Une question ? Appelez le 01 48 06 54 92

 

TecHopital.com

 

https://www.pall.com/en/medical/landing/20-years-fr.html?utm_source=techopital&utm_medium=banner&utm_campaign=20-years-fr

Les managers hospitaliers ont une vision globalement négative de la mise en oeuvre des GHT (enquête Ifop-SMPS)

Crédit: Fotolia/Gajus
Crédit: Fotolia/Gajus

Selon les résultats d'une enquête sur les groupements hospitaliers de territoires (GHT) dévoilée lundi par le Syndicat des managers publics de santé (SMPS), directeurs, ingénieurs et cadres hospitaliers ont une vision globalement négative de la mise en oeuvre des GHT et demandent une revalorisation de leurs conditions d'exercice.

A la demande du SMPS, l'institut de sondage Ifop a réalisé, du 27 avril au 10 mai, une enquête sur les conséquences des GHT telles que perçues par les directeurs, ingénieurs et cadres exerçant en établissements de santé ou médico-sociaux.

Au total 1.046 professionnels, adhérents et non-adhérents du SMPS, ont répondu à cette enquête, 84% des sondés exerçant dans le sanitaire (41% étant directeurs d'hôpital, 20% directeurs des soins, 13% directeurs d'établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux -D3S-, 12% attachés d'administration hospitalière -AAH-, 11% cadres de santé et 3% ingénieurs).

Parmi ces professionnels, 49% exercent dans un établissement qui n'a pas vocation à être établissement support de GHT, et 37% en établissement support, précise le SMPS.

Selon le président du SMPS, Jérémie Sécher, qui en commentait lundi les résultats, cette enquête répondait à un triple objectif: "Tout d'abord, objectiver l'inquiétude que l'on avait senti percer, au fil d'une enquête-terrain, sur la mise en oeuvre des GHT. Puis, se donner une chance de réussir la réforme, car si sa mise en oeuvre nous inquiète, nous l'approuvons en termes d'objectifs. Et enfin, faire prendre conscience aux pouvoirs publics des inquiétudes exprimées sur le terrain".

Premier enseignement de l'enquête, selon Jérémie Sécher: "Si une nette majorité des sondés (69% en moyenne, 78% pour ceux exerçant en établissement support) a une perception claire des objectifs des GHT en termes de recomposition sanitaire, les conditions de mise en oeuvre des GHT ne sont pas adaptées pour 54% de ces mêmes sondés, 16% ne se prononçant pas".

"Les visions les plus tranchées se situent chez les directeurs d'hôpital, D3S et ingénieurs qui expriment des opinions négatives respectivement à hauteur de 66%, 67% et 63%", précise-t-il.

En termes d'impact anticipé des GHT sur les organisations, l'opinion dominante est là encore très largement négative, souligne-t-il, puisque 82% des professionnels interrogés parlent de complexification des établissements de santé induite par la réforme, un chiffre qui monte à 98% pour les directeurs des soins et d'instituts.

Songeant au "pacte de confiance" que la ministre des affaires sociales et de la santé avait annoncé vouloir établir avec les professionnels, le SMPS a demandé aux directeurs, ingénieurs et cadres s'ils estimaient que les GHT étaient une manifestation de confiance aux acteurs de terrain: "Résultat, commente le président du SMPS, 60% des sondés estiment que les GHT ne traduisent pas cette confiance, les plus défiants étant les D3S (84% d'opinions négatives) ainsi que les AAH (76%)".

Demande d'accompagnement et de valorisation statutaire

"L'inquiétude, ou tout au moins l'incertitude des professionnels interrogés, est aussi très forte en termes d'impact anticipé des GHT sur leurs métiers", ajoute le président du SMPS.

A la question de savoir si les GHT auront un impact sur leurs métiers, les réponses des sondés semblent en effet marquées par l'incertitude ou la crainte, puisque que 31% évoquent une évolution négative, 30% ne se prononcent pas, contre seulement 28% d'opinions positives.

"Les plus pessimistes sur leur avenir sont les directeurs d'hôpital, les D3S et les AAH, avec respectivement 36%, 42% et 39% d'opinions négatives. Les plus partagés sont les directeurs des soins et les cadres de santé avec respectivement 37 et 41% d'optimistes sur l'avenir de leurs métiers, mais 38 et 35% d'indécis", précise Jérémie Sécher.

"Face à ces évolutions, une large majorité des sondés (77%) attend un accompagnement de la part des pouvoirs publics, un chiffre qui monte à 91% auprès des AAH et à 68% pour les directeurs d'hôpital. Pour nous, SMPS, c'est impératif", insiste-t-il.

"Parmi ceux qui sont en demande d'accompagnement, deux demandes émergent", note-t-il: "celle d'une revalorisation salariale, et celle de la prise en compte du nouveau rôle de directeur/cadre hospitalier tant la mise en place des GHT risque d'être synonyme d'un éloignement du terrain".

Les résultats de l'enquête sont à cet égard très clairs: 28% des sondés demandent une revalorisation de salaire (dans la prise en compte de l'exercice multi-sites), un souhait particulièrement marqué chez les directeurs d'hôpital (31%) et les directeurs des soins (42%), et 21% des sondés (30% des D3S et des directeurs des soins) mettent l'accent sur la nécessité de mieux prendre en compte leur nouveau rôle et leurs nouvelles conditions d'exercice vu la perte de proximité avec le terrain.

"Dix millions d'euros d'accompagnement ne suffiront pas pour faire des GHT une réussite si les directeurs ne savent plus quelle est leur place dans l'organisation", commente le SMPS.

Un quart des directeurs disent vouloir quitter leur établissement

De façon plus individuelle, 68% des sondés n'ont pas de vision claire de leur avenir au sein du futur GHT (71% pour les professionnels en établissement non-support), les opinions négatives étant très marquées chez les ingénieurs (70%), les AAH (96%), les directeurs d'hôpital (64%) et les D3S (74%), plus modérées pour les directeurs des soins (58%) et les cadres de santé (55%).

Partant de ce diagnostic, le SMPS a interrogé directeurs, ingénieurs et cadres sur l'impact anticipé des GHT sur leurs parcours professionnels: si 58% de ceux travaillant dans un établissement support de GHT pensent gagner en intérêt professionnel à moyen ou long terme et en sont satisfaits, en revanche, et sur l'ensemble, 22% des professionnels interrogés pensent perdre en intérêt et quitter leur établissement à court ou moyen terme.

"Les plus inquiets", relève Jérémie Sécher, "sont les directeurs d'hôpital, dont 25% pensent quitter leur établissement à court ou moyen terme, 15% pensent perdre en intérêt mais rester, et 22% ne se prononcent pas. Un chiffre qui se comprend d'autant mieux lorsque l'on sait qu'entre 2009 et 2013, 30% des directions ont été supprimées suite à la mise en place de directions communes".

Interrogés sur les aspects de statuts et de conditions d'exercice, 60% des professionnels estiment que les GHT vont entraîner une dégradation de leurs conditions de travail, les directeurs d'hôpital étant 72% à anticiper une dégradation, et les ingénieurs 68% (les cadres de santé étant moins négatifs puisqu'ils ont été 43% à répondre "non" à la question posée).

Enfin, à la question "diriez-vous que la mise en oeuvre des GHT nécessite une nouvelle valorisation des conditions d'exercice et de votre statut", 86% des sondés répondent par l'affirmative (93% chez les professionnels exerçant en établissement support).

Un risque de "technostructures peu efficaces et dispendieuses"

Pour le président du SMPS, les résultats de cette enquête "sont sans appel", et font écho à ce qu'il qualifie de "péchés originaux des GHT: la définition de leur périmètre, et l'ambiguïté relative à leur statut moral (les GHT n'étant pas dotés de personnalité morale mais risquant de se traduire par une juxtaposition des instances".

Dans le viseur du SMPS: "les GHT de trop grande taille qui risquent d'être assis non pas sur des visions projets, en lien avec projets médicaux et soignants, mais sur des logiques administratives et comptables", selon Jérémie Sécher, qui se dit "très dubitatif quant à leur efficience et leur pertinence".

Précisant "défendre une logique sanitaire des GHT", le président du SMPS juge que ceux-ci peuvent être "pertinents, lorsqu'ils concernent des bassins de population de 300.000 à 700.000 habitants", et estime donc "qu'en l'état actuel des choses, nous pouvons avoir de l'espoir dans 60% des cas, mais que dans 40% des cas, notamment lorsque les GHT sont surdimentionnés, cela risque de très mal se passer".

"Dans certains GHT, on ira probablement vers des organisations ayant une vraie plus-value en termes de prise en charge des patients, mais dans d'autres, dans les plus gros GHT, il existe un vrai risque de technostructures peu efficaces et dispendieuses", ajoute-t-il.

"A cet égard, fait-il remarquer, la vraie question qui risque de se poser ne sera pas celle de la relation entre directeurs et professionnels médicaux, mais celle entre établissements supports et établissements membres, qui plus est dans des GHT à géométrie très variable".

Partagez cet article

Il n'y a pas encore de commentaire sur cette publication.
Soyez le premier à réagir

Pour commenter cet article identifiez-vous ou enregistrez-vous si vous ne l'avez pas encore fait
Les offres
Agenda