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Premières recommandations techniques pour la conception d'une chambre d'isolement (Hopitech)

Murielle Gaillot, présidente de l'association TGPH (ex-ANDEHP) depuis 12 ans
Murielle Gaillot, présidente de l'association TGPH (ex-ANDEHP) depuis 12 ans

(Par Valérie LESPEZ, aux journées Hopitech)

PARIS-LA DEFENSE, 16 octobre 2018 (TecHopital) - Murielle Gaillot, présidente de l'Association des techniciens et gestionnaires du patrimoine hospitalier (TGPH), et Hubert Couturier, technicien supérieur hospitalier, ont présenté le 12 octobre, lors des Journées d'études et de formation des techniques et de l'ingénierie hospitalières (Hopitech) à Paris-La Défense, leurs premières recommandations pour la conception d'une chambre d'isolement en psychiatrie, préludes à un futur guide de prescriptions techniques.

TGPH et l'Association nationale des cadres et experts techniques hospitaliers (H360) avaient annoncé, en février 2017, leur intention de rédiger un guide de prescriptions techniques destiné notamment aux ingénieurs et techniciens hospitaliers pour la conception des chambres d'isolement (cf dépêche TecHopital).

"Notre objectif est de finaliser le guide pour la fin de l'année", a annoncé Hubert Couturier (qui exerce au centre hospitalier Henri-Laborit de Poitiers). Il sera "une aide, un fil d'Ariane", a expliqué Murielle Gaillot (établissement public de santé mentale -EPSM- de Fleury-les-Aubrais, Loiret) à APMnews en marge de la conférence. Il n'a pas vocation à être "limitatif" ni "exhaustif" mais "le fruit d'expériences menées dans les établissements".

La présidente de TGPH a insisté sur la pluridisciplinarité du groupe du travail qui a planché "pendant deux réunions de deux jours", avec ingénieurs qualité, cadres de santé, ingénieurs, techniciens supérieurs hospitaliers... L'Association nationale des responsables qualité en psychiatrie (ANRQ-Psy) a d'ailleurs rejoint la démarche.

Jean-Christophe Amato, cadre supérieur de santé à l'établissement public de santé (EPS) spécialisé en psychiatrie Ville-Evrard (Seine-Saint-Denis), membre du groupe de travail, a, à la tribune, interpellé les ingénieurs et techniciens présents dans la salle et loué les bienfaits de ce travail pluridisciplinaire: "En tant que soignant, on est confronté à votre technique, et souvent, on nous pose la question 'comment cela se fait que le patient ait pu démonter le radiateur ou qu'il ait pu retourner la porte?' Moi, la technique, je n'y connais pas grand-chose, mais j'ai des besoins pour que le patient ne se fasse pas mal et ne me fasse pas mal."

Il a souligné que le travail effectué aboutissait à des "pistes de réflexion et la réflexion doit être plurielle".

Murielle Gaillot a rappelé qu'il n'existait aucune norme pour la conception des chambres d'isolement et que "les pratiques diffèrent d'un établissement à l'autre, voire d'un pôle à l'autre".

Elle a aussi rappelé les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) dont le fait que l'isolement doit être utilisé en dernier recours et limité dans le temps.

Concrètement, le guide se déclinera en trois parties, ont décrit Hubert Couturier et Murielle Gaillot: la programmation, l'architecture et la technique et les matériaux.

Concernant la démarche de programmation, "il est indispensable d'avoir une équipe pluridisciplinaire. L'organisation de l'espace des chambres, le choix des matériaux et les équipements, cela intéresse le service technique, le service d'hygiène, et les équipes soignantes. Cela ne peut pas être simplement l'équipe technique qui rédige ce programme", a insisté Hubert Couturier.

Au rez-de-chaussée, avec une ouverture extérieure

Il faut d'abord situer la chambre d'isolement dans l'unité et "identifier le circuit du patient", pour qu'il n'ait pas à traverser tout le service, par exemple.

Une installation au rez-de-chaussée, avec un accès extérieur, est recommandée. La chambre doit être à proximité du bureau infirmier pour faciliter la surveillance. Si possible, une cour extérieure, sécurisée, peut "permettre la décompression du patient". Le sas "est incontournable pour la sécurité du personnel et éviter la fugue du patient", a aussi souligné Hubert Couturier.

Il a ensuite évoqué l'accès en permanence aux WC, "obligatoire", et l'accès à la douche, pour lequel "en revanche, il n'y a pas d'obligation". "Ce point doit être discuté avec l'équipe soignante. C'est à chaque établissement, suivant ses contraintes et ses expériences, de décider", a-t-il estimé.

Concernant la surface de la pièce, les soignants doivent pouvoir faire le tour du lit, donc "pas de tête de lit le long du mur", a précisé Hubert Couturier, préconisant un écart d'"un mètre minimum" entre le lit et le mur. Il recommande des surfaces minimum de 5 m² pour le sas, 15 m² pour la chambre et 7 m² pour la salle de douche. "Evidemment, ces surfaces ne sont pas figées et peuvent évoluer selon les orientations thérapeutiques et les possibilités de stockage", a-t-il précisé.

Pour "garantir un accès sécurisé aux soignants", il est préconisé que les portes soient placées de façon à voir au maximum dans la chambre, avec une ouverture sur l'extérieur et un oculus, occultable si le sas donne accès à deux chambres.

"Il faut deux accès pour pouvoir entrer simultanément dans la chambre, et en axe opposé, si possible", a-t-il ajouté. Il faut "couper les quatre angles de la pièce pour que le patient ne puisse pas se dissimuler ou se mettre en position d'attaque".

La couleur des murs "aussi neutre que possible"

Concernant la conception architecturale, il faut privilégier la lumière naturelle, avec la contrainte que le patient doit voir dehors mais ne doit pas être vu de l'extérieur, que la fenêtre doit être solide pour éviter fugues et intrusions, et qu'il faut assurer une bonne ventilation de la pièce.

Le plafond doit être "le plus haut possible" avec "un minimum de 3 mètres" et les murs d'une couleur "aussi neutre que possible".

Au chapitre de la technique et des matériaux, il est préférable, pour la climatisation, d'utiliser un système gainable, avec une grille au plafond, "mais pas au milieu car le patient va passer du temps allongé sur son lit à regarder le plafond", a fait remarquer Murielle Gaillot.

Le système de chauffage à privilégier est le plancher chauffant, si c'est possible. Sinon, les caches radiateurs sont indispensables, mais "le souci, souvent, c’est l'hygiène", a-t-elle relevé.

Pour les murs, "oubliez le capitonnage", a relevé Murielle Gaillot, proposant trois solutions: des parpaings enduits avec une peinture de finition, des panneaux en résine, ou du placo haute dureté revêtu d'une protection plastique. "Ce sont des pistes, il faut aller voir les fournisseurs, ne pas rester dans son pré carré, et contacter ses collègues [des autres métiers]", a-t-elle encouragé.

Quant au revêtement de sol, "la résine est un bon compromis" par rapport au sol plastique "qui s'arrache trop facilement, ou le carrelage qui est froid et dont les joints sont fragiles", a-t-elle résumé.

Elle a aussi, notamment, insisté sur le fait que portes et serrures doivent être résistantes au choc et permettre l'isolement acoustique. Surtout, "les gonds, les serrures, tout est sur l'extérieur". "Il faut que, côté patient, tout soit lisse; c'est vraiment un impératif du groupe de travail; il faut qu'il n'y ait pas de préemption, que rien ne puisse se détacher."

Murielle Gaillot et Hubert Couturier ont également listé quelques équipements, comme le lit, "fixé au sol, robuste et indémontable", ou constitué d'un matelas et d'un sommier en mousse posé au sol, en fonction de la configuration des lieux, ou encore la possibilité d'utiliser du mobilier en mousse pour les repas, "mais attention au stockage et à l'hygiène".

La présence d'un appel malade est une recommandation de la HAS, a ensuite rappelé Murielle Gaillot, et "il faut que l'équipe pluridisciplinaire se creuse les méninges", car le patient doit pouvoir y accéder même quand il est en contention, et alors qu'un écart d'un mètre entre la tête de lit et le mur est donc recommandé.

Elle a préconisé une "libre réflexion des équipes soignantes sur l’utilisation d’enceinte encastrée pour la diffusion de musique", ainsi que sur l'éventuelle installation de la télévision. "L'équipe doit se poser la question des intentions pour la chambre d’isolement", a-t-elle insisté, soulignant que le patient n'est pas censé y rester longtemps et soulevant la problématique d'un éventuel "trop grand confort", par rapport aux autres patients...

Une prochaine réflexion sur les espaces d'apaisement

Lors des questions-réponses avec la salle, une personne du centre hospitalier (CH) du Vinatier à Bron, près de Lyon, a expliqué que dans les chambres d'isolement de son hôpital, '"une banquette" en béton, encastrée dans le mur, "favorise l’échange et permet aux soignants d'avoir un autre endroit que le lit du patient pour s’asseoir", ce qui a fortement intéressé les membres du groupe de travail.

Pour finir, Murielle Gaillot a souligné que le futur "guide pourra aussi servir à tous les hôpitaux qui doivent mettre en sécurité leurs patients", dans les services d'urgence, par exemple. Et Hubert Couturier a annoncé que le groupe de travail -dans une composition pouvant être élargie ou différente- envisageait de plancher, en 2019, sur les espaces d’apaisement.

vl/sl/gdl/nc

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