer la mission de distribution des EPI et principalement des masques fournis par Santé publique France (SPF).

"Mises en place en urgence, souvent sans ressources supplémentaires, ces plateformes ont été actives pendant plus de 6 mois jusqu'à début octobre. Sous la coordination opérationnelle des directions achat-logistique, les plateformes ont stocké puis redistribué des dizaines de millions de masques et autres produits aux structures de territoires".

"Très majoritairement (85%), cette organisation a été perçue favorablement au niveau des territoires." Les établissements de santé et médico-sociaux ont "souvent témoigné de l'efficacité de ces plateformes de stockage et de distribution".

"Cette action centrale de l'établissement support a conforté la place du CHU dans la coopération logistique au sein du GHT dans une logique de solidarité publique", notent les auteurs. Ainsi, 80% des directeurs achat considèrent que cette expérience va bénéficier à des démarches de mutualisation logistique futures au niveau du GHT.

"Le retour au réutilisable a été une voie de salut pour les CHU"

"La restauration et la blanchisserie ont également été des acteurs importants de la gestion de la crise en CHU et ont démontré, elles aussi, leur grande agilité", soulignent Stéphanie Geyer et Ronan Talec.

Si, dans plus de la moitié des CHU ayant répondu à l'enquête, les selfs ont été fermés, dans les autres CHU, la capacité d'accueil des selfs a été réduite pour favoriser la distanciation entre professionnels. Dans la plupart des cas, lorsque les selfs étaient fermés ou que les professionnels étaient dans l'incapacité de s'y rendre, certains CHU ont décidé de distribuer des repas gratuits.

L'étude montre que "l'offre de service ainsi modifiée a satisfait très largement les usagers de la restauration à l'hôpital".

Côté blanchisserie, les EPI à usage unique (blouses, tabliers imperméables, etc.) étant en forte tension d'approvisionnement, le retour aux produits réutilisables comme les blouses en textiles "a été une voie de salut pour de nombreux CHU".

D'ailleurs 55% des directeurs achat de CHU considèrent que la crise va modifier les stratégies d'achat de l'usage unique au bénéfice de produits textiles réutilisables. En effet, "il est à craindre une tension durable de ces approvisionnements d'origine asiatique principalement", font remarquer les acheteurs.

"Les besoins étaient tellement importants en volume que plusieurs organisations originales ont été mise en place" tels que des ateliers de couture en interne, le recours à des artisans locaux et la mobilisation de couturières bénévoles.

Devant la demande forte des services de soin, les blanchisseries ont montré leur capacité d'adaptation en accélérant les cycles de collecte, de lavage et de livraison des blousses textiles. Dans plusieurs cas, les horaires d'ouverture des unités de production ont été élargis, jusqu'à 7 jours sur 7 dans deux cas et les postes de travail ont été réaménagés.

Parmi les autres fonctions de service, sous traitées ou en concession, les directions de CHU indiquent que "les sociétés de bionettoyage, de prestation TV/téléphonie/Internet et de cafétéria-boutique ont globalement assuré la continuité de service".

Enfin, l'enquête confirme que pendant cette période "le télétravail a beaucoup facilité la poursuite des activités des directions achats-logistiques. Ce sont principalement les acheteurs et les approvisionneurs qui ont exercé leur mission à distance tandis que les directeurs et logisticiens étaient sur site".

Les recommandations des acheteurs

Les acheteurs recommandent ainsi d'améliorer "le dialogue et la collaboration avec les fournisseurs et d'intégrer de nouveaux critères de choix de fournisseurs, le recours aux filières d'approvisionnement locales (nationales régionales) et l'accélération de la convergence des achats au sein des territoires".

Ainsi, "il est apparu que la bonne maîtrise du catalogue fournisseurs/produits était un outil crucial en période de crise". D'où la nécessité de disposer de solutions numériques donnant en temps réel une vision de tous les acteurs des chaines d'approvisionnement et de leurs situations, à travers un système d'information (SI) achat.

Il s'agit également de "relever le niveau d'exigence envers les fournisseurs par l'intégration de nouveaux critères de choix notamment sur le lieu et les capacités de production". La crise a en effet "mis en lumière des dépendances trop fortes de nos hôpitaux à des zones géographiques éloignées, principalement asiatiques", font remarquer les deux acheteurs.

A noter que les établissements parties de GHT ont connu des difficultés beaucoup plus importantes que les CHU dans l'accès aux approvisionnements particulièrement des EPI, lorsque les marchés n'étaient pas mutualisés au niveau territorial.

"La crise a exacerbé la fragilité des plus petites structures sanitaires et justifie aujourd'hui [de donner] la priorité à la convergence des marchés sur certains segments critiques", soulignent-ils.

Enfin, "les risques de rupture d'approvisionnement ont également mis en avant la notion de stock de sécurité, sujet prioritaire en sortie de crise aiguë, alors qu'une gestion en flux tendu était jusqu'à présent préconisée", indiquent Stéphanie Geyer et Ronan Talec.

gdl/nc

Partagez cet article

Les dépêches liées à cette information

Il n'y a pas encore de commentaire sur cette publication.
Soyez le premier à réagir

Pour commenter cet article identifiez-vous ou enregistrez-vous si vous ne l'avez pas encore fait
Les offres
Agenda