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Les hôpitaux d'Alsace-Lorraine se sont réorganisés de fond en comble lors de la première vague de Covid-19

Crédit: iStock/Juanmonino
Crédit: iStock/Juanmonino

NANCY, MULHOUSE, STRASBOURG, 26 novembre 2020 (TecHopital) - Les hôpitaux des ex-régions Alsace et Lorraine ont été contraints de réorganiser leur activité et de redéployer leur personnel à marche forcée lors de la première vague de Covid-19, ont rapporté des membres de la direction du CHU de Nancy, du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA) et des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), lors du Séminaire national des hospitaliers (SNHosp) qui s'est tenu les 18 et 19 novembre en visioconférence.

Si les HUS ont accueilli leur premier patient hospitalisé en raison du Covid-19 le 25 février, les trois établissements ont été touchés en premier lieu par une augmentation rapide du volume d'appels gérés par leur Samu-centre 15 respectif.

Dès les premiers jours de mars, le GHRMSA a dû renforcer ses effectifs au Samu en faisant appel aux internes et à des assistants de régulation médicale (ARM) supplémentaires, puis aux secrétaires médicales alors qu'un important foyer épidémique s'était déclaré une semaine plus tôt lors d'un rassemblement religieux à Mulhouse.

Deux salles de régulation supplémentaires ont été ouvertes successivement les 4 et 7 mars pour faire face à l'augmentation du volume d'appels (2.000 par jour contre 500 en période normale), la première au sein du GHRMSA et la seconde au sein de la préfecture du Haut-Rhin, tandis que le CHU de Strasbourg a également ouvert une salle de délestage pour soulager son Samu dès le 4 mars.

Des filières Covid créées dès les premiers jours

Pour accueillir les premiers patients Covid, les trois établissements ont également dû réorganiser leur filière d'urgence et de médecine, en convertissant souvent des unités de médecine post-urgence et des unités de maladies tropicales infectieuses.

"Très rapidement, on a été obligé de repenser complétement l’organisation de l’hôpital de façon à mettre en place une filière qui est devenue quasi exclusive pour les patients Covid", a rapporté le Pr Christian Rabaud, président de la commission médicale d'établissement (CME) du CHU de Nancy, lors de son intervention au SNH. "Tout à coup, on est devenu un véritable hôpital de guerre orienté vers […] la prise en charge des patients Covid."

Parallèlement à la réorganisation de leurs services de médecine, les hôpitaux d'Alsace-Lorraine ont rapidement été contraints d'augmenter leur capacité en lits de réanimation pour prendre un charge un nombre croissant de cas graves.

Si le GHRMSA avait commencé à déprogrammer ses activités non urgentes dès le 6 mars, une semaine avant la consigne de déprogrammation nationale, le Pr Rabaud a mis en avant les limites de cette mesure: "La déprogrammation permet de libérer des lits mais s’avère rapidement insuffisante, il faut transformer des salles de SSPI [salles de surveillance post-interventionnelle] ou de soins continus en réanimation, et redistribuer complètement nos RH [ressources humaines]".

Le CHU de Nancy est ainsi passé d'une capacité initiale de 70 lits de réanimation à près de 160 lits au pic de l'épidémie, dont "90% consacrés à la prise en charge des patients Covid".

Mobilisation et réorganisation de l'ensemble du personnel

Aux HUS, qui ont doublé leur capacité en lits de réanimation (97 lits) pour accueillir jusqu'à 181 patients Covid, les renforts des équipes de réanimation se sont en grande partie faits grâce à la mobilisation des équipes du CHU, a rapporté Armelle Drexler, directrice du pôle affaires médicales des HUS, en saluant "l'effort exceptionnel de la communauté professionnelle des HUS" lors de son intervention jeudi au SNHosp.

Le CHU strasbourgeois a également fait appel au volontariat, mais le profil des volontaires n'était souvent pas adéquat avec un exercice dans une unité Covid, a-t-elle souligné, en citant des médecins retraités âgés ou des professionnels présentant des maladies chroniques. Elle a indiqué que seuls 10 volontaires avaient finalement été recrutés pour renforcer les équipes HUS.

Elle a cependant mis en exergue le rôle des renforts de médecins anesthésistes-réanimateurs (MAR) et de médecins intensivistes-réanimateurs (MIR) venus d'autres établissements, grâce au relais des praticiens des HUS, des sociétés savantes, mais aussi d'un démarchage direct des directions des établissements moins touchés par la première vague.

La majorité (70,8%) de ces 48 médecins sont venus d'autres régions, comme la Bretagne, Pays de la Loire ou Auvergne-Rhône-Alpes.

Au CHU de Nancy, une cellule de réaffectation des personnels a été créée pour piloter la répartition du personnel dans ce contexte de crise.

"Cette cellule a fonctionné en s’appuyant sur la direction des affaires médicales et la directions de soins", a expliqué le directeur général du CHU, Bernard Dupont, mercredi au SNHosp, en mentionnant "un gros effort de formation accéléré pour ceux qui étaient destinés à aller dans les services de réanimation et de soins cliniques".

Les internes du CHU de Nancy avaient également créé une cellule de recrutement et de répartition des internes volontaires sur la subdivision de Nancy.

Une équipe spécifique pour le décubitus ventral, forte de 65 volontaires, a été créée pour renforcer les réanimations pour cette "opération compliquée et très consommatrice de moyens", avec un bilan de 370 manipulations effectuées pendant la première vague.

Des outils de pilotage créés pendant la crise

"En termes de gouvernance et de pilotage, il était nécessaire pour nous de disposer d'outils pour savoir à la fois ce qu’il se passe et ce qu’il va se passer", a rapporté de son côté le Pr Rabaud, en mentionnant la création d'un "recueil exhaustif et instantané des besoins et de l’occupation des lits de réanimation sur le bassin de Nancy et sur les bassins avoisinants".

Le CHU de Nancy s'est doté d'un outil de modélisation de l’épidémie "pour tenter de prédire le pic épidémique notamment pour prédire les besoins de lits dans la région".

"Ces données qui ont pu être modélisées nous ont permis de pouvoir communiquer aux personnels sur ce qu’il allait se passer et la façon dont il fallait gérer nos efforts", a rapporté le président de CME du CHU.

De son côté, la directrice des ressources humaines du GHRMSA, Caroline Belot, a mis en avant le rôle joué par l'unité "Ressources et soutien aux professionnels" mise en place au printemps pour accompagner le personnel, lors de son intervention au SNHosp.

Parmi les enseignements tirés de la crise, Bernard Dupont a cité le travail de gouvernance partagée entre les médecins et la direction du CHU de Nancy: "Ce sont des éléments à conserver pour l’avenir."

"Les directeurs ont découvert que les médecins savaient gérer et les médecins ont découvert que les directeurs étaient préoccupés d'éthique", a schématisé en plaisantant le directeur général.

gl/gdl/nc

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