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Reconversion du sanitaire vers le médico-social: l'exemple atypique d'un SSR devenu MAS

LILLE, 17 septembre 2014 (APM) - Un exemple de reconversion du sanitaire vers le médico-social, en l'occurrence celle d'une structure de soins de suite et de réadaptation (SSR) fonctionnelle de 160 lits en une maison d'accueil spécialisée (MAS) de 40 places pour adultes handicapés psychiques, à Thuès-les-Bains (Pyrénées-Orientales), a été présenté lors de l'université d'été de la performance en santé organisée à Lille fin août par l'Agence nationale d'appui à la performance (Anap) des établissements de santé et médico-sociaux.

Cette opération a été décrite lors d'un atelier par Jean-Louis Benaval, directeur général de l'Association pour l'autonomie des personnes handicapées (Apaph) "Les sources de Thuès", qui gérait le SSR et gère la MAS, et Guy Laurent, chargé de mission à l'Apaph.
 
Cette reconversion est aussi retracée dans une nouvelle publication de l'Anap nommée "L'accompagnement médico-social des personnes adultes handicapées psychiques, retours d'expérience de reconversions ou de créations". Cette publication de 120 pages retrace les retours d'expériences de 12 gestionnaires sanitaires et médico-sociaux, et donne des clés pour inciter et réussir une telle reconversion.
 
Le "basculement" du champ sanitaire vers le médico-social de l'établissement de l'Apaph s'est opéré en 10 ans, a expliqué le directeur général de l'association. Il a eu la particularité de faire intervenir des acteurs du privé -l'Apaph- et du public -le centre hospitalier (CH) de Thuir, spécialisé en psychiatrie.
 
Le centre thermal de rééducation et de réadaptation fonctionnelle (CTRRF) de Thuès-les-Bains a été créé en 1963 par l'association. Il comptait un service de neurologie et un service de traumatologie pour personnes âgées. "Cet établissement, qui se portait tout-à-fait normalement par rapport aux objectifs fixés, se trouvait dans un département [...] richement doté en places de rééducation fonctionnelle", qui avaient l'habitude d'accueillir des patients issus d'autres régions, a précisé Jean-Louis Benaval.
 
"Quand les schémas régionaux se sont mis en place, on nous a demandé de faire des prises en charge de proximité", a-t-il raconté. "Nous avions une file active constituée à 80% de patients de la plaine, à 60 km de chez nous, [...], des patients transférés de plus en plus tôt, avec des risques de réhospitalisation", a relevé le directeur, ajoutant au tableau "des départs programmés à la retraite de nos médecins, une attractivité faible du canton", et des tensions de recrutement paramédical.
 
Le constat, partagé entre l'association et, à l'époque, l'ex-agence régionale de l'hospitalisation (ARH) Languedoc-Roussillon, a été d'arrêter l'activité SSR. L'association, qui détenait cette seule autorisation de soins, était "prête à se dessaisir" de son établissement, "à condition de maîtriser ce transfert", a expliqué son directeur. Elle avait aussi la volonté de "ne pas abandonner le canton".
 
Parallèlement, l'ARH voulait que le CH de Thuir, situé à 45 minutes du CTRRF, réduise la durée de séjour de ses patients chroniques, dont certains étaient hospitalisés depuis plus de 15 ans, peut-on lire dans la publication de l'Anap.
 
"On s'est rendu compte qu'il y avait un projet à porter en lien avec les équipes hospitalières pour les personnes handicapées psychiques, et que c'était pour nous une possibilité d'un maintien partiel d'enveloppe, tout en répondant à un besoin de santé de proximité", a fait valoir Jean-Louis Benaval. "On avait dans nos manches aussi des fonds propres solides pour convaincre la tutelle qu'on avait les moyens de le faire".
 
L'Apaph s'est par ailleurs associée dès l'origine aux associations de familles (Unafam 66) et de patients (un groupe d'entraide mutuelle -GEM- "proche"), a-t-il ajouté.
 

Des va-et-vient entre la future MAS et l'hôpital

 
L'association et l'hôpital avaient "un intérêt commun à agir", notamment parce que les futurs usagers de la MAS étaient les patients de l'hôpital. "Après quelques résistances bien légitimes, un vrai travail s'est fait dans le cadre d'une équipe mixte pour [...] bien maîtriser les besoins des usagers et donc les compétences à acquérir pour nos équipes". Le directeur a souligné le "gros travail à faire sur la formation".
 
Guy Laurent, qui est intervenu lors de l'atelier, a précisé qu'il était au moment du projet cadre supérieur de pôle au CH de Thuir. "On s'est organisé en unité de préparation à la future MAS [...] avec 24 patients chroniques". Ont été mis en place "des va-et-vient avec le centre de rééducation" pour des "activités conjointes et partagées".
 
"Ce travail croisé a permis au personnel du centre de rééducation de s'approprier quelques concepts, quelques idées de ce qu'est la maladie mentale, parce que c'était loin de leurs préoccupations [professionnelles] à l'époque", a-t-il expliqué.
 
"Nous avons aussi [...] travaillé sur les bienfaits de la reconversion [de la prise en charge] des patients psychotiques en MAS [...]. On a initié toute une batterie de tests que l'on validera un an après l'ouverture de la MAS, des tests psychométriques et [...] sur le comportement et les troubles du comportement des malades psychotiques", a ajouté le chargé de mission de l'Apaph. Il a par ailleurs souligné le travail réalisé avec le centre régional d'études, d'actions et d'informations en faveur des personnes en situation de vulnérabilité (Creai).
 
Une convention de partenariat a été signée entre l'hôpital et l'association, où il était notamment abordé la formation continue "avec accueil dans le service pour découvrir les futurs usagers", les admissions (procédure, typologie des futurs usagers), les séjours de rupture "pour faciliter la fluidité avec l'hôpital qui pourra reprendre le patient si besoin sans passer par les urgences", et les mises à disposition hospitalières avec des vacations de psychiatre et d'infirmier.
 
La convention prévoyait aussi les futures coopérations. Les deux partenaires envisagent de créer un groupement de coopération social et médico-social (GCSMS) afin de répondre à un appel à projets pour l'ouverture d'un service d'accompagnement médico-social pour adultes handicapés (Samsah). La MAS est déjà membre du groupement de coopération sanitaire (GCS) Pharmacoopé, qui gère la pharmacie à usage intérieur (PUI) du CH et assure la dispensation médicamenteuse auprès des autres membres.
 

Plus de 60% des salariés de la MAS travaillaient dans le SSR

 
"On a réussi à ne fermer l'établissement que 15 jours entre les deux phases", s'est réjoui Jean-Louis Benaval. La MAS a ouvert en octobre 2010. "Jusqu'en 2012, on a continué les formations sur la prise en charge du handicap psychique [...], le rôle du référent, la méthodologie de projet, la mise en place d'un projet d'établissement, du CVS [conseil de la vie sociale]", a expliqué Guy Laurent. Certains personnels du SSR ont suivi des formations qualifiantes, notamment d'aide médico-psychologique (AMP).
 
Dans l'ouvrage de retour d'expériences publié par l'Anap, il est par ailleurs indiqué que d'un point de vue budgétaire, une partie des moyens alloués au CTRRF a été transférée sur un autre SSR. "Le financement des 21 premières places de la MAS est issu des crédits sanitaires précédemment utilisés pour la rééducation fonctionnelle (80 lits au moment de l'arrêt de l'activité)".
 
Par ailleurs, la capacité d'accueil du CH de Thuir a été réduite de 25 lits d'hospitalisation, et les moyens correspondants ont été affectés à la création d'une équipe mobile de psychogériatrie et au renforcement des activités d'autres secteurs d'établissement, indique l'Anap.
 
En matière de ressources humaines, l'agence précise dans son document que la transformation d'activité s'est accompagnée d'un plan social, la structure passant d'environ 90 salariés à 60. "Ont été majoritairement concernés les salariés les plus proches de l'activité de rééducation fonctionnelle (praticiens hospitaliers, kinésithérapeutes, pharmaciens, etc.)".
 
L'Anap note aussi que "les professionnels intervenant à ce jour à la MAS exerçaient, pour près des deux tiers d'entre eux, au sein du centre de réadaptation fonctionnelle".
 
vl/ab

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