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L'innovation architecturale au cœur de la reconstruction du CHS Novillars (Doubs)

Crédit: CHS Novillars
Crédit: CHS Novillars

PARIS, 30 novembre 2020 (TecHopital) - Associer la qualité et la sécurité des soins, anticiper les changements de paradigme sur l’isolement et la contention et intégrer des espaces d’apaisement sont au cœur du projet de reconstruction du CHS Novillars, ont expliqué les intervenants de la visioconférence "Architecture et psychiatrie" organisée mi-novembre par la conférence nationale des présidents de commission médicale d'établissement (CME) de centre hospitalier spécialisé (CHS).

Lors de cette visioconférence, les représentants de l’Union des architectes francophones pour la santé (UAFS) ont indiqué en première partie que les programmes en psychiatrie étaient très inégaux et qu'il existait un manque de concertation entre les concepteurs et les équipes soignantes. En psychiatrie, "le spatial est l'outil majeur des projets car il n'y a pas de plateau technique comme dans les hôpitaux" non spécialisés, a fait remarquer Michel Beauvais, architecte du cabinet MBA.

"Notre travail est d'écouter les médecins, les cadres de santé, etc. En effet, en psychiatrie les cadres de santé nous apportent une perception très fine des besoins quotidiens", a précisé l'architecte, qui n'exprime qu'un seul regret, celui qu'il n'y ait "pas assez de concertation".

"La programmation au-delà du fait d'être obligatoire, est essentielle", a souligné Bruno Laudat, architecte à l'agence AA Group. Très souvent, "on nous fournit des documents qui se référèrent plus à de l'architecture hospitalière qu'à de la psychiatrie". Or, "les architectes ont besoin de connaître la philosophie du projet médical" avant la conception. "L'autre difficulté, c'est d'être novateur. Il faut être visionnaire car le bâtiment entre généralement en fonctionnement quatre à cinq ans après sa conception. Et enfin, il faut "faire attention à ne pas reproduire des fonctionnements obsolètes", a-t-il détaillé.

Le choix de la maîtrise d'œuvre se fait généralement entre une conception en loi maîtrise d'ouvrage publique (MOP) ou en conception-réalisation. "La différence entre ces deux options, c'est l'anonymat qui, en loi MOP, empêche l'architecte de venir présenter son projet".

"Il faut que l'équipe de conception comprenne précisément le projet de soins", a confirmé Jérôme Terlaud, architecte au cabinet Séquences. "On part d'une esquisse qui va évoluer au fur et à mesure du projet. L'avant-projet sommaire (APS) et l'avant-projet définitif (APD) sont des phases très importantes pour le dialogue entre les concepteurs et les soignants".

Au sein des bâtiments psychiatriques, il existe un fragile équilibre entre "la pérennité des bâtiments" car ce sont "des bâtiments qui souffrent beaucoup", la sécurité des personnes avec "des bâtiments qui doivent être contenants" et enfin "la qualité des espaces", a souligné Jérôme Terlaud.

"La maturité du projet médical, du projet soignant est essentiel. Une des difficultés est d'inscrire les besoins en termes de superficie et de locaux. Etant donné qu'un bâtiment de psychiatrie va durer, va vivre dans le temps, il faut beaucoup de dialogue et de concertation lors de la conception. Ces phases sont essentielles", a complété le président de la conférence des présidents de CME de CHS, le Dr Christian Müller.

Le projet du CHS de Novillars

Le centre hospitalier spécialisé (CHS) de Novillars qui est le seul établissement mono-disciplinaire du Doubs, dispose de 390 lits et places et emploie un peu moins de 700 ETP.

Il est soumis à peu de contraintes foncières sur le site et le patrimoine architectural de l'établissement date de 3 époques: des pavillons de 1968 ne répondant pas aux standards actuels en termes d'hôtellerie (salles de bain communes); un bâtiment à étage d'admission regroupant quatre unités datant de 2008 comprenant des chambres d'isolement, et un bâtiment de plain-pied datant de 2018. "Nous assurons la prise en charge des soins sans consentement pour un bassin d'environ 320.000 personnes", a expliqué Edgard Tissot, président de CME du CHS Novillars.

"Nous sommes en pleine réflexion sur l'organisation des soins et architecturale sur nos lits d'hospitalisation complète", a-t-il indiqué. Plusieurs principes forts structurent d'ores et déjà ce projet.

Premier point, "nous souhaitons d'abord conserver notre capacitaire d'hospitalisation complète", a souligné Edgard Tissot.

"Nous ne souhaitons pas nous orienter vers des unités fermées consacrées aux hospitalisations sans consentement. C'est un principe de base extrêmement fort au sein de notre institution", a-t-il complété.

Enfin, sachant qu'il existe une pression extrêmement importante sur les admissions, "nous souhaitons créer des lits d'hospitalisation complète en addictologie".

Au final, "nous voulons voir une diminution du nombre d’unités et une augmentation de la taille des unités".

En ce qui concerne la contention, "dans quelques années, nous ne ferons plus d'isolement comme nous le faisons actuellement", a-t-il estimé. La question de la liberté d'aller et venir est au cœur des réflexions du projet.

Il existe une vraie question autour de l'isolement et de la contention, a-t-il noté.
D'ailleurs, "nous sommes en train de changer de paradigme sur ce point dans nos prises en charge. Le concept de chambre d'isolement est battu en brèche et on voit émerger des travaux intéressants sur l'idée que c'est l'équipe qui s'isole avec le malade au lieu d'isoler le malade. Or, actuellement, nous n'avons pas d'espaces d'apaisement".

"Nous sommes convaincus du lien direct qui existe entre l'organisation des soins et l'architecture des bâtiments. Nous avons besoin de nous nourrir de l'innovation architecturale en cours permettant d'associer qualité et sécurité des soins et liberté d'aller et venir", a ajouté Edgard Tissot.

Le projet consiste donc à construire un bâtiment neuf de plain-pied avec une augmentation légère du nombre de places d'hôpital de jour, regroupant trois unités dont deux d'hospitalisation. Il consiste à détruire en parallèle les anciens bâtiments. La chambre individuelle en sera le standard.

L'innovation architecturale permettra d'associer la qualité et la sécurité des soins, la liberté d’aller et venir, d'anticiper les changements de paradigme en matière d'isolement et de contention, et d'intégrer des espaces d’apaisement.

"Le CHS a une capacité de trésorerie très contrainte", a fait remarquer Florent Foucard, directeur de l'établissement. "Le coût du projet est de 37,41 millions d'euros et l'agence régionale de santé (ARS) le finance à hauteur de 18 millions d'euros. Cette contrainte financière a bien sûr rattrapé le projet de soin."

"Nous allons d'ici quelques semaines, lancer notre programmation", a-t-il expliqué.

gdl/

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