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Des hôpitaux devenus "élastiques" pendant la crise sanitaire, selon les ingénieurs biomédicaux européens

Crédit: Association italienne des ingénieurs biomédicaux
Crédit: Association italienne des ingénieurs biomédicaux

PARIS, 25 mai 2020 (TecHopital) - L'association italienne des ingénieurs biomédicaux a organisé fin avril une conférence en ligne avec ses homologues espagnols, français, anglais et allemands afin de confronter leurs expériences pendant l’épidémie de coronavirus, évoquant le concept d'"hôpital élastique" qui s’est développé pendant cette période.

En Espagne, les hôpitaux ont été très réactifs à la demande, a expliqué Raquel Canovas-Paradell, ingénieure biomédicale à l'hôpital Vall d'Hébron de Barcelone, évoquant "des hôpitaux élastiques", au cours d'un webinar intitulé "Covid19: The perspectives of clinical engineers across Europe".

"Pourtant, personne n'était préparé à cette pandémie", avoue l'ingénieure. "C'était le chaos politique à tous les niveaux. L'hôpital s'est retrouvé seul à gérer la crise. Les solutions ont été trouvées en interne ou au niveau local, au niveau de la ville. Nous n'avions aucune idée du nombre de patients à devoir traiter. Et nous n'avons reçu que 20 respirateurs et 40 moniteurs supplémentaires, et encore seulement à la fin de l'épidémie. Nous avons dû faire avec le matériel dont nous disposions", décrit-elle.

Il a fallu transformer notre hôpital en quelques jours, continue-t-elle. "Seules les urgences et la pédiatrie ont été maintenues dans notre hôpital qui ne traitait plus que d’une seule pathologie, le Covid-19. Au total, nous avons dû ouvrir 100 lits de réanimation en 7 jours. Nous avons étendu les salles de repos, et créé de nouveaux espaces. Cela a été succès."

Quelles leçons l'ingénieure tire-t-elle de cette crise sanitaire? "Il est important de disposer d’un stock de vieux équipements que l’on peut réaffecter, et bien sûr d'un stock de nouveaux. En outre, l’adaptation du personnel soignant a été exemplaire. Un réseau de techniciens s’est constitué et un groupe WhatsApp a été créé pour partager les solutions entre différents établissements", rapporte-t-elle.

"Quand vous travaillez à transformer un hôpital, vous n'avez pas forcément le temps d'innover. C'est donc intéressant de profiter de l’expérience d’un collègue d’un autre établissement qui peut vous expliquer comment un respirateur non-invasif peut se transformer un respirateur invasif. Et c’est encore mieux quand il peut vous envoyer une vidéo", raconte-t-elle. Il y a également eu un échange des pièces détachées imprimées en 3D entre les hôpitaux. "La fourniture d'équipements imprimés en 3D a été très utile car avoir des stocks de matériel sous la main est très important."

Autre constat, la cellule de crise a mis en place une structure de réparation centralisée qui a bien fonctionné.

"Revoir la politique d'achat de matériels"

D'autres initiatives semblaient intéressantes, mais les résultats se sont révélés plus décevants, selon Raquel Canovas-Paradell. Par exemple, l'utilisation de respirateurs d'anesthésie pour la réanimation a été utile dans les premiers jours de la crise, mais ne s’est pas révélée être une solution médicalement fiable sur le long terme.

Et "ce qui pour moi a été un véritable désastre, c'est l'achat et la distribution de matériel de manière centralisée. Nous avons constaté un manque total de transparence sur la manière dont les respirateurs ont été distribués aux hôpitaux", souligne-t-elle.

Pour ce qui est des relations avec les industriels, "il est essentiel de pouvoir disposer d'un stock stratégique d'équipements. Nous devons donc promouvoir des alliances avec les industriels, et favoriser l’implantation d’industries locales construisant les équipements -qui nous ont tant manqués, localement. Mettre en place des plans d'urgence avec les fournisseurs est aussi essentiel. Les industriels devraient pouvoir fournir des guides, des instructions pour des usages alternatifs du matériel, ainsi qu’une homologation des consommables. Ils devraient enfin réfléchir sur comment ils pourraient nous aider lors de la prochaine crise sanitaire".

En France, Christophe Parret, ingénieur biomédical au CHU de Grenoble et responsable des relations internationales au sein de l'Association française des ingénieurs biomédicaux (Afib) a expliqué à ses homologues européens que le défi majeur a été d'augmenter le nombre de lits de réanimation. "Nous avons fermé les autres servies pour récupérer le matériel nécessaire à la gestion du Covid-19", souligne-t-il. Autre challenge: celui de trouver des consommables, ainsi que les références pour les remplacer. Il insiste sur le fait que les ingénieurs biomédicaux ont un rôle crucial à jouer dans la recherche du matériel.

Pour lui, il est important de "revoir la politique d'achat de matériels". Il pose également la question des équipements à usage unique versus ceux qui sont réutilisables. A noter qu'il est le seul, au cours de cette conférence en ligne, à avoir abordé le sujet. Il a constaté durant la crise que les consommables ont fait cruellement défaut, et souligné l’absence de coordination sur ce sujet au niveau national et encore plus au niveau européen. Mais un des points positifs, selon lui, a été l’émergence de nombreuses initiatives technologiques, de groupes de "makers" qui ont mis au point des équipements (respirateurs, masques, visières), des équipements low tech et peu onéreux, tous réalisés en open source. Il a cité notamment le respirateur MakAir, ou les valves Boussignac.

L’ingénieur du CHU de Grenoble propose quelques pistes pour l'avenir, notamment sur la diversification des approvisionnements pour un même type d'équipement ou encore en étant capable de fabriquer rapidement les équipements nécessaires. Il recommande de travailler sur "l'indépendance européenne d'équipements critiques tels que les masques ou les respirateurs".

L'Italie "pas favorable au transfert de patients"

Umberto Nocco, vice-président de l’association italienne des ingénieurs biomédicaux, explique, lui, avoir navigué à vue au tout début de l’épidémie. "Nous n'avions pas de données, pas de simulation pour savoir ce qui se passe, pas de données fiables non plus. Or, en moins d'un mois, nous avons dû doubler le nombre de lits de réanimation. Et c'est difficile d'être efficace dans ce genre de chaos. Les ingénieurs biomédicaux ont dû s'adapter à de nouveaux équipements, de nouvelles formations pour les soignants, de nouveaux protocoles. Du coup, nous n'avions pas le choix des équipements."

"De plus, nous avons expérimenté la désorganisation en matière d'approvisionnement entre les niveaux locaux, régionaux et nationaux et notamment les commandes."

En conclusion, "nous avons pu constater que disposer d'un grand nombre d'équipements est un avantage". Mais aussi "qu'on ne peut pas vraiment compter sur les fournisseurs pour livrer des solutions à temps. L'option n'est peut-être pas de doubler le nombre d’équipements mais au moins d’augmenter les volumes. Disposer de plus de matériel permet d’absorber le choc de l’épidémie. La solution serait d’acheter ce dont on a vraiment besoin et non ce qui semble ressembler à l'équipement qu'on veut", fait-il remarquer.

En Italie, "nous ne sommes pas très favorables aux transferts de patients dans d'autres établissements". Enfin, "nous réfléchissions au développement de la télémédecine", conclut-il.

gdl/vl

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