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Le grand projet de reconstruction du CHU de Caen revu à l'aune de la crise du Covid-19

Projet de reconstruction du CHU de Caen IHF. Image: cabinet AIA
Projet de reconstruction du CHU de Caen IHF. Image: cabinet AIA

PARIS, 7 avril 2021 (TecHopital) - Le projet de reconstruction du CHU de Caen pour 2026 est revu à l'aune de la crise du Covid-19 pour tenir compte de la nécessité de pouvoir distinguer les flux de patients, ont expliqué des ingénieurs vendredi lors des journées nationales d’études et de formation de l'association des Ingénieurs hospitaliers de France (IHF) organisées en visio-conférence.

"Heureusement qu'il a été fait le choix initialement de partir en loi MOP [maîtrise d'ouvrage publique], car si on avait été sur un autre mode, on s'en serait beaucoup plus mal sorti", a déclaré Pierre Nassif, ingénieur général au CHU de Caen chargé de la direction des ressources matérielles, dans un atelier sur la conduite de gros projets.

La loi MOP -qui n'existe plus aujourd'hui et qui est intégrée au nouveau code unique de la commande publique- a été "une aide pour l'adaptation du projet par rapport à la crise du Covid-19", a-t-il estimé avant de détailler les adaptations nécessaires.

"Le CHU de Caen, un IGF [immeuble de grande hauteur] de 23 étages construit en 1977, a commencé à être reconstruit il y a 10 ans avec un bâtiment femme-enfant-hématologie de 35.000 m², en 2009, qui sera juste à côté de la nouvelle construction" et reliée au nouvel ensemble, a-t-il rappelé.

Le projet de reconstruction, c'est 110.000 m² sur une parcelle de 12,5 hectares (ha) au sein d'un ensemble existant de près de 40 ha sur un site maintenu en activité durant toute la phase de réalisation, a-t-il poursuivi.

Projet du CHU de Caen. Image: cabinet AIA
Le projet comprend un bâtiment principal de 86.100 m², un bâtiment de biologie de 13.800 m², un bâtiment logistique et pharmacie de 6.700 m² et un bâtiment administratif de 5.000 m² pour un budget de 502 millions d'euros (M€) TTC TDC. Ils seront agencés autour "d'une place centrale qui servira de repère pour l'établissement", a-t-il décrit.

Cet espace central appelé "oasis" et "autour duquel s'articulent tous les bâtiments offre aux usagers -patients, visiteurs et personnel de l'hôpital- une multitude d'usages d'accueil, d'orientation, de repos, de restauration, et d'autres à s'approprier", a détaillé Marie-Ange Tincelin, ingénieure associée du cabinet AIA Ingénierie.

Sur ce projet, elle a parlé de "résilience": "On a voulu un hôpital mutable, évolutif, modulaire et réversible" en préservant du foncier pour "les extensions futures de l'hôpital". L'évolutivité des bâtiments a été privilégiée pour permettre des extensions faciles par exemple pour le bloc opératoire.

Le projet est "phasé avec une opération anticipée avec une livraison début 2023 pour les bâtiments biologie et logistique dont le chantier vient de démarrer", et l'opération principale, "l'hôpital lui-même" avec le plateau technique, les hôpitaux de jour, les consultations et les hébergements en 2026.

Actuellement, les équipes du CHU et le cabinet AIA planchent sur toutes les adaptations induites par le retour d'expérience de la crise Covid "sur lesquelles on réfléchit et sur lesquelles on est en train d'opérer des choix", a indiqué Pierre Nassif.

Pour la 2e phase, "on a dû prendre les contraintes de la crise qui vient d'arriver en compte, et aussi les orientations du Ségur de la santé" d'une part et trouver d'autre part "des solutions pour augmenter nos surfaces de stockage dans le bâtiment de soins et sur la plateforme" car "on a dû apprendre à stocker beaucoup plus pendant la crise" et "notre plateforme logistique n'était pas prévue à la base, elle était plutôt en flux tendu", a expliqué l'ingénieur hospitalier.

"On a aussi dû prendre la spécificité de cette pandémie avec ce virus qui nous oblige à avoir une séparation des flux, un traitement d'air différencié ou amélioré", a-t-il ajouté.

Marie-Ange Tincelin a décrit les adaptations opérées sur la plateforme logistique avec, pour augmenter le palettier de cette plateforme, un passage en "trame étroite" et la création d'un local déchets sur la cour logistique. "Cette modification est intégrée en début de chantier avec un impact sur le planning d'environ 2 mois", a-t-elle mentionné.

Distinguer les flux

Reconstruction du CHU de Caen. Schéma: cabinet AIA
Le retour d'expérience Covid a conduit le cabinet AIA à faire des propositions pour distinguer les flux de patients infectieux des non-infectieux aux urgences: soit utiliser la zone d'examen patient couché en haut, soit utiliser l'unité hospitalière de courte durée (UHCD). C'est la solution de l'UHCD qui a été retenue par le CHU pour des raisons de quantités de flux. "L'UHCD sera reportée sur d'autres unités d'hospitalisation. On garde les urgences conventionnelles dans la zone d'examen patient couché avec son imagerie et on dédie une zone patient infectieux avec son imagerie également pour une pandémie. On peut créer une zone d'attente en amont sur les parkings en mettant un système de tente ou de modulaire", a expliqué Marie-Ange Tincelin.

"On peut vraiment isoler en fermant les portes et on a adapté le système de traitement d'air en augmentant le débit pour les locaux aveugles et en changeant les systèmes d'échange sur les centrales de traitement d'air" pour éviter les contaminations croisées.

Du côté des consultations, une réflexion a été engagée pour pouvoir isoler des consultations pour patients infectieux. Celles qui s'y prêtent bien sont celles avec des façades extérieures permettant de créer une attente sous tente ou modulaire en extérieur, une sortie spécifique offrant une unité complétement isolée et à laquelle il est possible d'appliquer les mêmes dispositions de traitement que pour l'UHCD.

Pour l'étage des réanimations et les unités de soins critiques (USC), il y a 4 unités de réanimation de 20 lits découpées en sous-unités de 10 lits. "On peut les réserver aux patients infectieux les unes après les autres: 20, puis 40, 60 et 80 avec un système de double circulation qui permet de distinguer les flux entre chacune de ces unités". Chacune a une sortie spécifique pour les déchets. L'adaptation du traitement de l'air est à l'étude.

Pour les chambres d'USC, qui sont plus petites, une configuration "patient infectieux" a été conçue pour s'assurer qu'il était possible de les transformer facilement en unités Covid.

Marie-Ange Tincelin a aussi présenté l'idée de "l'hôpital double face" qui consiste à maintenir l'hôpital en activité tout en accueillant un flux massif de patients dans une situation de type risque nucléaire, radiologique, bactériologique ou chimique (NRBC). Il a été imaginé de créer en sous-sol des urgences réservées (sous les hôpitaux de jour) comprenant une première zone de dépose ambulances, puis une 2e zone de décontamination, suivie d'une zone d'orientation et enfin une zone de premiers soins.

Le parking va être équipé avec des dispositifs de gaines techniques, flux médicaux et électricité, des douches de décontamination. Des liens sont prévus directement vers les autres services.

"Nous poursuivons notre DCE [dossier de consultation des entreprises] jusqu'au début de l'été pour un lancement de consultation sur cette phase après l'été et une ouverture des plis début 2022", a indiqué Pierre Nassif.

"Tout ce travail d'adaptation se fait en temps masqué et on essaie de ne prendre absolument pas de retard sur l'opération de reconstruction malgré toutes les adaptations que l'on essaie de mener pour adapter notre bâtiment à la médecine de demain avec ces crises qui vont devenir peut-être notre quotidien", a-t-il commenté.

sl/nc/san

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