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La communauté médicale du CH de Brive rompt avec le GHT du Limousin

Les urgences du CHU de Limoges - copyritht: CHU Limoges
Les urgences du CHU de Limoges - copyritht: CHU Limoges

(Par Jean-Yves PAILLÉ)

BRIVE (Corrèze), 26 mars 2021 (TecHopital) - La commission médicale d'établissement (CME) du centre hospitalier (CH) de Brive a décidé de ne plus participer aux projets du groupement hospitalier de territoire (GHT) du Limousin, accusant le CHU de Limoges, l'établissement support, de mettre à mal l'autonomie de l'hôpital briviste et de le concurrencer.

Selon un communiqué transmis début mars à APMnews/TecHopital par la communauté médicale de Brive, 150 personnels médicaux du CH de Brive au cours d’une CME extraordinaire le 15 octobre 2020 avaient voté une motion de rejet sur l'appartenance de l'établissement au GHT du Limousin.

Ils ont annoncé qu'ils "cessaient séance tenante toute participation collaborative aux travaux relatifs" au groupement.

La CME de Brive explique souhaiter proposer aux communautés médicales des CH de Tulle et d'Ussel de "former un projet médical partagé", estimant qu'elles sont "en capacité de s'entendre" pour cet objectif.

Les praticiens du CH de Brive dénoncent notamment une "vision centralisatrice du CHU" et une "absence de capacité à coopérer", ou encore un "délitement progressif des filières de soins [du groupement] au profit" de l'établissement limougeaud et une "incapacité à structurer de nouvelles filières de soins".

Selon la communauté médicale de l'établissement briviste, le maintien du CH au sein du GHT Limousin entraînerait une "perte d'autonomie" qui ne lui permettrait "plus de pouvoir décider de sa destinée". Et d'ajouter: "Dans le GHT Limousin, le CH de Brive est considéré comme un adversaire plutôt que comme un partenaire, il n’y a pas de coopération possible dans ces conditions".

La communauté médicale briviste explique avoir sollicité l'agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine en février et assure que celle-ci a proposé "un moratoire sur 6 mois" sur le bien-fondé d'un GHT Limousin, tout en jugeant que l'ARS a en parallèle poursuivi "une prise de décisions confortant le positionnement du CHU".
Sollicitée par APMnews/TecHopital, l'ARS n'a pas donné suite.

Questionnés par APMnews/TecHopital mi-mars, le Dr Jean-François Decay, responsable du service d'information médicale du CH de Brive, et André Sommabère, président de la CME de l'établissement briviste (environ 700 lits et places), ont avancé plusieurs écueils, notamment en matière de système d'information et d'achats.

Le Dr Decay a déploré "une tentative de migration de toutes les bases oncologiques" sur le CHU de Limoges (environ 2.100 lits et places) au 3e trimestre 2020, estimant que la communauté médicale briviste "n'avait pas compris" qu'une telle action était prévue.
Il a accusé l'établissement limougeaud d'avoir "la volonté de nous faire perdre l'autonomie en locale, en chimiothérapie et radiothérapie", avec l'ensemble des protocoles "pensés par le CHU", soulignant que le CH de Brive dispose d'un important centre de radiothérapie.

Egalement, le Dr Decay a fait valoir que le CHU "voulait faire migrer le système d'information du Samu de Corrèze sur le GHT du Limousin et structurer un Samu régional", ce qui, selon lui, aurait impliqué "une perte d'autonomie sur le territoire".
"On était parti sur un GHT collaboratif, avec une plateforme d'échange et partage des données patients, puis on a avancé vers de l'intégratif, notamment sur le SI [système d'information]", a-t-il avancé. Et de poursuivre: "Là on est en train de s'orienter vers un dossier patient commun piloté par CHU de Limoges."

Le président de la CME a fait valoir qu'"à partir du DIM [département d'information médicale]" du CH de Brive, "on peut faire du codage automatisé", jugeant que son établissement est "plus avancé" sur ce point que le CHU.

Le Dr Decay a fait part de difficultés en termes d'achat: "Quand on demande du matériel biomédical, on nous dit qu'il faut converger vers ce que choisit le CHU de Limoges", a-t-il avancé, estimant qu'il "faut se battre bec et ongles" pour atteindre ses objectifs achats dans plusieurs disciplines.

Selon lui, le CH de Brive n'a pas pu acquérir rapidement un logiciel de détourage en radiothérapie car, selon lui, le CHU souhaitait également acquérir un logiciel de ce type et attendre pour coordonner les achats.

Il a cité également des difficultés pour l'acquisition de respirateurs via le GHT, afin de de passer de 15 à 27 lits au CH de Brive en vue d'un afflux plus important de patients Covid, et noté que "rien n'avançait lors des réunions" ad hoc.

Enfin, le président de la CME a estimé que le GHT "n'a pas permis" de mettre en place de nouvelles filières de soins, faisant valoir que les filières de soins du GHT "qui marchent actuellement" sont celles étant "départementalisées".

Si la communauté médicale briviste "ne participe plus à aucune réunion du GHT", il y a néanmoins "une coopération a minima avec le CHU Limoges", a-t-il nuancé.

Par ailleurs, la communauté médicale briviste souhaite signer une convention de collaboration avec le CHU de Limoges si le CH venait à quitter le GHT du Limousin.

Sollicitée par APMnews/TecHopital, la direction du CH de Brive a indiqué le 18 mars ne pas avoir de commentaires à faire, faisant valoir que cette affaire concerne les communautés médicales des deux établissements. Elle a toutefois indiqué "suivre cela de près".

"Essayons de nous mettre ensemble, arrêtons de parler d'autonomisation", plaide le président de la CME du CHU

Interrogé par APMnews/TecHopital, le CHU de Limoges a proposé que le Pr Jean-Yves Salles, président de la CME de l'établissement limougeaud, réponde à nos sollicitations.
Le Pr Salles, président de la CME du CHU mais aussi de la commission médicale de groupement (CMG) du GHT, a jugé le 19 mars que la mésentente avec le CH "porte surtout sur des problèmes de fonctions support".

Il a fait valoir auprès d'APMnews/TecHopital que "dans le cadre de la sécurité des soins", inhérente à un GHT, "la volonté est d’avoir un protocole proche et une base de données", précisant toutefois que cela n'empêche pas que "chacun [des établissements] garde sa base".

Concernant le dossier patient informatisé, il serait situé "sans doute à Limoges" à l'aboutissement du schéma directeur du système d'information, a confirmé le Pr Salles, jugeant que cela ne "serait pas gênant" et n'"empêcherait pas [le CH de Brive] de travailler".

Plus largement, en matière de SI, il a fait valoir qu'il est important d'avoir "une masse critique, y compris financière".

"C'est sûr que la convergence demandée par l'ARS a pu leur poser des problèmes de l'interopérabilité, ce sont des choses à discuter" avec celle-ci, a-t-il toutefois nuancé.
Il s'est félicité du stade avancé du DIM du CH de Brive et a indiqué qu'une aide pour le DIM de Limoges serait une bonne chose.

Concernant les achats, il a rappelé que le CH de Brive dispose d'une délégation de signature, et a chiffré à 92% les volumes d'achat que le CH de Brive peut faire avec celle-ci, s'appuyant sur un audit commandé par le CHU. Il a évoqué au sujet de la radiothérapie un marché commun au sein du GHT qui permet "d'éviter augmenter les prix".

Le Pr Salles a par ailleurs souligné ne pas avoir eu vent des problèmes d'achat de respirateurs lors des réunions avec la communauté médicale de Brive.

Le président de la CME du CHU de Limoges a par ailleurs insisté sur la cohérence que représente le GHT du Limousin et les problématiques communes, citant les difficultés en matière de de démographie médicale et d'attractivité médicale dans l'ex-Limousin, ainsi qu'une population âgée très présente sur l'ensemble du territoire.

"Essayons de nous mettre ensemble, arrêtons de parler d’autonomisation, je trouve que ce débat est dépassé", a-t-il insisté, avançant qu'il ne s'attendait pas à une telle tournure des événements.

"S'ils [la communauté médicale du CH de Brive] reviennent demain, ce sera avec beaucoup de plaisir. Il faut qu'on discute des éléments de fonctionnement", a soutenu le Pr Salles.

Et de poursuivre: "Mon leitmotiv est d'assurer la qualité et la sécurité des soins, que la commission médicale de groupement ait un sens médical."

Il a par ailleurs indiqué que plusieurs temps médicaux partagés existent entre Limoges et Brive, dont quatre assistants partagés en orthopédie, hématologie, anesthésie et urgences.
Egalement, 11 temps partagés de praticiens sont mis à disposition de Brive depuis le CHU et 6 praticiens de Limoges depuis Brive. Par ailleurs Limoges envoie 28 internes de spécialité, 12 internes de médecine générale et un interne de pharmacie à Brive.

jyp/gdl/ab

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