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Patrick Breack: "En France, les blocs opératoires sont souvent surdimensionnés"

PARIS, 12 novembre 2018 (TecHopital) - Patrick Breack, expert en hygiène, qualité et conception hospitalière, publie un livre intitulé "Comprendre et concevoir les blocs opératoires" qui s'adresse à la fois aux architectes, aux ingénieurs concepteurs de blocs mais aussi aux directeurs des établissements de santé et aux soignants. Il s'interroge sur le fait que les blocs opératoires deviennent des "monstres technologiques".

TecHopital: Quel est votre parcours et pourquoi écrire ce livre?

Patrick Breack: J'ai commencé ma carrière en 1976, j'ai occupé le poste d'hygiéniste au sein du CHU de Saint-Etienne, de l'Hôpital américain de Paris, de l'Institution nationale des invalides ou encore dans le service d'oncologie pédiatrique de l'Institut Curie, avant de devenir consultant, expert hygiéniste. Je suis allé au Vietnam pour Médecins du monde en 1991 puis j'ai prolongé ce travail en tant que chargé de mission pendant quatre ans pour le ministère des affaires étrangères. J'ai vécu cinq ans au Maroc récemment, et je suis intervenu à des niveaux divers sur plus de 200 projets hospitaliers privés.

Au départ, j'ai écrit ce livre pour les concepteurs des blocs opératoires des pays en développement. Beaucoup de concepteurs sont de bonne volonté, mais ne connaissant pas les règles à respecter pour la conception des blocs opératoires. Mais au fur et à mesure que j'écrivais, j'ai réalisé qu'en France aussi pas mal de gens pourraient trouver un intérêt à ce livre.

Je me suis donc réorienté vers un ouvrage plus général. J'avais envie de m'adresser aux architectes et bureaux d'étude qui ne connaissent pas la vie quotidienne des blocs opératoires, ce qui est normal. Or, ils vont ensemble élaborer des ensembles très coûteux qui présentent parfois des dysfonctionnements regrettables.

Je voulais également expliquer le fonctionnement des salles d'opération aux directeurs, aux pharmaciens, aux hygiénistes, à tous ceux qui en sont proches mais qui y passent peu de temps. Enfin, cet ouvrage se destine aux soignants qui vivent dans le bloc sans trop savoir comment fonctionne la technique qui les environne, à qui on demande leur avis et qui manquent de référence. L’objectif de ce livre est donc d’informer concrètement les uns et les autres sur le domaine qu’ils ne connaissent pas, afin que leur dialogue soit plus constructif et plus efficace.

Quel est le rôle des ingénieurs hospitaliers dans la conception?

Patrick Breack: La façon dont sont montés les projets et gérés les réalisations fait que tout est décidé au niveau de la direction. Les ingénieurs se retrouvent la plupart du temps devant le fait accompli. En fait, en cours de réalisation, il est fréquent que les grosses entreprises manipulent tous les intervenants hospitaliers. En revanche, leur suivi est indispensable car ce sont eux qui auront ensuite la responsabilité des installations.

Vous fustigez le coût toujours plus exorbitant des projets hospitaliers. Comment expliquer cette fuite en avant?

Patrick Breack: Il est vrai que le coût des projets hospitaliers ne cesse de croître alors que la situation financière des établissements de santé est de plus en plus critique. Le coût de construction a été multiplié par 2,5 en sept ans alors que se développe la chirurgie ambulatoire, qui permet de réduire les surfaces à construire. On surinvestit dans des technologies qui ne sont pas forcément indispensables. Et l'une de ces technologies concerne le traitement d'air.

Une étude menée en 2010 aux Etats-Unis et basée sur 394.000 patients dans 3.500 établissements de santé préconise ainsi de travailler en chirurgie orthopédique avec la même qualité d'air en renouvelant 20 volumes par heure au lieu de 50 volumes par heure en France. Ici, le calcul du traitement d'air est basé sur le volume général de la salle et non le volume à protéger. C’est du gaspillage qui n'a aucune justification microbiologique mais qui permet aux industriels de gagner beaucoup d'argent. Notamment avec les consommables: les filtres absolus qui stérilisent l'air coûtent cher. Pour financer ces installations, alors que les budgets son restreints, les hôpitaux sont contraints de supprimer des postes de soignants. Par conséquent, le risque d'amener en salle d'opération des patients mal préparés (toilette, préparation cutanée, changement des draps) est réel.

Je voulais évoquer ces surenchères technologiques et leurs conséquences financières. Surdimensionner les surfaces d'un hôpital et en particulier celles des salles d'opération, les systèmes de traitement d'air, les productions d'électricité ou de fluides médicaux n'apporte rien aux patients ni aux professionnels de santé, et force est de constater que les bénéficiaires se trouvent en dehors de l'hôpital.

Vous regrettez également la disparition des sas des blocs opératoires?

Patrick Breack: De plus en plus d'établissements ont tendance à simplifier à l'extrême les blocs opératoires et à éliminer des précautions qui étaient reconnues comme basiques auparavant et qui le sont toujours aujourd'hui. Je constate une tendance à éliminer les sas lors de la construction de nouvelles unités, alors qu'ils représentent une protection importante en termes de aérobiocontamination pour les patients en cours d'intervention en particulier en chirurgie conventionnelle. On ne prévoit plus de sas parce qu'on ne connaît pas les phénomènes aérauliques qui se produisent en salle d'opération et on pense que la surpression va tout régler, ce qui est inexact.

L'autre intérêt des sas est de permettre le rangement du matériel présent en grande en quantité dans les blocs opératoires, au lieu de stocker ces équipements dans les salles d'opération et les couloirs.

Quels risques font porter ces évolutions sur le bloc?

Patrick Breack: Les risques au sein du bloc sont multiples: risque anesthésique, risque électrique, d'incendie, d'exposition aux rayonnements ionisants, risques d'erreur de chute mais surtout risque infectieux. Il est à craindre que la première des conséquences subies par les établissements qui doivent assumer la charge financière d'un projet soit la baisse de qualité des soins par manque de personnel et l'augmentation des complications, notamment infectieuses.

Il est nécessaire aujourd’hui de continuer à préserver la sécurité et le confort des patients et des soignants tout en recherchant des économies.

Enfin, il est important de comparer les 2,2 milliards d'humains qui vivent avec deux et parfois moins d'une salle d'opération pour 100.000 habitants alors que nos pays riches disposent aujourd'hui de 14 salles d'opération pour le même nombre d'habitants. Cette réalité fait une nouvelle fois relativiser certains choix et s'interroger sur la débauche de moyens.

"Comprendre et concevoir le bloc opératoire", de Patrick Breack, aux éditions Hospihub, septembre 2018, 330 pages, 94 euros

gdl/nc

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