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Le gouvernement assume la commande des 8.500 respirateurs de type Osiris

Crédit: Shutterstock
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PARIS, 27 avril 2020 (TecHopital) - Après la publication d'une enquête de Radio France sur l'utilité des 10.000 respirateurs achetés par l'Etat à Air Liquide Medical Systems, le gouvernement a justifié par un choix "de prudence et de responsabilité" la commande de ces 10.000 respirateurs dont 8.500 du modèle Osiris, plus simples mais destinés à une utilisation "en dernier recours".

Plusieurs milliers de respirateurs artificiels en cours de production par Air Liquide et ses partenaires ont été commandés par l'Etat afin d'équiper les lits de réanimation supplémentaires ouverts pour faire face à la crise du Covid-19. Selon une enquête menée par la cellule investigation de Radio France, publiée le 23 avril, ils ne seraient pas adaptés à une utilisation chez les patients Covid-19.

Que dit l'enquête de Radio France ?

Pour faire face à la crise sanitaire liée au Covid-19, il a été décidé de passer de 5.000 lits de réanimation, disponibles avant la crise, à 14.000. Ces lits, réaffectés la plupart du temps, doivent être équipés de respirateurs artificiels.

Air Liquide Medical Systems, seul fabricant de respirateurs artificiels en France, lance alors la fabrication de 1.024 appareils du modèle T60, plutôt conçu pour le transport des malades mais pouvant s'adapter aux besoins d'un service de réanimation, selon l'enquête.

L'entreprise ayant fait part à l'Etat de son intention d'augmenter sa production, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, Agnès Pannier-Runacher, lui aurait alors passé commande pour 10.000 unités, soit 5.000 T60 et 5.000 respirateurs d'un modèle plus ancien et basique, Osiris 3.

La firme s'allie alors à PSA, Valeo et Schneider Electric pour honorer la demande. Mais devant la complexité d'assemblage du T60, elle propose de produire davantage d'Osiris 3 qui ne nécessitent que 300 composants. Le projet final sur les rails porte ainsi sur 8.500 Osiris 3 et 1.600 modèles T60, à fabriquer dans un délai de 50 jours, rapportent les auteurs de l'enquête. La production démarre le 6 avril. Les appareils seront vendus à prix coûtant, soit 30 millions d'euros pour l'Etat.

Or, Philippe Meyer, réanimateur à l'hôpital Necker (Paris, AP-HP) explique dans l'enquête que "ce n’est clairement pas un respirateur adapté à la prise en charge d’une détresse respiratoire aiguë compliquée. Personnellement je n’utiliserai pas un Osiris en réanimation. C’est très clair". Pour Yves Rebufat, anesthésiste-réanimateur au CHU de Nantes, "si vous vous en servez pour un syndrome respiratoire aigu, vous avez un risque de tuer le patient au bout de trois jours. Parce que ce n’est pas fait pour ça. Les malades du Covid-19 ne sont pas faciles à ventiler. Il faut des respirateurs performants avec des systèmes de contrôle des pressions et des volumes."

Contacté par les journalistes de Radio France, Air Liquide a déclaré s'étonner de ces critiques, précisant que le National Health Service (NHS) britannique a validé ce modèle, qui peut être adapté en réanimation "moyennant des procédures que nous donnons aux soignants". La firme explique que le choix final d'Osiris s'est fait "sur recommandation des experts du ministère de la santé et de la Société de réanimation de langue française (SRLF)". Ce que dément cette dernière dans l'enquête.

Le président de la SRLF, Eric Maury, a approuvé fin mars une note préconisant de prendre des précautions importantes en cas d’utilisation d’un Osiris pour des patients atteints du Covid-19, indiquent les auteurs. Mais la société savante "n’a pas été sollicitée pour rendre un avis sur quel respirateur privilégier pour une production d’urgence", a affirmé Martin Lavillonnière, directeur administratif de la SRLF, aux auteurs de l'enquête.

De même, pour Valérie Moreno, présidente de l’Association française des ingénieurs biomédicaux (Afib), "ce n’est pas avec les Osiris qu’on va ventiler des patients Covid", rapportent les auteurs. S'il est possible de ventiler un patient en situation intermédiaire, "dans cette pathologie les situations se dégradent souvent tellement vite qu’il vaut mieux avoir un respirateur qui convienne dès le départ", ajoute un autre expert en matériel médical.

Réaction immédiate du gouvernement

Suite à la publication de l'enquête, le gouvernement a immédiatement réagi en publiant le 23 avril une mise au point, qui précise que sur les 10.000 respirateurs commandés à la société Air Liquide, "1.500 sont du modèle Monal T60 qui est aujourd’hui largement utilisé dans les hôpitaux français et internationaux pour traiter des patients atteints du Covid-19".

Les 8.500 autres sont du modèle Osiris. "Il s’agit de respirateurs d’urgence et de transport, bénéficiant de toutes les certifications utiles par les agences sanitaires, dont le marquage CE. Leur usage en service de réanimation, en cas d’indisponibilité de respirateurs plus lourds et en dernier recours, avait été validé par les deux sociétés savantes françaises de réanimation, la Société française d’anesthésie et de réanimation [Sfar] et la Société de réanimation de langue française [SRLF]", souligne le gouvernement.

Elle a été passée "à un moment où le nombre de patients admis en réanimation continuait de croître très rapidement, et où il apparaissait absolument nécessaire de sécuriser la capacité à armer un nombre de lits de réanimation beaucoup plus important".

"Il s’agissait de la meilleure solution disponible pour garantir la capacité à armer des lits, dans un contexte où tous les pays du monde tentaient d’accroître leurs stocks de respirateurs", et cela a permis d'éviter de recourir à des solutions de fortune telles que le partage de ventilateur entre patients (partage auquel la Sfar s'est opposée, note-t-on). "C’est donc un choix de prudence et de responsabilité."

Le gouvernement précise que d'ici fin juin, 15.000 respirateurs de réanimation seront disponibles ainsi que 15.000 autres respirateurs d'urgence et de transport, "soit une quantité supérieure aux besoins exprimés et anticipés". "Cela permet de sécuriser notre position, de renouveler et d’augmenter le stock stratégique de respirateurs d’urgence et d’envisager demain de mobiliser un certain nombre de respirateurs au profit des partenaires de la France à l’international."

Interrogé le 24 avril sur France Inter, Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, a confirmé que la commande n'"a pas été passée dans la précipitation". "Ces respirateurs ne sont pas des respirateurs de première ligne mais peuvent être extrêmement utiles pour les patients Covid car on peut les améliorer, les "upgrader" en rajoutant un système de filtre. Cette commande "nous a permis d'anticiper les besoins si ces besoins avaient été plus importants". Il a ajouté que ces respirateurs pourraient être "prêtés à nos partenaires qui ne fabriquent pas de respirateurs".

La meilleure solution de secours

Interrogé par APMnews, le Pr Eric Maury, qui est médecin intensiviste réanimateur à l'hôpital Saint-Antoine de l'AP-HP, à Paris (il précise s'exprimer en son nom propre sur ce sujet et non pas en tant que président de la SRLF), estime aussi que la fabrication de ces respirateurs Osiris était la solution de secours la moins mauvaise dans le temps imparti.

"Depuis fin février-début mars, je suis en conversation quasiment tous les jours avec les gens de la DGOS [direction générale de l'offre de soins]. On s'est aperçu qu'il allait y avoir un manque de respirateurs, et que pour les respirateurs lourds qu'on utilise habituellement en réanimation, les fabricants n'étaient pas en mesure de les fabriquer. Air Liquide est le seul fabricant de respirateurs français, donc le gouvernement leur a demandé de fabriquer des respirateurs, et le seul qu'ils pouvaient fabriquer en nombre pour la date qui avait été annoncée, c'est-à-dire en 50 jours, c'était l'Osiris 3."

"Ce n'est pas un respirateur lourd de transport, mais il convient pour de la réanimation tendue, comme on fait de la réanimation hors les murs", souligne-t-il.

Si certains médecins, comme dans l'enquête de Radio France, ont exprimé leur réticence à utiliser de tels respirateurs pour des patients Covid, le Pr Maury pense que "s'ils s'étaient retrouvés face à un afflux de malades considérable" comme cela a été le cas en Alsace par exemple, "et qu'ils n'avaient pas eu de respirateur, s'ils n'avaient que ce respirateur-là ils auraient fini par s'en servir".

D'autant que ce respirateur Osiris "a été testé" et a montré qu'il pouvait "donner des paramètres de ventilation qui sont suffisants pour prendre en charge des patients avec un Covid". L'étude devrait être publiée sous peu, selon le Pr Maury.

"C'est du secours. C'est une bouée de sauvetage [...]. C'est ce qu'on a trouvé de moins mauvais en un temps si court." "Il fallait s'armer à un moment où on était très inquiet et on ne savait pas ce qui allait se passer'."

Le choix des respirateurs Osiris a été fait au niveau ministériel. "Je ne suis pas intervenu dans le choix de ce respirateur", précise le Pr Maury. Mais une fois ce choix fait, "on a rédigé avec les conseillers scientifiques de ma société savante des recommandations pour pouvoir utiliser ce respirateur dans de bonnes conditions. Et on a bien précisé qu'on ne l'utiliserait qu'en dernier recours."

Faut-il arrêter de les fabriquer? "On ne sait pas ce qu'il va se passer quand on va déconfiner, et imaginez qu'on se reprenne cet hiver une grippe comme H1N1 il y a 10 ans, on se retrouverait dans le dénuement le plus total."

Il y a aussi des respirateurs lourds en production, mais à un rythme beaucoup plus lent, note-t-il.

Egalement citée dans cette enquête, Valérie Moreno, présidente de l'Afib, a précisé le 23 avril à TecHopital que l'Afib "n’avait pas été consultée pour ce choix, malgré sa participation à certains groupes de travail du ministère mais que cela s’était certainement fait dans l’urgence et pour résoudre rapidement une équation sensible entre tension d’approvisionnement et besoins".

Elle précise néanmoins que "seuls les médecins ont la compétence nécessaire quant au choix des machines à utiliser pour la prise en charge des malades Covid". Avant d'ajouter que ces respirateurs auront "certainement une utilité dans le cadre d’une gestion globale d’un parc de respirateurs destinés à prendre en charge des patients Covid ET non Covid. Les ingénieurs biomédicaux, en fonction du parc à leur disposition, travaillent avec les médecins pour réaffecter aux mieux les équipements en fonction de leurs performances et de leurs caractéristiques techniques". Mais au final, c'est la direction générale de la santé (DGS) "qui régule l’affectation des respirateurs".

cd-gdl/nc

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