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Dérives sectaires : les points à surveiller dans les établissements

PARIS, 5 août (Direct Hôpital) – L'organisme de lutte contre les sectes Milivudes a identifié des risques spécifiques dans les établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux. Les personnes âgées et le personnel sont particulièrement exposés.

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a remis en avril au Premier ministre son rapport 2011-2012, dans lequel elle revient sur les risques de dérives sectaires dans le monde de la santé, en particulier pour les personnes âgées.
 
Le risque ne vient pas des établissements en eux-mêmes. Une seule maison de retraite médicalisée a fait l'objet d'un signalement judiciaire, suite à des pratiques d'accueil et de soins inspirées de mouvements sectaires et à une forte suspicion de captation d'héritage.
 
Les dérives les plus fréquentes impliquent des auxiliaires bénévoles venant visiter les personnes âgées placées en Ehpad. Si la direction manque de vigilance, elles peuvent "instaurer une relation de confiance, voire affective, avec la personne et lui soutirer des dons, legs, remises en nature, avantages financiers, etc., pour leur propre compte ou pour celui du mouvement auquel elles appartiennent", écrit l'organisme. "Loin de leurs proches, les personnes âgées s'attachent à ceux qui les entourent, et certains peuvent être amenés à en profiter", ajoute-t-elle.
 
La Miviludes signale des cas "nombreux" d'infractions mais assure néanmoins qu'il ne faut pas généraliser. Elle rappelle que les associations sont souvent accueillies avec soulagement dans les établissements, car elles contribuent à la prise en charge sociale, en particulier en cas de carence de la famille.
 
Plusieurs établissements ont cherché à savoir s'ils pouvaient refuser leur accès à des groupes "d'inspiration philosophique ou spirituelle", note le rapport. Il leur a été répondu que les établissements, garants de la protection de leurs résidents vulnérables et de leur bien-être, peuvent tout à fait interdire tout prosélytisme dans leurs locaux. Par contre, si un résident est déjà membre d'une "communauté spirituelle" et demande la visite d'un autre membre de ce groupe, elle ne peut lui être refusée.
 
La Miviludes formule plusieurs propositions pour protéger les personnes âgées dans les établissements : renforcer le rôle du conseil de la vie sociale ou encore désigner une personne de confiance lors de l'admission dans un établissement médico-social.

Attention aux formations de gestion du stress 

Le rapport recommande de "ne pas négliger" l'appartenance éventuelle d'un membre du personnel à un mouvement sectaire, mais souligne surtout les risques auxquels ils sont exposés.
 
"Le secteur sanitaire et social est particulièrement exposé (…) compte tenu du stress et des conditions de travail réputées difficiles", soulève le rapport. Il met en garde contre les formations de "coaching", "développement personnel", "confiance en soi" ou "gestion du stress". "Autant de mots qui doivent alerter, sinon appeler à la vigilance" les personnels, les responsables de ressources humaines et les directions.
 
En 2009, le secrétaire d'Etat chargé de l'emploi avait estimé à 10% la proportion de formations professionnelles comportementales "inspirées par des mouvements sectaires".

"Il convient de communiquer auprès des employeurs sur les risques de dérives sectaires dans les programmes de formation et de développement professionnel continu, qui constituent une voie d'entrée pour certaines personnes mal intentionnées", avait rappelé Karim Mameri, secrétaire général de l'Ordre des infirmiers, lors d'une audition au Sénat en décembre 2012.

Mais la diffusion de pratiques médicales dites alternatives doit aussi être surveillée par les responsables d'établissement. "Nous constatons surtout, sur le terrain, la tentation de certains professionnels infirmiers, libéraux notamment, de diversifier leur activité en s'adonnant à des pratiques non éprouvées, qui peuvent avoir un caractère sectaire, avait déclaré Karim Mameri.

"Les pratiques le plus souvent relevées par notre direction juridique sont le reiki, l'irrigation colonique, la magnétologie. Des activités comme la télépathie, certains massages ou la sophrologie, qui ne présentent pas par ailleurs de danger manifeste, doivent également éveiller la vigilance, tout comme la vente, lors des tournées, de compléments alimentaires offrant des vertus particulières..."

En cas de doute sur une formation, l'établissement concerné doit interroger le référent "dérives sectaires" de l'agence régionale de santé (ARS), la Miviludes ou la Direction des entreprises, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte). 

Un guide permettant de détecter les dérives sectaires dans la santé a été publié par la Miviludes en avril 2012. Mais sa longueur (200 pages) fait qu'il "ne faut pas se faire trop d'illusions sur la connaissance qu'ont les infirmiers du contenu de ce guide", déplore Yann de Kerguenec, directeur juridique de l'Ordre national des infirmiers. "Les infirmiers sont plus sensibles aux informations verbales ; une intervention, soit dans le cadre des organismes de formation continue, soit au moment de la formation initiale, peut avoir plus d'impact que la diffusion d'un ouvrage", plaide-t-il. /mb

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