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Mis en cause pour sa gestion sous-traitée du bionettoyage, le CH de Valenciennes répond à Cash Investigation

Crédit: Cash investigation
Crédit: Cash investigation

VALENCIENNES, 16 décembre 2020 (TecHopital) - Le directeur du CH de Valenciennes, Rodolphe Bourret, a réagi, dans une tribune transmise le 1er décembre, au reportage de Cash Investigation diffusé le 10 décembre sur France 2 mettant en cause la sous-traitance du bionettoyage à la société Onet, qui aurait des conséquences sur les conditions de travail des équipes, la qualité du bionettoyage effectué et in fine la prévalence de maladies nosocomiales.

Pour ce reportage intitulé "Service public: liberté, égalité, rentabilité?", la journaliste de France 2 Marie Maurice a intégré les équipes de bionettoyage d'Onet opérant au sein du CH de Valenciennes, où elle a opéré pendant quelques jours après avoir suivi une formation d'une journée, et avant d'être remerciée par le prestataire.

Elle y fait témoigner ses collègues sur leurs conditions de travail afin de mettre en relief les difficultés que rencontrent ces équipes à respecter les 15 minutes officiellement consacrées au nettoyage de chaque chambre, réduites de moitié.

L'accent y est également mis sur la qualité et la quantité de matériel consacré au nettoyage, qu'il s'agisse des balais, des lavettes ou des bandeaux pour nettoyer le sol.

Liens entre sous-traitance et prévalence d'infections nosocomiales?

Au cours du reportage, l'équipe d'Elise Lucet interroge le Pr Pierre Parneix, médecin de santé publique et d'hygiène hospitalière au CHU de Bordeaux et responsable du centre d’appui pour la prévention des infections associées aux soins (CPias) de Nouvelle-Aquitaine, qui estime à 3 jours le minimum de formation nécessaire au bionettoyage, et à 15 minutes le minimum de temps nécessaire au nettoyage d'une chambre.

Il évoque 4.000 décès annuels attribuables à 100% aux infections nosocomiales, d'après une étude de 2002, ainsi qu'un taux de prévalence moyen des maladies nosocomiales de 5% chez les patients hospitalisés.
Sont également interrogés Veronica Toffolutti, économiste de la santé à l'université d'Oxford, et son collègue Martin McKee, professeur de santé publique.

Leurs travaux de recherche sur une centaine d'hôpitaux du Royaume-Uni ont fait apparaître un lien entre sous-traitance du bionettoyage et prévalence des infections nosocomiales au staphylocoque doré 15% supérieure. Par la suite, l'Ecosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord ont mis fin à cette sous-traitance.

Selon ces chercheurs, les gains liés à la sous-traitance sont intrinsèquement liés à des économies sur le matériel et les ressources humaines, qui induisent une dégradation du bionettoyage. Martin McKee y considère qu'internaliser cette fonction permet de développer un sentiment d'appartenance au sein de ces équipes, et donc d'améliorer leur implication.

Les journalistes cherchent sans succès à interroger la direction d'Onet. Le directeur du CH de Valenciennes admet au cours du reportage avoir effectué des économies via la sous-traitance, évaluées à "quelques centaines de milliers d'euros". Il assure rester vigilant quant aux résultats du bionettoyage, estime ne pas être concerné par les enjeux sociaux internes à Onet, et certifie qu'en aucun cas la santé des patients n'a été mise en jeu.

Cash Investigation explique avoir demandé à la direction les taux de prévalence des principales affections nosocomiales au sein de l'établissement et ne pas avoir obtenu de réponse. Il est relevé dans l'émission que le programme Phare (Performance hospitalière pour des achats responsables) met en valeur les résultats du CH quant aux économies réalisées sur le bionettoyage.

Le reportage évoque également les conflits sociaux qui ont animé le personnel de bionettoyage afin d'obtenir de meilleurs conditions de travail, des primes et revalorisations, notamment à l'issue de la première vague de Covid-19.

Réaction virulente de la direction de l'établissement

Dans sa réaction, le CH explique que Marie Maurice "est restée 3 jours en emploi saisonnier dans notre hôpital dans un contexte social mouvementé chez les personnels de cette société de nettoyage jusqu’à ce que son identité soit découverte" et répète que "les revendications salariales des employés des sociétés de nettoyage ne relèvent pas de la gestion de nos services".

"Il est irresponsable d’attaquer l’hôpital et de créer de la suspicion à notre endroit auprès de la population qui pourrait renoncer aux soins et aggraver une situation qui l’est déjà suffisamment. Pour compléter cette information, sachez que le parti pris par l’équipe de madame Lucet d’entretenir la confusion entre hygiène (désinfection) et nettoyage (entretien des surfaces) introduit un biais dans l’information qui est délivrée au public", poursuit l'établissement.

"Où est l’éthique de ceux qui un jour ont peut-être été détenteurs d’une carte de presse? Manipuler l’information, rechercher des motivations cachées auprès d’agents publics intègres, responsables de leurs résultats mais aussi de l’usage des deniers publics, c’est-à-dire nos impôts", y déclare Rodolphe Bourret.

"Présenter une information incomplète, diffuser une image orientée, asséner les faits avec aplomb en guise de 'vérité', mettre mal à l’aise les interlocuteurs pour décrédibiliser autant les personnes que les propos arrachés dans un contexte au mieux inapproprié, au pire dévalorisant. Voilà de viles armes pour de tristes sires", commente-t-il.

Joint par APMnews/TecHopital le 11 décembre, la direction de la communication du CH dénonce une production à charge s'arrangeant avec les faits, s'étonne que le responsable du CPias de Nouvelle-Aquitaine et non celui des Hauts-de-France ait été interrogé, et note que le staphylocoque doré est la seule infection nosocomiale à "ne pas être impactée par les risques environnementaux dont le ménage", en réaction à l'intervention des deux scientifiques d'Oxford.

Détails du contrat

Dans une note transmise par la direction de l'établissement à celle de l'agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France fin novembre et dont APMnews/TecHopital a eu copie, le CH mentionne que l'externalisation du bionettoyage ne concerne pas les services à haut risque infectieux (réanimation, chirurgie, hématologie, néonatalogie, dialyse) et que le choix de l'opérateur "s'est toujours opéré sur des critères techniques (60%) au détriment du critère du prix (40%)".

Il compte 15 événements indésirables en lien direct avec Onet en 2017, 12 en 2018 et 20 en 2019, concernant principalement des prestations non ou mal réalisées, ou un "manque de réactivité de prise en charge des sorties". Cela représente moins de 1% du total des événements indésirables enregistrés, note-t-il.

Il évoque une "décroissance importante" du taux d'incidence de Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (Sarm) s'inscrivant dans la tendance nationale, ainsi qu'une "évolution défavorable" concernant les entérobactéries productrices de bêta-lactamase à spectre étendu (EBLSE), mais concentrée sur la réanimation, où le bionettoyage n'est pas sous-traité.

Le CH explique s'être engagé avec Onet via UniHA lors de 3 marchés successifs: 2011-2015, 2015-2020, et à compter de 2020. Il souligne que le contrat de 2015, de 3,8 millions d'euros (M€), n'était pas le moins cher (3,5 M€ pour Atalian), et de même en 2020 (3,5 M€ contre 3M€ pour Atalian).

Il précise que le contrat implique une "revue hebdomadaire des prestations", "une revue mensuelle de contrat" à laquelle participe l'unité interne de lutte contre les infections nosocomiales (Ulin) et des "contrôles mensuels effectués par un organisme indépendant".

"Il s'agit de contrôles visuels réalisés pendant 2,5 jours tous les mois sur un ensemble de 179 locaux dont le bionettoyage a été confié à un prestataire", détaille le CH.

Les agents d'Onet bénéficient d'une formation supplémentaire obligatoire mise en place par l'Ulin, soumise à évaluation annuelle, et leur travail est soumis tous les 2 ans à un "audit aléatoire de pratiques" de la part de l'Ulin et de l'infirmière hygiéniste d'Onet, ajoute le CH, concluant à un suivi "quantitatif et qualitatif régulier, sérieux et propre à l'établissement" en constante évolution et imité par d'autres établissements.

"Compte tenu de l'enjeu d'image que représentaient les mouvements sociaux portés par la CGT d'Onet [...], le CH s'est rapproché de la direction d'Onet, et ce à plusieurs reprises, pour appuyer la mise en oeuvre d'actions relatives à l'amélioration des conditions locales de travail pour lesquelles le CH pouvait jouer un rôle de facilitateur", poursuit-il.

"L'évolution des indicateurs de résultat dans le domaine infectieux repose davantage sur des plans d'action en matière de lutte contre les infections nosocomiales qui relèvent prioritairement les défis sur les transmissions croisées manuportées, les phénomènes d'antibiorésistance, le bionettoyage des zones à risque et des équipements biomédicaux de l'environnement proche du patient, la qualité de l'air et de l'eau en matière de prévention environnementale, le dépistage et la prise en charge des patients porteurs d'une bactérie multirésistante..." commente le CH.

Il conclut en affirmant consacrer "des organisations et des moyens spécifiques" à la lutte contre ces infections "au-delà de ce que les établissements sont généralement en capacité de développer".

bd/nc

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