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Les pratiques des services financiers des hôpitaux "complètement bouleversées" par le Covid

Crédit: iStock/erdikocak
Crédit: iStock/erdikocak

PARIS, 29 septembre 2020 (TecHopital) - Les pratiques des services financiers des établissements de santé ont été "complètement bouleversées" par la crise du Covid-19, même s’ils n’étaient pas au-devant de la scène, a observé le 23 septembre la directrice générale du CHU d’Amiens, Danielle Portal, lors de la 2e Journée nationale des finances hospitalières.

Ce colloque était organisé à Paris par le Centre national de l'expertise hospitalière (CNEH).

Pour Danielle Portal, la première vague de la crise s’est apparentée à un "big bang" dans les établissements "puisque du jour au lendemain" les hospitaliers ont dû changer "toute une série de reflexes".

"Il n’y avait plus de tableau des emplois, on recrutait en fonction des besoins dans les unités Covid, on commandait ce qu’il fallait commander aux prix non pas négociés mais aux prix qu’on trouvait", a relaté Danielle Portal, également présidente de la commission des affaires financières de la conférence des directeurs généraux de CHU.

Le tableau des emplois, le code des marchés, la trajectoire Copermo (comité interministériel de la performance et de la modernisation de l'offre de soins hospitaliers), le plan de retour à l’équilibre, l’indice de performance des durées moyennes de séjours (IPDMS) ou encore le contrat d'amélioration de la qualité et de l'efficience des soins (Caqes), "on a tout renvoyé dans les fossés", a-t-elle observé.

"Les autorisations, n’en parlons pas […]. Tous les établissements qui ont augmenté leur capacité de réanimation ne se sont jamais posé la question de savoir s’ils avaient l’autorisation de le faire, s’ils pourraient facturer les 'forfaits réa' à l’assurance maladie et si on leur opposerait les règles" habituelles, a-t-elle ajouté en précisant que dans son CHU, les capacités avaient augmenté de 52 à 100 lits de réanimation.

S’agissant des achats, Danielle Portal a raconté que pour la première fois de sa vie, un soir à 22 heures, elle a commandé du curare. "On m’a [demandé si j’avais su] utiliser le logiciel de commande" mais non, "je l’ai [simplement] fait par téléphone", sans faire de papiers mais "en étant bien contente d’en avoir trouvé!"

Pour elle, la crise a fait "éclater" tout l'environnement réglementaire et a obligé les hospitaliers à travailler de manière "totalement différente".

Peut-être que la seule règle qui a été conservée pendant la première vague a été de ne pas basculer dans "le travail au noir", a-t-elle observé.

Une certification des comptes 2020 à sécuriser

Toutefois, après cette période intense, "pour les services des finances et de contrôle de gestion démarre un peu une période de doute", a alerté Danielle Portal.

Les surcoûts liés à la crise sont "extrêmement importants". "Heureusement que nos services financiers […] ont comptabilisé tout cela", les dépenses, les rémunérations des personnels, et qu’il y a des factures, a-t-elle souligné.

Elle a insisté sur l’importance de présenter des décisions modificatives de l’état des prévisions des recettes et des dépenses (EPRD) pour pouvoir payer notamment les revalorisations, même si "dans nos esprits beaucoup de choses n’existent plus vraiment" comme le Copermo (dont la suppression a été annoncée) ou certaines contraintes.

Elle a aussi mis en avant le problème de la certification des comptes 2020, observant que les mesures "ultra-rapides" mises en œuvre pendant la crise "ne correspondent pas du tout aux normes [des] commissaires aux comptes".

Cette certification ne pourra "certainement pas" être réalisée selon les normes habituelles mais les services financiers vont quand même essayer de la faire "le moins mal possible", a-t-elle préconisé.

Il ne lui semble en effet pas judicieux de se dire que les établissements vont simplement assumer la non-certification des comptes au regard du contexte. Elle appelle plutôt à réfléchir à des modalités exceptionnelles pour cette année.

"Nous sommes à l’aube d’un grand plan d’investissement", qui obligera les établissements à être en relation avec les banques. "Il vaut mieux malgré tout collectivement qu’on sécurise le sujet" de la certification des comptes car la mémoire des évènements difficiles "passe très vite".

Incertitudes dans les services des finances

Aujourd’hui, "quand on est dans un service des finances, les choses sont loin d’être simples", a expliqué la directrice générale du CHU d'Amiens.

"Comment faire le RIA [rapport infra-annuel], comment préparer et définir un atterrissage 2020 avec une 1re vague qui est finie mais sur laquelle il n’y a pas de certitude quant aux modalités de compensation et de comptabilisation, et quand il faut anticiper une 2e vague dont on pressent qu’elle va être différente", ce qui est encore compliqué à imaginer.

Danielle Portal s’est également interrogée sur la préparation de l’EPRD 2021 dans l'attente du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2021 et alors que les réformes du financement des urgences, de la psychiatrie et des soins de suite et de réadaptation (SSR) restent "floues".

Pour elle, la crise a démontré la qualité de l’hôpital public même si elle a rendu "très criantes" ses problématiques de financement, d’effectifs et surtout de rémunération du personnel et d’investissement ("vétustés importantes" et organisation fréquente en chambres doubles). Elle juge néanmoins que les mesures annoncées dans le cadre du Ségur de la santé sont bien plus ambitieuses que celles des plans précédents, avec un "gap énorme" sur la revalorisation salariale.

Interrogée sur une éventuelle réduction des capacités des établissements par la suppression des chambres doubles, elle a observé que cela dépasserait largement les crédits annoncés pour l’investissement.

"On ne va pas y passer tout de suite" mais de toute façon, à partir du moment où l'on aura un traitement et un vaccin, le Covid-19 entrera dans la cohorte des maladies infectieuses prises en charge à l’hôpital. D’ores et déjà, la méthode a changé, on fait beaucoup de tests à l’entrée et 2 patients positifs peuvent être mis dans une chambre double, a-t-elle observé.

Aujourd’hui "nous ne savons pas ce que sera la 2e vague", a déclaré Danielle Portal. "Les 'héros' sont fatigués, ils [la] redoutent et ils n’ont pas nécessairement envie de s'investir comme ils se sont investis dans la 1re [vague], mais pour autant l’ensemble des plans attendus sont prêts" pour les urgences, les Samu, les services de réanimation et les services d’hospitalisation.

A l’avenir, il lui semble important de développer l’hospitalisation à domicile (HAD) et de se saisir de la "notion du capacitaire modulable".

cb/gdl/ab

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