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"Pour les équipements de protection, c'est la débrouille tout le temps" (Hugues Lefranc, CH de Valenciennes)

Crédit : Shutterstock
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PARIS, VALENCIENNES, 22 avril 2020 (TecHopital) - L'approvisionnement en masques FFP2 reste très tendu, mais "nous essayons de maintenir les stocks pendant cette crise sanitaire qui va durer", a déclaré le 20 avril à TecHopital Hugues Lefranc, directeur des achats du CH de Valenciennes mais aussi du GHT du Hainaut-Cambrésis.

En cette période de crise sanitaire, "la priorité est à la gestion du quotidien, ce qui nous prend tout notre temps", a fait remarquer Hugues Lefranc. "Tout le monde a les mêmes besoins au même moment. Si normalement on a un système d'achats hospitaliers bien rodé, actuellement les fournisseurs habituels ne savent pas répondre à nos besoins."

L'hôpital valenciennois a donc dû trouver de nouveaux partenaires et "jusqu'à présent nous avons réussi à faire face", constate le directeur des achats.

Le CH est en effet l'établissement support du GHT du Hainaut-Cambrésis comprenant 12 établissements. "Nos besoins en équipements de protection individuelle (EPI) ont explosé, que ce soit pour les masques ou les blouses."

"C'est encore très tendu sur les masques FFP2", a-t-il fait remarquer. "Par chance la Chine est redevenue exportatrice." Mais les établissements n'ont pas l'habitude d'acheter en direct. "Sur ce marché des masques, nous rencontrons énormément d'acteurs, des producteurs chinois et des intermédiaires européens."

"Pour les masques de soins, les masques chirurgicaux, j'ai décidé de faire appel à une multinationale chinoise. En ce qui concerne les masques FFP2, l'offre est encore plus restreinte. Je fais appel à un intermédiaire que je connais. Les Chinois ne voulant pas gérer les transports, exigeant un paiement comptant à 100%, c'est à nous de trouver quelqu'un qui assure la logistique. Je passe donc par un intermédiaire, un Français en Asie que je connais, en qui j'ai confiance, qui fait de l'export. Nous avons reçu des échantillons que nous allons tester."

Les 750 fournisseurs chinois de masques doivent d'abord être référencés par leur gouvernement pour pouvoir exporter. Les masques sont testés sur place dans les laboratoires chinois. Les normes FFP2 correspondant à des normes européennes, seuls deux masques chinois peuvent être importés en tant que masques FFP2. Dans une circulaire datée du 5 avril, le gouvernement français a établi des tables de correspondance entre le système de référencement chinois et le système européen.

Sur le marché des masques, "on rencontre énormément d'intermédiaires nouveaux, des Français", a souligné Hugues Lefranc, "des intermédiaires qui faisaient du transport, mais qui ne connaissent rien au marché des masques". Résultat, "ces intermédiaires nous proposent des masques qui ne sont pas conformes à un usage médical. Les échantillons sont non conformes, les documentations fournies ne sont pas satisfaisantes.

"Quant au prix, il a explosé. Il a été multiplié par 5 voire 10. Nous avions des prix extrêmement tirés, car négociés par les centrales d'achats. Actuellement, nous ne passons plus par ces centrales. Nous sommes totalement dépendants du marché chinois", se désole-t-il. "Bien sûr nous bénéficions des dotations de l'Etat qui sont gratuites mais l'agence régionale de santé (ARS) est incapable de garantir des approvisionnements réguliers toutes les semaines."

Et l'acheteur d'ajouter: "Notre objectif est de constituer un stock car nous savons que la crise sanitaire va durer. L'idée est de disposer de quelques semaines de stocks pour voir venir."

En ce qui concerne les gants, sur le non tissé nous passons par UniHA qui organise des conférences téléphoniques toutes les semaines sur l'état du marché et "qui nous propose des alternatives en cas de pénurie".

En matière de surblouses, "la crise va durer longtemps. A Valenciennes, nous avons décidé de partir sur des blouses en tissu. Mais il a fallu trouver de nouveaux fournisseurs. Une entreprise de la région faisant des housses de sièges pour voitures a décidé de nous aider mais n'avait pas la matière pour produire quelque 500 blouses par jour. J'ai donc envoyé un mail aux associations, aux syndicats, aux écoles de textile. J'ai réussi à trouver le tissu et en 24 heures, nous avons réussi à réaliser un prototype avec la société GIA de Fourmies. En fait c'est la débrouille tout le temps", fait remarquer Hugues Lefranc.

En ce qui concerne les gels hydro-alcooliques, "ça a été tendu mais de nouvelles entreprises ont commencé à produire. Aujourd'hui nous avons 4 fournisseurs capables de nous alimenter. A chaque fois, le service hygiène de l'hôpital travaille avec la pharmacie pour tester les solutions, les gels hydro-alcooliques."

Pour les respirateurs, "notre problème ce sont les consommables qui manquent. Certains marchés sont captifs pour les valves, les filtres, les circuits, les chambres de mesure. C'est tendu, nous faisons régulièrement un point avec notre principal fournisseur de respirateurs. Sur les valves, nous travaillons sur des prototypes en résine, mais pour les remplacer il nous faut les plans en 2D, 3D des machines. Or le fournisseur n'a pas encore accepté de nous les transmettre. Nous avons d'ailleurs cherché l'appui de la direction générale de l'offre de soins (DGOS) sur cet aspect", a détaillé Hugues Lefranc.

Un GHT facilitateur d'approvisionnements

Interrogé sur les avantages de gérer les achats au niveau du GHT, le directeur des achats a expliqué qu'une conférence téléphonique était organisée chaque semaine avec les acheteurs des établissements partie. "Dès que nous trouvons des pistes d'approvisionnement nous les partageons. Nous essayons de trouver des solutions pour tous les établissements. A chaque établissement ensuite de passer à l'action". Chaque solution trouvée est partagée avec les autres directeurs des achats.

Actuellement, "les directeurs me font remonter de grosses tensions sur les masques FFP2".

Au sein du GHT, "nous avions commencé à mettre en place un plan de sécurisation des achats. Depuis fin décembre-début janvier nous avons alerté les établissements partie sur la nécessité de constituer des stocks".

"Il est clair que cette crise va pousser les acheteurs à mieux sécuriser leurs achats, leurs approvisionnements. A noter que l'acheminement d'une palette par bateau coûte 50 euros contre 4.000 par avion. Mieux vaut prévoir!"

Médicaments: une équipe renforcée

En ce qui concerne les médicaments, le CH de Valenciennes coordonne les achats pour toute la région Hauts-de-France via le groupement de coopération sanitaire (GCS) Pharma Hauts-de-France, composé de 90 hôpitaux.

Pour gérer au mieux les pénuries de curare et d'antibiotiques, "tout le monde ayant les mêmes besoins au même moment, nous avons fait évoluer nos pratiques". D'abord en renforçant le nombre d'acheteurs, passant de 2 à 4, ce qui leur permet de contacter tous les fournisseurs référencés afin de chercher parmi une palette de molécules du même type, celles qui pourraient remplacer la molécule manquante.

De plus, "nous réalisons un suivi très précis des stocks. Nous calculons les besoins au lit près grâce à la présence d'une pharmacienne dans le service de réanimation". Et enfin, "nous faisons attention à nos consommations. Les pharmaciennes s'assurent que les médicaments sont employés à bon escient".

Enfin, tous les 2 jours, "l'ARS nous demande de transmettre l'état de nos stocks". En cas de pénurie dans un établissement, l'agence régionale organise un dépannage d'un hôpital vers un autre hôpital.

"Etant donné que nous coordonnons cette plateforme, toutes les pistes trouvées sont partagées sur Pharma Hauts-de-France", a conclu Hugues Lefranc.

L'enquête du SNPHARE sur les EPI
Du 7 au 17 avril, le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE) a mené l'enquête pour évaluer l’évolution des capacités de protection des soignants et la prise en charge des soignants potentiellement contaminés, via un questionnaire diffusé à l’ensemble des praticiens hospitaliers (fichier du SNPHARE) et relayé sur les réseaux sociaux. Les résultats ont été publiés le 21 avril.
L’enquête a recueilli 1.305 réponses: 97% des répondants sont des médecins, 94% d’entre eux exercent en CH ou CHU. 48% sont exposés à des patients Covid dans les services d’hospitalisation, 26% en consultation, 26% au bloc opératoire ou en maternité, 21% en réanimation, 19% aux urgences. Dans 56% des établissements, le port du masque chirurgical est obligatoire, 14% des établissements n’ayant pas prévu cette mesure.
Les résultats concernant les EPI:
En début de crise sanitaire, seuls 26% des répondants disposaient d’un EPI minimal et de solution hydro-alcoolique (SHA) en quantité suffisante, contre 53% actuellement. L’accès aux SHA s’est amélioré depuis le début de la crise, mais n'est pas entièrement résolu. L’insuffisance ou l’absence de SHA concernait 10% des répondants, contre 5% actuellement.
  • L’accès aux masques chirurgicaux s’améliore, mais n’est pas encore possible partout (insuffisance ou absence de masque: 29% en début de crise contre 7% actuellement); de même que les masques FFP2 (32% contre 20%) et pour les lunettes de protection (47% contre 25%)
  • La disponibilité des blouses reste un sujet très problématique. La tension existe depuis le début de la crise sanitaire et ne s’améliore pas: 50% de pénurie pour les blouses étanches, 37% en début de crise contre 35% actuellement pour les surblouses en plastique. "Cela implique de limiter les interventions auprès du patient, ce qui lui est délétère, et/ou de prendre des risques de contamination pour soi-même", note le syndicat dans son communiqué de presse.
  • La disponibilité des gants couvrant les avant-bras est très faible: le manque ou l'absence s'élevaient à 72% contre 68% actuellement.

gdl/nc

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