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Panne de courant au CH de Pontoise: gestion de crise et premiers retours

Christophe Perenzin, ingénieur travaux au centre hospitalier René Dubos de Pontoise
Christophe Perenzin, ingénieur travaux au centre hospitalier René Dubos de Pontoise

Christophe Perenzin, ingénieur travaux au centre hospitalier (CH) René-Dubos de Pontoise, revient pour TecHopital sur les dysfonctionnements du réseau électrique que l'établissement a subi le vendredi 23 septembre et qui l'ont amené à déclencher le plan blanc.

A 14h25, ce vendredi-là, le chef électricien du centre hospitalier de Pontoise constate une panne électrique générale confirmée par le système de gestion des alarmes. En effet, la cellule haute tension du poste de livraison Enedis (ex-ERDF) fournissant l'énergie du site hospitalier s'est arrêtée. Les groupes électrogènes devant prendre le relais ne se déclenchent pas.

"Il m'a aussitôt averti et a lancé la procédure d'urgence. Toute l'équipe technique était sur place et a réagi très rapidement", témoigne Christophe Perenzin, ingénieur travaux de l'hôpital. "Nous avons de la chance, les locaux électriques sont à proximité immédiate des services techniques", ajoute-t-il.

Une double panne exceptionnelle

"Les onduleurs ont bien pris le relais pour assurer la fourniture d'électricité de manière transparente sur tous les équipements prioritaires en attendant que les groupes électrogènes soient complètement fonctionnels. Les vérifications et contrôles en cas de coupure de l'alimentation électrique ERDF sont des procédures réglementaires et bien rodées. Ces systèmes sont testés tous les mois.
Le 23 septembre, à la coupure électrique, s'est rajouté un dysfonctionnement sur l'automate électronique synchronisant nos deux groupes électrogènes.
Le fait de passer en mode dégradé n'a permis d'en démarrer qu'un seul manuellement. A l'heure de la panne, la consommation électrique nécessitait le fonctionnement des deux groupes (en puissances cumulées).
Or, la panne de l'automate empêchant la synchronisation du deuxième groupe électrogène a imposé au centre hospitalier de délester certains secteurs d'activité".
La double panne qui a touché le centre hospitalier de Pontoise est exceptionnelle. "Cela arrive tous les 50-100 ans selon ERDF", ajoute Christophe Perenzin.

Déclenchement de la cellule de crise

"Tout est allé vraiment très vite. Après avoir fait le point avec le chef électricien, ce dernier a pris en main toutes les opérations sur le terrain. Nous avons priorisé et concentré la fourniture d'électricité sur les services d'activité critique (réanimation, blocs opératoires, pharmacie, Samu, EFS…). J'ai aussitôt prévenu Floriane Rivière, adjointe au directeur du groupement hospitalier de territoire (GHT) Nord Ouest Vexin Val-d'Oise. Avant de déclencher la cellule de crise, nous nous sommes laissés cinq minutes afin de vérifier si nous arrivions à démarrer le deuxième groupe électrogène".

Comme cela n'a pas été le cas, la cellule de crise s'est réunie.
"Elle a été pilotée par un référent de la direction du patrimoine que je représentais et Florence Rivière en tant que référente administrative. L'ensemble des cadres supérieurs de pôles ainsi que les personnels d'encadrements des fonctions supports et logistiques nous ont rejoints pour faire le lien avec les équipes dans les services de soins".

La communication, un point très sensible

L'établissement, siège du GHT, est particulièrement étendu : 27 bâtiments sur 33 hectares. Aussi une telle panne présentait des aspects particulièrement délicats, notamment en matière de communication.
Chiffres clés 2015 Hôpital René Dubos Pontoise (Source : FHF)
Capacité (lits & places): 1.185 dont
  • Médecine : 479
  • Chirurgie : 159
  • Gynéco-obstétrique : 81
  • Psychiatrie : 220
  • Hébergement : 246

"Il faut bien comprendre que les systèmes de communication habituels étaient coupés, donc la communication aurait pu être un point critique mais cela a bien fonctionné", témoigne Christophe Perenzin. "Les équipes techniques et de sécurité ont communiqué à distance via des émetteurs-récepteurs internes à l'hôpital qui fonctionnent sur batterie et possèdent une fréquence propre et protégée. En parallèle, les services de soins ont pu faire remonter leurs besoins prioritaires. Tout a bien été centralisé au niveau de la cellule de crise", précise l'ingénieur.

Anticiper une dégradation possible

"Sachant qu'un groupe électrogène possède une autonomie de 48 à 72 heures et que le temps de réparation n'était pas prévisible, nous avons décidé de faire acheminer d'autres groupes de secours. Notre société de maintenance pouvait nous en mettre un à disposition mais il devait être convoyé depuis Châlons-sur-Marne - c'était loin et long avec les embouteillages du vendredi soir en région parisienne. Nous avons cherché une autre solution qui s'est concrétisée par un soutien logistique de l'AP-HP. Toute une équipe est en effet venue pour installer un groupe électrogène de 1200kVA (kilovoltampère). C'était une grosse opération technique et logistique: 500m de câbles à positionner et des branchements dérivatifs compliqués à mettre en place...".
Pendant la crise, ce groupe de secours était prêt à fonctionner en cas de besoin ou de défaillance du premier groupe électrogène. Il est toujours sur site car indispensable tout au long des travaux de réparation prévus ce vendredi 7 octobre.

Un contexte favorable

"La panne est arrivée à 14h25, heure où l'hôpital connaît sa pointe de consommation électrique - tous les appareils d'imagerie fonctionnent à plein, la blanchisserie, la restauration, etc. Cette consommation allant en décroissant au fil des heures, du fait d'une activité moindre en fin de journée, plus le temps passait, plus la situation nous permettait de redonner de l'énergie à certains secteurs.
Ainsi, le groupe qui ne pouvait répondre qu'à 60% des besoins en début de panne, suffisait à 80-90% vers 18-19h. Des techniciens d'Enedis (ex-ERDF) sont venus nous aider pour trouver une solution sur la cellule haute tension. Nous avons réussi à trouver un moyen de "by-passer" le défaut au niveau du poste haute tension et à 22h30 nous avons pu reprendre le courant sur le réseau. A 23h tout le système électrique fonctionnait normalement", explique Christophe Perenzin.

Premiers retours d'expérience

"Dès le lundi suivant, un retour d'expérience s'imposait et une réunion s'est donc tenue en fin de journée réunissant tous les acteurs de la crise. Le bilan de cette gestion de crise est globalement positif puisque la sécurité des patients a toujours été assurée. Seuls 14 patients de réanimation et d'unités de soins intensifs ont été transférés par mesure de précaution vers d'autres centres hospitaliers. Le délestage des urgences s'est fait correctement", témoigne l'ingénieur.

Cependant, certains points sont d'ores et déjà notables avant même une analyse de risque plus complète.
"Ayant connu d'autres crises dans ma carrière (inondations, tempêtes, incendies), j'ai été impressionné par le sang-froid des équipes. Pas d'affolement, une sérénité remarquable. Ce retour d'expérience nous a permis d'identifier des actions à mettre en place, entre autres l'achat d'émetteurs-récepteurs supplémentaires, leur nombre s'étant avéré insuffisant. Mais, une analyse plus poussée de la panne sur la cellule haute tension et sur l'automate reste à conduire. Le constructeur prend à sa charge l'expertise technique de l'incident et nous transmettra les conclusions.
Parmi les causes possibles, le dysfonctionnement d'un composant peut être lié aux hautes températures de cet été. Il est donc envisagé de ventiler ou climatiser le local pour éviter une usure prématurée de cette pièce. Quant à l'automate de synchronisation des groupes électrogènes, une expertise et une analyse des données ont été lancées".

Le travail d'après-crise

Après la crise, les services techniques subissent une augmentation notable de leur charge de travail. "Après ce genre d'événements, il faut gérer tous les petits dysfonctionnements en cascade qui se révèlent. Il faut vérifier tous les appareils biomédicaux et de nombreux équipements : osmoseurs, adoucisseurs, …
Par ailleurs, suite à de nombreuses réunions avec le fournisseur d'énergie, le constructeur et l'installateur, nous allons procéder à la réparation de notre système électrique, opération complexe et d'envergure", conclut Christophe Perenzin.
L'hôpital, un habitué de la coupure électrique ?
Les coupures électriques font partie des événements qui doivent être prévus par les plans blancs. Les hôpitaux y sont donc généralement bien préparés et les équipements (appareils biomédicaux sur batterie, onduleurs, etc.) sont prévus pour assurer une continuité des soins pendant le temps nécessaire à la mise en sécurité des patients.
La réglementation impose des exercices et des moyens pour assurer cette continuité.
La littérature regorge d'exemples de crise due à des coupures électriques - bien souvent avec dysfonctionnements des groupes électrogènes d'ailleurs.
En voici quelques exemples

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