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Le coût tapageur du bruit sur le système de santé

Crédit: Fotolia/BillionPhotos.com
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Le coût sanitaire et social du bruit est estimé à 57 milliards d'euros annuels par une étude du cabinet d'audit financier E&Y (anciennement Ernst & Young), pour le compte du Conseil national du bruit et de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).

Cette étude, publiée mardi 14 juin, "repose sur une analyse critique des travaux disponibles à l'échelle française et européenne", notamment des études scientifiques, technico-économiques, des enquêtes, des sondages et des articles de presse.

Ses auteurs notent en introduction que "l'évaluation du coût social du bruit en France reste imprécise et parcellaire" à ce jour.

Ils rapportent que "la grande majorité des Français est exposée au bruit des transports". Plus ou moins 52 millions de personnes seraient ainsi affectés par le trafic routier, dont 7 millions à de "forts niveaux sonores". Environ 7 millions de personnes seraient aussi concernées par des gênes sonores en période nocturne.

Le coût de cette problématique du bruit des transports, de par ses conséquences sur la santé des Français, s'élèverait à au moins 11,5 milliards d'euros. Il serait à 89% attribuable au seul trafic routier.

Des études de référence publiées par l'Organisation mondiale de santé (OMS), reposant sur "l'utilisation de fonctions effet-dose", permettent en effet de "déterminer le nombre de cas attribuables [pour chaque impact sanitaire] à l'exposition au bruit" dans une population, expliquent les auteurs.

"Il est ainsi possible d'estimer la dégradation de l'état de santé des populations au moyen de l'indicateur quantitatif des 'années de vie en bonne santé perdues'", précisent-ils.

Au premier rang des conséquences sur la santé se trouvent les troubles du sommeil (54% du coût total sur la santé). Suivis par "la gêne" (40%) et les maladies cardiovasculaires (6%).

Les auteurs de l'étude notent au passage que les coûts sanitaires rapportés ne tiennent pas compte des coûts d'hospitalisation et de médication (à l'exception des maladies cardio-vasculaires). "Il y a donc lieu de considérer [qu'ils] sont sous-estimés".

Ils ne tiennent pas non plus compte des effets des troubles du sommeil sur la productivité des Français. E&Y chiffre à 1,7 milliard d'euros la perte de productivité qu'ils induisent au travail et à 300.000 millions s'agissant des troubles de l'apprentissage à l'école. Ces deux estimations se basent sur "des travaux menés à l'étranger", indique le cabinet.

Pour ce qui est des effets du bruit sur le lieu de travail en lui-même (baisse de performance dans les tâches cognitives, dégradation de la satisfaction au travail, perte de concentration), l'étude propose "une estimation grossière" à 18 milliards d'euros. Celle-ci correspond à l'équivalent de cinq journées de travail perdues chaque année pour chaque salarié "gêné significativement par le bruit".

"Aucune étude n'est parvenue à quantifier l'impact économique final" du bruit au travail, note E&Y.

Se basant sur "une hypothèse issue d'une étude du ministère des affaires sociales datant de 1983, selon laquelle 10% des accidents du travail [masquage des signaux d'alerte, détournement d'attention] seraient provoqués par des nuisances sonores", il ajoute 1,2 milliard d'euros au coût global du bruit. "Cette hypothèse gagnerait grandement à être mise à jour", relève le cabinet d'audit financier.

En intégrant 11,5 milliards d'euros annuels pour "le bruit du voisinage" et autres "incivilités", la facture s'élèverait donc au total à 57 milliards, "dont 12 milliards estimés à partir de paramètres disponibles dans les recherches existantes", le complément étant une estimation "à titre indicatif" de cette étude.

L'hôpital n'est pas épargné

L'analyse bibliographique d'E&Y fait par ailleurs référence à un travail de l'agence régionale de santé (ARS) Centre-Val-de-Loire sur l'impact du bruit en milieu hospitalier spécifiquement.

Daté de 2015, ce "recensement des études sur l'influence du bruit sur la santé des patients en milieu hospitalier" est présenté par son auteur, Gilles Souet, comme une "contribution au plan d'économie sur les dépenses d'assurance maladie".

Sans chiffrer toutefois les coûts associés, il pointe au moins quatre phénomènes:

  • Une hypersensibilité des patients au bruit par rapport à une personne saine
  • Une diminution de la capacité à lutter contre le stress et des perturbations du sommeil en cas d'exposition prononcée
  • Une augmentation des délais de récupération, des délais de cicatrisation, de la prise de médicaments, et donc des temps de séjour en milieu hospitalier
  • Des infections post opératoires, à l'origine là encore d'un prolongement du séjour hospitalier.

Gilles Souet évoque particulièrement le cas des femmes enceintes. "Il a été observé des troubles de la santé chez des nouveau-nés lorsque la mère est en zone bruyante durant la grossesse", rapporte-t-il, évoquant des déficiences auditives, une plus grande proportion de prématurés (plutôt associée au stress induit par le bruit que par le bruit lui-même) et de naissances d'enfants de faible poids (<2.5 kilogrammes).

Par ailleurs, "il est important de noter qu'une personne malade a une sensibilité au bruit plus importante qu'une personne saine", écrit l'auteur. "Cela s'explique par la consommation de substances" ayant des effets néfastes sur l'audition, parmi lesquelles certains médicaments.

L'ARS estime par ailleurs que les effets du bruit "tendent vraisemblablement à rallonger les délais de récupération des malades. Il a également été prouvé que des patients ayant subi une intervention chirurgicale ont besoin, en milieu bruyant, de plus de médicaments pour un effet similaire sur l'organisme".

Outre l'aggravation des "symptômes psychiatriques chez les internés en établissements psychiatriques", Gilles Souet évoque des études amenant à identifier un effet indirect, là encore par accroissement du stress, sur le délai de guérison et la résistance aux infections.

"Sur des patients ayant subi une chirurgie simple de la cataracte, le délai d'hospitalisation est plus long", rapporte-t-il, renvoyant à une étude de 1976. "Le stress induit par le bruit entraîne également une plus grande douleur" et une augmentation des médications.

Faisant enfin référence à une étude suisse parue dans le British Journal of Surgery en 2011, Gilles Souet épingle l'impact du bruit sur la qualité des interventions chirurgicales; et par extension sur les infections post-opératoires. Cette étude a mis en évidence que "les niveaux sonores médians au cours de l'opération étaient plus élevés pour les patients" ayant développé des infections du site opératoire (ISO).

"Nous ne pouvons que conclure que le bruit est associé à un environnement stressant ou à un manque de concentration, ce qui influence les résultats de l'opération", analysent les auteurs de l'étude suisse, cités par l'ARS.

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