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14/04/2016
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Entretien des locaux: limiter l'utilisation des biocides pour préserver la santé des professionnels

Crédit: Fotolia
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Outre leur impact sur l'environnement, les produits détergents et désinfectants utilisés pour le nettoyage en grandes quantités dans les établissements de santé sont la source de diverses pathologies chez les professionnels. Un plan visant à réduire leur consommation s'est monté entre 2009 et 2012 autour du centre hospitalier (CH) d'Hyères (Var). Après une première extension au département du Var, il est cette année en cours de généralisation à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca).

Philippe Carenco, médecin hygiéniste au CH de Hyères, a présenté le dispositif mardi 5 avril, à l'occasion d'une journée organisée à Paris par le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) sur le thème de la "qualité de l'air intérieur" en établissement de santé.

Le médecin a relevé chez ces structures des particularités, dont un certain nombre d'entre elles accentuent les risques liés à un air de mauvaise qualité. Leur fonction d'"hébergement collectif", tout d'abord, qui entraîne un "confinement" lui-même source d'"empoussièrement".

L'hôpital est aussi "plus chauffé que le domicile", aux environs de 23-25 degrés Celsius, ce qui favorise l'évaporation des composés organiques volatils (COV). Philippe Carenco a aussi pointé des expositions diverses aux médicaments ou encore aux phtalates.

De "nombreuses activités techniques" impliquent en outre l'utilisation de biocides, auxquels s'ajoutent ceux utilisés pour l'entretien des locaux (en particulier les désinfectants).

Certains locaux sont particulièrement exposés aux COV: à commencer par ceux équipés d'un système d'air contrôlé (blocs opératoires, locaux de stérilisation, d'endoscopie, salles blanches pharmaceutiques...).

Assurer la qualité de l'air intérieur dans ces espaces demande une "maîtrise du taux d'air neuf". Sur ce point, le praticien hygiéniste a insisté sur l'idée que "l'air se lave avec de l'air propre" et non avec d'autres produits chimiques.

Il a aussi regretté que dans beaucoup d'établissements de santé, "l'emplacement des prises d'air neuf" ait été décidé sans tenir compte de ce qui se fait "autour de l'hôpital". Installées par exemple à proximité du parking, certaines injectent dans l'établissement un air déjà encombré par les gaz d'échappement.

Autres points importants: le port des équipements de protection individuelle (EPI) par les professionnels, ce qui demande pour les convaincre beaucoup de "discussions", ainsi que les contrôles de la composition de l'air.

Outre les locaux équipés de systèmes contrôlés, Philippe Carenco a pointé le risque inhérent aux laboratoires de biologie et d'anatomo-pathologie (aldéhydes, solvants...), aux locaux techniques (ateliers, garage, reproduction etc. à cause par exemple des peintures, solvants, colles...) et même aux locaux administratifs. Le médecin a préconisé dans ce type d'espace de "ventiler le local de la photocopieuse" et de "canaliser l'air extrait".

La problématique des asthmes professionnels

Les asthmes professionnels sont le "témoignage qu'il y a une problématique de la qualité de l'air en milieu de santé", a-t-il estimé. Les professionnels de santé seraient cinq fois plus touchés que les "employés sans lien avec l'entretien des locaux".

En 2006, "presque 8% des personnels étaient concernés par des problèmes d'asthme". Un risque accru lorsque leur fonction implique la désinfection des instruments médicaux, le nettoyage des locaux ou même l'administration de médicaments en aérosols. Le syndrome de Brooks (caractérisé par un asthme sans période de latence) touche particulièrement les établissements de santé.

"Les principaux responsables" de ces maladies professionnelles sont les biocides, a accusé le médecin hygiéniste, pointant particulièrement les désinfectants. Philippe Carenco a souligné que si les effets de la plupart des produits pris individuellement sont connus, leur superposition peut être à l'origine de "sous-produit aux effets" inconnus.

Pourtant "la perception de la problématique de l'air est totalement insuffisante" dans les établissements, a-t-il regretté. Il a évoqué une "inconscience chimique" des personnels qui ne se doutent pas "qu'ils manipulent des produits à effets dangereux pour leur santé", particulièrement lorsqu'ils utilisent des pulvérisateurs.

"On s'aperçoit" en outre que les bâtiments basse consommation ont "des effets malsains". Ils sont trop souvent insuffisamment ventilés, ou en tout cas réglés sur un débit d'aération trop bas.

Philippe Carenco a finalement voulu tordre le cou à une "idée reçue" sur les solutions hydro-alcooliques. Pour le médecin, rien n'indique que leur utilisation présenterait le moindre risque.

Les "grandes règles" de préservation de la qualité de l'air

Il a évoqué cinq "grandes règles" pour améliorer la qualité de l'air à l'hôpital:

  • Adopter un emploi raisonné de la désinfection
  • Substituer la chimie par des méthodes alternatives
  • Former au bon usage des produits
  • Proscrire toute forme de pulvérisation
  • Favoriser le renouvellement de l'air

Outre l'intérêt sanitaire au sein de l'établissement, il a rappelé que l'utilisation des biocides impacte les rejets liquides de l'hôpital (400 à 1.200 litres d'eau par lit et par jour) et donc l'environnement.

Philippe Carenco a également souligné qu'il était scientifiquement établi que l'utilisation massive des désinfectants contribue à rendre les bactéries plus résistantes aux antibiotiques.

La désinfection est aussi "très momentanée. Tuer un microbe c'est facile; l'empêcher de recoloniser le milieu c'est impossible", s'est-il amusé. Deux heures suffisent au 1% de bactéries ayant survécu à l'utilisation d'un désinfectant pour reconquérir totalement un sol lavé.

La littérature scientifique n'a par ailleurs pas démontré que "l'environnement doit être désinfecté pour diminuer le taux d'infection nosocomiale".

Pour limiter l'usage des biocides, le médecin hygiéniste a invité à "compenser la chimie par la température, le temps [consacré au lavage] ou la force mécanique : enlever la chimie c'est faisable à condition de répartir l'effort de nettoyage sur les autres paramètres".

30% de détergents/désinfectants en moins

En 2009, le groupement d'intérêt public (GIP) Comet (qui compte le CH de Hyères) a lancé un projet dans ses 11 établissements visant à "réduire l'impact des désinfectants et détergents" sur le réseau public d'assainissement.

Aidé dans le cadre du plan régional santé environnement (PRSE), il se fixait pour objectif de diviser par deux les 3.200 mètres cubes reconstitués de produit utilisés annuellement.

Pour se faire, il prévoyait un ensemble de mesures:

  • Promotion d'une méthode de substitution: le nettoyage vapeur, lorsque c'est possible
  • Adaptation des matériels: microfibres, monobrosse, sans produit...
  • Maîtrise de l'utilisation des produits: doseurs proportionnels (qui délivrent souvent des doses trop importantes), sachets doseurs...
  • Elaboration d'une méthode visuelle d'évaluation de la propreté (frotter un tissu sur le sol; s'il devient noir, le sol est sale !)
  • Formation pratique et théorique à la propreté sur une journée
  • Communication institutionnelle sur le projet.

Après avoir formé 350 personnes (principalement des agents d'entretien) au terme de l'année 2012, le GIP Comet avait réduit de 30% sa consommation. Dans un service de soins de suite et de réadaptation (SSR) ce taux avait atteint 80% pour les seuls désinfectants.

Le projet a ensuite été étendu au Var, entre 2014 et 2015. Cette fois, 219 personnes de 52 établissements de santé et médico-sociaux ont été formées. Philippe Carenco a signalé que le plan visait particulièrement les "personnes relais" (décideurs, chargés de l'achat, cadres chargés de l'entretien des locaux...).

Les résultats sont prévus pour "fin 2016". Mais son extension à la région Paca n'attend pas. Objectif: généralisation du dispositif en 2017.

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Rédigé par: tonygalo54  le 29/05/2016 à 16:52
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quelques éléments complémentaires dans "La prévention des risques professionnels des détergents et désinfectants" : www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergon...
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