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Former le personnel hospitalier grâce aux jeux vidéo...

PARIS, 25 février (Direct Hôpital) – Après les tableaux noirs, les manuels médicaux et les mannequins, le personnel soignant peut être amené à utiliser les jeux vidéo dans le cadre de sa formation. Ehpad, services d'urgences et blocs opératoires sont aujourd'hui modélisés en 3D dans des simulateurs ultra-réalistes.

Un hôpital qui paye une licence de quelques centaines d'euros pour que son personnel puisse jouer en ligne ? Ce n'est pas de la fiction. Et  cela n'est pas lié à cette étude, publiée en 2007 dans le magazine Archives of Surgery, qui montrait que les chirurgiens jouant aux jeux vidéo commettaient moins d'erreurs et travaillaient plus vite que les non-joueurs.

Ces jeux qui font leur entrée dans les établissements de santé sont des serious games, des jeux vidéo sérieux. D'abord utilisés dans l'armée et l'aéronautique, ils simulent aujourd'hui les urgences sanitaires.

"C'est l'avenir du e-learning", a résumé Dominique Dupagne, lors du colloque TIC santé organisé par l'association Formaticsanté le 12 février à Paris. Ce médecin généraliste, fondateur du forum de patients atoute.org, estime que les serious games, en alliant le plaisir et le ludique, pourront éviter le sort des CD-Rom éducatifs, peu utilisés car pas assez attirants. "Un médecin qui rentre chez lui après une journée de travail, il ne veut pas s'ennuyer", souligne-t-il.

D'origine américaine, le jeu Pulse! a été un pionnier du genre, utilisé dans la formation des infirmiers et des médecins américains. Il est distribué en France par la société Interaction Healthcare, dont un projet plus récent, SIMUrgences, a remporté en janvier le Prix spécial du jury des médecins spécialistes lors du Festival de la communication santé, à Paris.

Ce module de formation des urgentistes et cardiologues fonctionne en présentiel, lors de réunions professionnelles. Les praticiens, iPad à la main, voient arriver un patient. A eux de faire les bons choix pour le sauver – 2.000 variables vitales évoluent en temps réel. A la fin de la simulation, les choix des médecins sont discutés de manière collégiale.

Si la prise en main et l'environnement reprend les codes des FPS (jeux de tir à la première personne), il n'est pas question de s'amuser : "si vous n'avez pas de compétences médicales, vous ne pourrez pas sauver le patient", a souligné Jérôme Leleu, président d'Interaction Healthcare, lors d'une présentation de sa société au colloque.

"Plus de 1.000 médecins ont été formés en cardiologie grâce à SIMurgences",  affirme Jérôme Leleu, qui souhaite utiliser sa plate-forme vHealthcare / Breakaway (sur laquelle est basée SIMurgences) pour développer des cas axés paramédical, en fonction des demandes des établissements.

Le dispositif est pour l'instant utilisé en présentiel, avec "un vif succès" selon la société. Il devrait bientôt être disponible en ligne et multijoueur (médecin, infirmier, etc.). Les professionnels pourront s'y connecter après avoir payé une licence.

La plupart des éditeurs proposent aux établissements de développer des logiciels adaptés à leurs besoins. C'est le cas de EMCO3, société clermontoise spécialisée dans la modélisation multi-échelle d'organes et la création d'outils d’aide au diagnostic. Elle développe des serious games sur mesure, adaptés aux différentes spécialités. MDAdvisor, sa simulation d'une consultation médicale, permet par exemple d'appliquer toutes les étapes du diagnostic: recueil d’information, examen physique avec instruments, etc.

Les Ehpad et le grand public aussi ciblés

Le Groupe Genious, qui édite le blog serious-game.fr, est sorti de l'hôpital avec son projet Az@game, dont le but est de favoriser le maintien de l'autonomie chez les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou de pathologies associées.

Avec Ehpad'panic, il s'adresse au personnel d'établissements d'hébergement de personnes âgées dépendantes (aides-soignants, infirmiers, etc.) pour leur apprendre le bon comportement à adopter en cas de problème.

Les patients peuvent quant à eux s'amuser sur X-Torp, un jeu de bataille navale de diagnostic de l'évolution de la maladie. Ce dernier peut être utilisé simultanément par les malades et les aidants professionnels et familieux, afin que chacun y trouve du plaisir. "Il est important de proposer de vrais jeux aux patients, sinon la sauce ne prend pas", explique Pierre Foulon, directeur du groupe Genious.

L'entreprise développe également Voracy Fish, un jeu de rééducation des membres supérieurs post-AVC, élu meilleur projet industriel e-santé lors des Rencontres de la e-santé 2012.

Le grand public n'est pas oublié. Un an après Staying Alive, une simulation dédiée à la formation aux gestes qui sauvent, l'Université Paris Descartes et Dassault Systèmes ont lancé le 30 janvier Born to be Alive, un jeu qui plonge des futurs parents dans un monde virtuel, afin d'apprendre les bons réflexes pour le jour de l'accouchement.

Pour le professeur Alexandre Mignon, directeur du projet iLumens, laboratoire universitaire médical d’enseignement basé sur les technologies numériques et de simulation de l’université Paris Descartes, il ne fait aucun doute que le concept de serious game "va permettre la diffusion d’informations validées par les experts au plus grand nombre, et ainsi d’augmenter la connaissance et une meilleure compréhension de certaines prises en charge en médecine". Une vision optimiste bien loin des clichés parfois véhiculés sur les jeux vidéo. /mb

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