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Gestion de l'immobilier : "Nous nous préparons activement au BIM" (TGPH - Murielle Gaillot)

Murielle Gaillot, présidente de l'association TGPH (ex-ANDEHP) depuis 12 ans
Murielle Gaillot, présidente de l'association TGPH (ex-ANDEHP) depuis 12 ans

Murielle Gaillot, présidente de l'association des Techniciens en gestion du patrimoine hospitalier (TGPH), nous explique les évolutions du métier de dessinateur en bâtiment : entre gestion du patrimoine et adaptation à la maquette numérique (BIM*) dans le cadre encore incertain des groupements hospitaliers de territoire (GHT).

TecHopital: L'Association nationale des dessinateurs des établissements hospitaliers publics (Andehp) est devenue TGPH (Techniciens en gestion du patrimoine hospitalier), pourquoi ce changement de nom ?

Murielle Gaillot: L'association fêtera ses 40 ans l'année prochaine et s'est créée autour du métier de dessinateur en bâtiment hospitalier. Mais notre métier évolue beaucoup depuis quelques années et nous avons voulu refléter cela dans le nom. En effet, les dessinateurs aujourd'hui sont de plus en plus amenés à s'occuper de la gestion du patrimoine hospitalier. En premier lieu parce que nous sommes sollicités pour remplir Ophelie [outil d'inventaire et de suivi du patrimoine], qui devient de fait obligatoire via différentes injonctions de la DGOS [direction générale de l'organisation des soins] ou des ARS [agences régionales de santé] et parce que l'exploitation même des données des plans et d'Ophelie nécessite une réflexion sur la méthode, le périmètre d'extraction des données qui nous confère une plus grande autonomie. Nos tâches sont moins celles de simples exécutants et l'utilisation des nouveaux outils numériques nécessite de faire appel à des opérateurs plus qualifiés.

TecHopital: Votre coeur de métier va-t-il disparaître ?

Murielle Gaillot: Non, notre coeur de métier persiste bien sûr. Nous sommes et serons toujours sollicités pour extraire et fournir des surfaces chiffrées pour des appels d'offres et des documents financiers comme la surface vitrée de tel ou tel bâtiment en vue d'un contrat de nettoyage... Et nous continuons d'être au coeur des projets de rénovation, restructuration d'un bâtiment, amélioration de l'"habitat" hospitalier. Dans ce cas, nous sommes appelés à faire entrer dans les murs les envies et les besoins des soignants, en appliquant bien sûr les normes nécessaires. Nous déchiffrons le cahier des charges du projet en matière de surface, de contraintes architecturales et nous dessinons les plans du projet. Mais désormais nous intégrons ce travail à l'inventaire du patrimoine, aux décisions liées à sa gestion (qu'elle soit financière ou technique) via des logiciels de dessin architecturaux aux possibilités toujours plus vastes.

TecHopital: L'évolution de votre métier est-elle reconnue?

Murielle Gaillot: Sur le terrain, cette évolution est reconnue mais la reconnaissance statutaire ou dans les salaires ne suit pas. C'est vrai que nous sommes peu nombreux, environ 250 sur l'ensemble des hôpitaux publics, mais nous restons des oubliés des réformes de la fonction publique. Nous sommes toujours en catégorie C alors que les jeunes aujourd'hui possèdent au moins un bac et bien souvent un bac+2 et devraient être reconnus en catégorie B comme c'est le cas dans les autres fonctions publiques (d'Etat et territoriale) où les statuts ont été revus.

TecHopital: Outre le travail dû à Ophelie, la maquette numérique va fortement impacter votre profession à l'avenir, comment vous y préparez-vous ?

Murielle Gaillot: Pour ma part, cela fait depuis 2005 que j'entends parler de l'arrivée de la maquette numérique (BIM*). Mais il est clair qu'avec le texte en préparation visant à imposer le BIM dans les marchés publics [nouveaux bâtiments publics de plus de 2.000 m2] - même si manifestement il prend du retard par rapport à la date de début 2017 annoncée - le virage va maintenant se faire rapidement. D'autant que les grandes entreprises du bâtiment, dès lors qu'elles travaillent à l'international, ont déjà créé leur bibliothèque, tous les acteurs sont en train d'effectuer cette migration. L'association se penche sur la question. Nous avons commencé à entrer dans le vif du sujet la semaine dernière sur Hopitech 2016 avec tout d'abord une réflexion générale sur ce que le BIM pouvait impliquer comme changements organisationnels, relationnels, etc. puis le lendemain avec des exemples très pragmatiques sur la transposition dans une maquette BIM, l'étude de sa validité, etc.
Nous allons continuer ce travail de partage d'expérience autour du BIM à l'occasion d'une grande journée, cette fois ouverte à tous, des directeurs aux dessinateurs. Avec un retour d'expérience de l'utilisation du BIM pour l'aménagement du nouveau self du CHU de Bordeaux. Rendez-vous est donc pris le 20 janvier 2017 (voir agenda) en présence d'un éditeur, d'un bureau d'étude, d'une entreprise de chauffage-plomberie qui témoignera notamment de son étude thermique.

TecHopital: Le BIM va nécessiter des investissements de la part des établissements de santé, comment sentez-vous qu'ils sont appréhendés ?

Murielle Gaillot: Oui, pour passer réellement au BIM et ne pas bricoler avec nos logiciels 2D pour en faire de la 3D, il faudra investir dans les logiciels ad hoc et surtout dans la formation. C'est un investissement non négligeable en temps et en argent. Pour beaucoup cela va être difficile ! Les gros hôpitaux sont obligés d'investir rapidement, ils vont être directement concernés car ils ont régulièrement des opérations de plus de 2.000 m2, mais pour les petits établissements, je ne vois pas comment cela sera faisable. Sauf si les GHT à venir permettent de mutualiser les licences de logiciels par exemple et de faire profiter les petits établissements d'une expertise que certains personnels auront pu acquérir au sein de l'établissement référent. Le problème majeur en France, c'est que tout le monde est en train d'apprendre, et qu'il n'y a pas de cadre défini. Donc très peu d'experts pour former en masse les opérateurs: qu'ils soient architectes, maîtres d'ouvrage ou simple dessinateur !

TecHopital: d'un point de vue plus proche, où en est la vie de l'association ?

Murielle Gaillot: Comme nous sommes peu nombreux dans la profession, que les jeunes, plus diplômés ont tendance à rejoindre H360, que nous avons toujours du mal à trouver les moyens d'organiser des événements, des moments de partages, il est donc prévu un rapprochement avec H360 au cours de l'année 2017. Nous garderions notre identité et intégrerions H360 en tant que branche métier. Ce rapprochement permettrait plus d'initiatives et faciliterait des partenariats tels que ceux qui vont déjà s'opérer l'année prochaine avec par exemple la co-organisation d'une journée thématique sur la gestion du bâtiment en psychiatrie, prévue en début d'année 2017.

*L'utilisation de l'acronyme BIM recouvre ici autant l'objet maquette numérique 3D que la méthode de travail et d'organisation autour de cette maquette: Building information model/modelling/management.

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