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La décontamination du CHU de Guadeloupe, une opération inédite en France

PARIS, 17 décembre 2018 (TecHopital) - Un an après l'incendie qui a ravagé le CHU de Pointe-à-Pitre, les travaux de nettoyage, qui sont d'une nature et d'une ampleur inédite pour un CHU, continuent et devraient se poursuivre jusqu'en septembre 2019, a expliqué le directeur des services techniques de l'établissement.

Rares sont les CHU à avoir dû être entièrement évacués. Lorsque, le 28 novembre 2017, le feu s'est déclaré au niveau de l'étage technique du CHU de Guadeloupe, là où se situent les centrales d'air, le magasin et les bureaux techniques, "une fumée épaisse s'est infiltrée partout dans les locaux. Les blocs opératoires ont été couverts de suie", a expliqué Fabien Lopez, directeur adjoint du CHU en charge de la direction des services techniques, du biomédical et de la sécurité, interrogé le 13 décembre par TecHopital.

Fabien Lopez
Ce qui a provoqué l'évacuation du CHU de Guadeloupe, ce n'est donc pas le feu mais les fumées générées par cet incendie. Il aura fallu 6 à 8 heures aux pompiers pour le maîtriser. "De la suie s'est infiltrée par les portes, par les gaines de ventilation, par les joints de dilatation. Elle a atteint les étages et a entraîné l'évacuation complète de l'établissement", a complété l'ingénieur.

"L'incendie a démarré dans une zone proche du magasin, sur une zone de stockage de dispositifs à usage unique qui se sont consumés très rapidement. Les pompiers avaient de grosses craintes par rapport au matériel stocké et au passage de fluides médicaux. Ils ont eu beaucoup de mal à pénétrer dans le local. Il a fallu trois tentatives pour qu'ils y arrivent."

Fabien Lopez

Depuis, un expert a été mandaté par le tribunal administratif (TA). "Ses conclusions ne mettent pas en cause les installations techniques", affirme le directeur technique. "Une deuxième expertise, judiciaire celle-ci, est toujours en cours. Des investigations ont été diligentées par le tribunal de grande instance (TGI)."

Quant aux opérations de nettoyage, conformément au plan de délocalisation partielle présenté en juin 2018 par l'agence régionale de santé (ARS) Guadeloupe, elles sont toujours en cours sur le site du CHU. "Les travaux de décontamination ont été coordonnés avec l'appui de sociétés spécialisées", a indiqué l'ingénieur du CHU.

"Nous étions en situation d'urgence impérieuse. En effet, la suie corrode tout, surtout les parties métalliques des équipements. Nous avons eu recours à la procédure d’urgence impérieuse pour faire appel aux sociétés de décontamination. Et il est vrai qu'au départ, il nous manquait une méthodologie", a regretté le directeur technique. "Nous aurions pu gagner du temps", mais du temps, justement, l'équipe technique du CHU n'en avait pas. "Il fallait gérer l'urgence de l'évacuation."

Une décontamination par étape

Des expertises toxicologiques sur la qualité de l'air, des expertises environnementales dans le bâtiment, sur la structure béton ou encore la sécurité, ont été menées en mars et avril dernier. "Toutes ces expertises ont montré qu'une décontamination soigneuse et une réhabilitation d'une grande partie du CHU était possible", note l'ARS dans un communiqué publié le 28 novembre.

De nombreux prélèvements d'air ont été réalisés, en recherchant les contaminants directement liés aux fumées. "Nous avons par exemple mesuré la présence d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), de composés organiques volatils (COV) mais aussi de poussières d'amiante pour vérifier qu'il n'y avait pas d'amiante dans les suies", a rapporté Fabien Lopez.

Fabien Lopez
La zone sinistrée a été isolée et les réseaux aérauliques ont été coupés. Une procédure de restriction d'accès a été mise en place. "Nous sommes obligés de nettoyer le cœur de la contamination avant de nous attaquer au reste, sinon on devra repasser une deuxième fois", or cette zone a été sous scellés judiciaires pendant un an. "Les scellés judiciaires ont été levés il y a quelques semaines seulement."

Le désamiantage de la zone est nécessaire. Un protocole d'intervention a été rédigé et sera transmis au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) pour validation. L'inspection du travail doit se prononcer courant janvier 2019 pour un début d'opération prévu en février 2019.

Dans la zone sinistrée, c'est-à-dire l'étage technique, deux options de décontamination étaient possibles: le nettoyage à grandes eaux "mais le service de réanimation étant situé juste en dessous et la dalle n'étant pas étanche", cette solution n'était pas envisageable. Deuxième solution, celle du nettoyage à sec du sol en pulvérisant un latex sur 2 à 3 mm d'épaisseur, puis en le laissant sécher pendant 4 jours avant d'arracher le latex avec la suie. Si cette option a été choisie, l'opération n'a pas encore été réalisée.

"Si c'était à refaire", a concédé l'ingénieur, "il aurait fallu nettoyer le sol à grandes eaux pendant que le bâtiment était encore vide".

Quant aux blocs opératoires, situés juste au-dessus du départ de feu, "ils ont été les plus fortement impactés par la suie". Deux salles de bloc ont été entièrement réhabilitées et sont dorénavant opérationnelles. La décontamination a porté à la fois sur les surfaces, les revêtements de sol, les peintures mais aussi tous les équipements biomédicaux, et enfin les gaines de ventilation et les centrales d'air. Le nettoyage des centrales d'air et des gaines a duré 6 mois.

Pour le nettoyage des blocs opératoires, la décontamination s'est révélée plus compliquée que prévue. "Une fois tout décontaminé, les techniciens ont démonté les faux plafonds, les luminaires et se sont aperçus qu'il restait encore de la suie. Il a fallu casser les faux plafonds et encapsuler les zones inaccessibles. La découverte de la contamination s'est faite au fur et à mesure", a fait remarquer Fabien Lopez.

Les travaux pour les autres salles de blocs sont en cours. Leur livraison est prévue pour septembre 2019.

Fabien Lopez
Au total, 400 équipements biomédicaux ont été décontaminés. Or, une fois décontaminés, ces équipements doivent être vérifiés et leur utilisation validée. "Le nettoyage nous a été proposé avec pour argument que cette opération était plus économique pour l'hôpital", or il s'avère qu'il prend beaucoup plus de temps que prévu et que certains équipements sont tout simplement "trop sensibles pour pouvoir être décontaminés", à l'instar d'un respirateur ayant aspiré de la suie. Pour bien faire, "il aurait fallu lister les appareils, les réformer tous et les racheter". Finalement, "nous avons quand même dû racheter pour 8 millions [d'euros] d'équipements pour le bloc", a précisé Fabien Lopez.

Concernant la tour Sud, le nettoyage et la décontamination des ascenseurs et des monte-malades se dérouleront sur une période de 8 semaines à partir de la fin de la réhabilitation de l'étage technique, soit une livraison au mois d'avril 2019. Il est également prévu de nettoyer et décontaminer toutes les gaines de la tour Sud et de réhabiliter les étages. La durée de ces travaux est de 8 mois à partir d'avril 2019.

Quels enseignements tirés?

"Finalement, deux ans seront nécessaires pour retrouver une situation normale", a indiqué Fabien Lopez.

"Dans les situations de crise comme nous l’avons vécu, des décisions importantes peuvent être prises sans mesurer l’impact global sur l’hôpital. C’est le cas de l’arrêt de l’ensemble des centrales d’air de la tour Sud."

"Cet arrêt a eu et a toujours un impact important sur fonctionnement de l'hôpital. Il a ainsi fallu mettre en place des climatiseurs mobiles, ce qui a pris 2 mois et coûte en location 1,5 million d'euros par an. Ce sont des contraintes énormes à gérer en urgence."

"Le coût global de cet incendie approche les 100 millions €", ce qui englobe à la fois les travaux mais aussi les locations comme les deux blocs mobiles mis en service en juin 2018, et le nettoyage ou le remplacement des équipements. La location des deux blocs mobiles va être prolongée jusqu'en septembre 2019. En ce qui concerne les travaux de décontamination, "le coût s'approche des 20 millions € dont 2 millions pour les blocs opératoires". Des travaux qui devraient durer 9 mois.

"Le principal problème actuellement demeure le nettoyage de la zone sinistrée et de l'étage technique qui étaient au cœur du feu. Tant que nous n'aurons pas finalisé cette partie, nous ne pourrons pas nettoyer les gaines", la seconde étape des travaux.

"Les gaines de soufflage sont amiantées. Ces opérations de décontamination seront réalisées en milieu non occupé. La présence d'amiante complique la situation, et retarde considérablement les opérations. Or, ce n'est qu'une fois que ces gaines seront nettoyées que nous pourrons redémarrer les centrales d'air. "

Le projet de nettoyage consiste à faire des opérations tiroir. Aujourd'hui, "la difficulté est de faire de la place dans les étages pour déplacer les services". Cela reste compliqué. Cela représente "beaucoup de contraintes organisationnelles pour les équipes. Maintenant, il va falloir faire preuve de pédagogie avec elles", a conclu le directeur.

gdl/gb

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