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Hôpital : la culture de sécurité des soignants est faible (enquêtes Forap)

La culture de sécurité des soins par les soignants, nécessaire à toute stratégie d'amélioration, reste faible dans les établissements de santé, selon plusieurs études présentées lors des Journées internationales de la qualité hospitalière et en santé (JIQHS), qui se sont tenues les 5 et 6 décembre à Montrouge (Hauts-de-Seine).

(Par Morgan BOURVEN, aux Journées internationales de la qualité hospitalière et en santé)

Présente dans la certification V2014 de la Haute autorité de santé (HAS) et dans les priorités du programme national pour la sécurité des patients 2013-17, l'amélioration de la culture de sécurité des soignants est un préalable indispensable à l'amélioration de la sécurité des soins, a expliqué Jean-Luc Quenon, codirecteur du Comité de coordination de l'évaluation clinique et de la qualité en Aquitaine (Ccecqa), en introduction à un atelier consacré à ce thème, lundi 5 décembre.

Le Ccecqa est membre de la Fédération des organismes régionaux et territoriaux pour l'amélioration des pratiques et organisations en santé (Forap), qui a lancé fin 2015 une campagne inter-régionale sur la mesure de cette culture de la sécurité des soins.

Une "faible" participation des soignants

Au total 166 établissements de santé membres de sept structures régionales d'appui et d'expertise (SRAE) ont participé à la campagne, a détaillé Laurine Dutoit, chargée de mission à la Forap. Elle a regretté une participation faible des soignants. 11.418 (soit 25,8%) des 44.104 professionnels soignants des établissements concernés ont répondu au questionnaire, sur la plateforme eForap.

Ils devaient y renseigner le niveau de sécurité perçu dans leur service et le nombre d'évènements indésirables signalés dans les 12 derniers mois.

Dix dimensions étaient étudiées :

  • les attentes et actions des responsables concernant la sécurité des soins
  • la réponse non punitive à l'erreur, la perception globale de la sécurité
  • la liberté d'expression
  • l'organisation apprenante et l'amélioration continue, le travail d'équipe entre les services
  • le travail d'équipe dans le service
  • les ressources humaines
  • la fréquence de signalement des évènements indésirables
  • le soutien du management pour la sécurité des soins.

Les retombées attendues de l'enquête étaient de "susciter des échanges entre professionnels sur la culture de sécurité des soins" et d'"obtenir une mesure précise de la culture de sécurité", a expliqué Laurine Dutoit.

"Faible culture" mais "plutôt bonne perception" de la sécurité

Les résultats montrent que le taux de sécurité perçu dans le service est "bon", a-t-elle commenté. 45% des répondants ont répondu qu'il est "très bon" ou "excellent", 46% qu'il est "acceptable", et seulement 7% l'ont qualifié de "faible" ; 2% de "défaillant".

Pour autant, ces bons chiffres cachent une culture de la sécurité "peu développée". Sur les 10 items étudiés, aucun ne dépasse le seuil de 75% de réponses positives. Si 73% des répondants jugent positivement le travail d'équipe dans leur service, seuls 40% sont du même avis concernant le travail entre les services. Un tiers des sondés jugent positivement les items "ressources humaines" et "réponse non punitive à l'erreur". Ces derniers chiffres concordent d'ailleurs avec ceux que la HAS avaient présenté en mai 2015 (voir TecHopital du 10/06/15)

Globalement, 49% des sondés estiment que la perception globale de la sécurité est bonne dans leur service.
La réception du questionnaire par les établissements a montré que ceux-ci sont "en attente de comparaisons", a commenté Laurine Dutoit. Un appui pour l'utilisation des résultats et pour des actions d'amélioration va être mis en place par la Forap, a-t-elle précisé.

Mise en place d'un plan d'action au CHU de Bordeaux

Au CHU de Bordeaux, le questionnaire a été adressé à 12 unités du pôle d'imagerie médicale, concerné par la problématique de la sécurité des soins. Des évènements indésirables fréquents, "parfois graves, souvent évitables", y avaient été repérés, avec en sus un "défaut de transparence", a expliqué Soazig Bohuon, cadre de santé et responsable qualité du pôle.

Le bon taux de participation (76%) à l'enquête a été tiré vers le bas par le faible intérêt des équipes médicales (35% de participation) par rapport aux équipes paramédicales (85%), a-t-elle précisé. Cette différence s'est retrouvée lors de la restitution des résultats, où la présence médicale était faible, a-t-elle ajouté.

Avec une perception globale de la sécurité plafonnant à 53%, le CHU de Bordeaux est légèrement au-dessus de la moyenne nationale, mais aucun de ses items n'atteint le seuil de 70% de réponses positives. L'item "réponse positive à l'erreur" (30%) et "travail d'équipe entre les services de l'établissement" (28%) sont les plus faibles.

Un plan d'action, impliquant la direction du CHU, a donc été mis en place pour communiquer sur les résultats et faire connaître la "charte d'encouragement aux signalements" de l'hôpital.

L'engagement du pôle dans la démarche de sécurité a été renforcé, avec l'intégration d'objectifs mesurables dans le projet de pôle 2016-20 et la formalisation d'une politique de qualité et de sécurité des soins. "Il y avait une grande variabilité des résultats par service, il a donc fallu adapter nos actions aux niveaux de maturité de chacun", a expliqué Soazig Bohuon.

Une démarche de gestion des risques (GDR) a été intégrée à la démarche qualité. En outre, le personnel a été sensibilisé à cette thématique, par le biais de "serious games", de "flash qualité et sécurité des soins" à chaque bureau de pôle, ainsi que d'interventions auprès des internes et des nouvelles recrues. "Cela s'est fait en donnant du sens à la démarche", a témoigné Soazig Bohuon. L'objectif était que le personnel comprenne les implications de ce sujet, et ne réalise pas une check-list sécurité "simplement parce que la HAS [Haute autorité de santé] le demande".

Des initiatives en Belgique

Denis Herbaux, directeur de la Plateforme pour l'amélioration continue de la qualité des soins et de la sécurité des patients (PAQS ASBL), organisation belge regroupant la majorité des acteurs de santé en Wallonie et à Bruxelles (institutions, mutuelles, universités…), a présenté une série de mesures réalisées outre-Quiévrain entre 2008 et 2011. Une nouvelle campagne a été réalisée en 2015, mais ses résultats ne sont pas encore disponibles.

Globalement, les résultats sont "relativement bas", a-t-il observé. Sur cette période, il a noté une amélioration significative de la perception de l'item "attentes du management et actions visant à promouvoir la sécurité des patients". Dans le même temps, le sujet des transmissions et transferts baissait significativement.

Les actions menées par la PAQS ASBL pour améliorer la culture de sécurité incluent notamment le partage de fiches de signalement d'évènements indésirables entre établissements, "complexe à mettre en oeuvre", et la diffusion de modules d'e-learning destinés à sensibiliser et à former les professionnels.

Mêmes difficultés à l'étranger

A la clinique Pasteur de Tunis, où le questionnaire de la Forap a été adapté en mars 2016, les résultats sont tout aussi faibles qu'en France et en Belgique, a commenté le Dr Lotfi Benmosbah, président de la Société tunisienne de gestion des risques en établissements de santé (Sotugeres). L'item "organisation apprenante" atteint 72% de réponses positives et le "travail d'équipe dans le service" atteint 73%, mais la liberté d'expression (34%) et la réponse non punitive à l'erreur (24%) sont très faibles.

Quant à la "capacité à détecter les situations dangereuses", son score de 69% est "probablement surestimé", a expliqué le Dr Benmosbah, dans un "contexte national d'inconscience du danger".

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