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Fides : la facturation au fil de l'eau provoque des vagues

PARIS, 5 juin (Direct Hôpital) - Plusieurs responsables hospitaliers estiment que le projet de facturation individuelle des établissements de santé (Fides), dont le coût sera probablement important, n'améliorera pas la trésorerie des établissements.

Plusieurs hospitaliers sont intervenus la semaine dernière lors d'une session sur les finances hospitalières et l'information médicale organisée par la FHF et le Collège national de l'information médicale (Cnim), lors des Salons de la santé et de l'autonomie. Ils ont critiqué en particulier le volet "séjours" du projet Fides.

Gabriel Nisand, chef du pôle de santé publique et santé au travail au CHU de Strasbourg et président de la Société francophone d'information médicale (Sofime), s'est montré particulièrement virulent par rapport aux objectifs du projet.

Pour lui, Fides "séjour" ne répond pas à une priorité de santé publique, ne permet pas d'améliorer les résultats de santé, la qualité des pratiques ou la productivité. Il estime que ce projet n'améliorera probablement pas la trésorerie des établissements.

Jean-Marc Viguier, secrétaire général de l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM) qui était jusqu'au 29 mai coordonnateur des directeurs des affaires financières de CHU, a aussi mis en doute l'impact positif sur la trésorerie de ce projet "très archaïque, hérité d'un mode de facturation (...) des années 1970 ou 1980".

"La résultante globale n'est pas un gain de trésorerie mais une perte moyenne de 1%", a-t-il évalué.

Pour le coût de mise en oeuvre, Gabriel Nisand a déploré l'absence d'estimation. Il a avancé la fourchette de 500 millions à un milliard d'euros, qui seront "détournés" des soins ou de la construction du système de santé vers "quelque chose qui ne sert à rien", "sans enjeu, sans valeur ajoutée" mais qui nécessite beaucoup de travail.

Ce coût comprend les 2.500 à 5.000 équivalents temps plein (ETP) supplémentaires nécessaires, les formations, les locaux et les systèmes d'information.

Il a aussi évoqué le risque de perte de la possibilité de correction infra annuelle sur 2% du chiffre d'affaires des hôpitaux. Dans les gros établissements, cela peut représenter de 10 millions à 15 millions d'euros, a-t-il indiqué.

Sur le volet séjours, le coût est d'autant moins évalué qu'il n'y a qu'un seul petit établissement de santé privé d'intérêt collectif (Espic), l'Association les amis de l'oeuvre Wallerstein à Arès (Gironde), qui devait commencer l'expérimentation il y a un mois, a-t-il remarqué.

Pour Gabriel Nisand, les parlementaires ont voté la généralisation de la Fides "séjours" car "on leur a lancé un nuage de fumée et ils sont allés tout droit dedans".

Il s'est interrogé sur ce "caprice coûteux", relayé par une "approche technocratique", déconnectée de la réalité, et s'est demandé si le gouvernement et le Parlement n'avaient pas été désinformés sur la faisabilité, l'impact, les enjeux et la valeur ajoutée du dispositif actuel.

Le projet mérite d'être expérimenté d'une manière "plus sérieuse" pour éclairer la décision des politiques, avec une réelle évaluation des impacts pour tous les acteurs, a-t-il poursuivi. Gabriel Nisand a jugé nécessaire de fournir aux parlementaires une information complète pour le projet de LFSS pour 2014 afin qu'ils puissent revoter en connaissance et en responsabilité.

"J'aimerais bien avoir tort et que ce soit bon pour nos hôpitaux" mais "qu'on nous montre qu'on n'est pas en train de jouer à l'apprenti sorcier et d'envoyer joyeusement tout le monde dans le mur", a-t-il souligné.

La directrice du CH de Mulhouse, Danielle Portal, a par ailleurs observé que l'objectif 2015 pour la généralisation du PES V2 (protocole d'échanges standardisés), qui vise à dématérialiser la chaîne comptable, semblait difficile à atteindre. Il s'agit toutefois d'un préalable à la fiabilisation des comptes et à la généralisation de Fides, a-t-elle noté. /cb/mb

A lire en complément : Fides: le bureau des entrées, incontournable pour gérer les consultations et actes externes

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