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Ehpad plus écolos: une méthodologie basée sur l'expérience d'un directeur

Capture d'écran de Dominique Gelmini et des panneaux solaires de son Ehpad de Jasseron au congrès Longevity, décembre 2020.
Capture d'écran de Dominique Gelmini et des panneaux solaires de son Ehpad de Jasseron au congrès Longevity, décembre 2020.

PARIS, 11 janvier 2021 (TecHopital) - La consultante en gérontologie Aurélie Aulagnon a rédigé un livre blanc pour aider les Ehpad à effectuer leur transition écologique à partir de la démarche initiée par Dominique Gelmini, directeur d'un établissement associatif de l'Ain.

Le congrès Longevity, organisé virtuellement depuis Bordeaux début décembre, a été l'occasion pour Aurélie Aulagnon de présenter son livre blanc, intitulé "5 clés pour faire entrer les Ehpad dans la transition écologique" avec 5 axes: "débuter", "oser", "investir", "faire participer" et enfin "partager".

Pour rédiger cette "méthodologie" à destination des établissements, la consultante en gérontologie s'est appuyée sur sa consoeur Elodie Llobet (du cabinet Generacio) qui souhaitait "mailler les enjeux de la transition démographique avec ceux de la transition écologique", et sur Dominique Gelmini, directeur depuis 22 ans de l'Ehpad associatif Saint-Joseph de Jasseron, près de Bourg-en Bresse.

De 11 à 3 tonnes de déchets par an

Lors du congrès, il a relaté avoir débuté en 2007, avec l'installation de "panneaux solaires pour l'eau chaude" et d'une "cuve de récupération d'eau de pluie pour alimenter les chasses d'eau", sans pour autant à l'époque avoir "d'organisation particulière".

La vraie formalisation de la démarche de "responsabilité sociétale des entreprises" (RSE) et de développement durable" date de 2013, avec la sélection de son Ehpad par la Fédération nationale avenir et qualité de vie des personnes âgées (Fnaqpa) parmi 15 autres établissements "pour travailler en amont sur des solutions".

En guise "d'angle d'attaque", il est parti sur "les déchets alimentaires", et sur "les achats", avec l'idée que "si on jette c'est qu'on achète trop, et que quelque part, on achète mal", a-t-il résumé, encourageant ses confrères à "regarder les poubelles", véritable "trésor" permettant de "trouver des solutions sans que cela coûte cher".

Le budget cuisine "augmentait chaque année sans que je comprenne pourquoi". Il a fallu un audit et remercier le chef qui avait des pratiques peu loyales. Surtout, l'Ehpad recensait alors "290 grammes de déchets par jour sur 4 repas par résident", soit 11 tonnes de déchets par an.

"On a réduit l'achat de viande d'un quart, les légumes de 30% et les résidents mangeaient toujours aussi bien", a-t-il raconté, faisant remarquer que "pour d'autres, ce sera peut-être un autre [type de] déchet qui permettra de démarrer" la démarche.

D'une pierre deux coups, cela va "vous dégager des marges vous permettant de poursuivre et d'auto-financer tous les projets à venir".

Avec ces mesures, Dominique Gelmini a vite constaté "une économie annuelle, donc pérenne, de plus de 40.000 euros, réinvestis dans les luminaires passés en LED, des fours vapeur permettant de conserver la tendreté des viandes, et du matériel de cuisine limitant les TMS" (troubles musculo-squelettiques).

Dernière étape côté cuisine, "un vaste chantier en 2015 pour agrandir la salle de restaurant" et passer à un service à l'assiette, "permettant de surveiller les quantités et l'appétit de chacun".

Résultat, l'Ehpad est arrivé à "3 tonnes de déchets par an". Last but not least, une machine permet d'en récupérer 300 kilos "qui s'apparentent à un engrais que l'on place dans les jardins de l'Ehpad" et du personnel.

"Tout cela nous a permis de gagner du temps de travail, donc d'acheter un peu mieux, et d'acheter des légumes à un maraîcher bio" du territoire, a ajouté Dominique Gelmini. Et tout cela, sans augmenter le prix de journée.

Les économies ont permis de créer des postes de soignants

Ce cercle vertueux donne des effets concrets, puisque les économies ont permis, en octobre 2017, de créer "2,5 postes d'aide-soignante et 0,5 d'infirmière".

"Cela a validé une démarche pour le personnel. Je crois que c’est dans cette idée-là qu'il faut arriver à vendre le projet, à oser le construire. Et au fur et à mesure voir qu'il y a plein d'opportunités, et de subventions que l'on peut obtenir", encourage-t-il.

Pas de miracle toutefois, impossible "d'embarquer tout le monde en même temps, car il est peu évident d'intéresser les aides-soignantes quand on parle du déchet de cuisine", reconnaît-il. "Il faut réfléchir à chacune des lignes, à chaque métier, à comment aborder cela, et embarquer au fur et à mesure les équipes."

Une fois l'équipe cuisine investie, c'est l'équipe d'entretien qui a mis en place le nettoyage vapeur, et supprimé "une bonne partie des produits chimiques", engendrant là encore "plein d'économies de gestion indirecte sur le port de masques et de gants".

Les soignants ont été plus lents à démarrer, notamment à cause "d'un escroc" qui a fait croire que son système pouvait permettre de "valoriser" les déchets de protections. Et puis, juste avant de commencer "le tri sélectif dans les étages", le Covid est passé par là. Un projet repoussé à 2021.

L'Ehpad de Jasseron, c'est aussi "130.000 euros de factures d'eau, d'électricité et de gaz par an, ce qui représente 3,5 postes. On a des attitudes à changer, des petits gestes du quotidien pour agrandir encore les effets du premier cercle vertueux", poursuit le directeur.

Les effets sur les résidents sont encore hétérogènes. Cela représente "une forme de fierté" pour les personnes âgées, qui sans comprendre "tous les enjeux, apprécient la démarche". Mais "leur demander de participer, c'est autre chose…" Idem du côté des familles, qui approuvent les mesures, "mais n'ont jamais le temps de participer".

Toutefois, Dominique Gelmini entrevoit des conséquences positives en termes d'intégration dans le territoire. "Au village de Jasseron, on est des habitants comme les autres, la RSE consiste aussi à avoir un rôle dans la société, en tant qu'association, on fait société", souligne-t-il.

"Nous avons ouvert une partie du terrain pour construire un marché dominical avec la mairie. Cela crée de l'animation." Et la cuisine de l'Ehpad élabore le repas des enfants de l'école.

"Garder son autonomie d'action" et être "des passeurs"

L'idée est que "les petits pas que l'on fait aujourd'hui servent demain", pour "enclencher un système, [qui soit] repris par les équipes pour qu'il reste pérenne, car s'il reste au niveau de la direction, ça ne marche pas", dit fort à propos celui qui partira bientôt à la retraite.

"Partager avec ses équipes est donc très important, même si elles sont prises dans leur travail et que cela leur passe parfois au-dessus", insiste-t-il.

"Soyons des 'passeurs' pour irriguer un peu toute cette profession, créer de la vie 'écolonomique' un peu partout", encourage Dominique Gelmini.

Il conseille de "trouver la faille qui va permettre d'être autonomes, parce que si on attend une subvention, on va entrer dans quelque chose de compliqué".

"Ce n'est pas toujours facile de discuter avec les ARS [agences régionales de santé] et les départements sur certains investissements. Donc notre choix me paraît bon de garder l'autonomie de notre action", insiste-t-il.

Sur le bâti, il perçoit "des évolutions" au sein des départements, même si elles restent "lentes".

"Quand on dit qu'on va faire un bâtiment un peu plus cher, ils comprennent mieux qu'on va faire des économies dans le coût de fonctionnement, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années", se réjouit-il, invitant toutefois, tant que c'est possible, à "se passer des élus".

D'autant que "souvent, la loi arrive après les essais sur place, donc lançons-nous, osons, faisons des choses".

Tout en restant humble... "Il ne faut pas croire qu'on va révolutionner la planète, c’est long, mais il faut y aller doucement."

Un questionnaire pour les directeurs d'Ehpad
Dans le cadre de son mémoire de master 2 "Politiques publiques de santé" effectué à Sciences Po Grenoble, Aurélie Aulagnon va poursuivre le travail.
"A partir du livre blanc", elle va aller à la rencontre des directions d'Ehpad, "pour voir comment ils entrent -ou pas- dans la transition écologique et pour quelles raisons", via un questionnaire que chaque directeur est invité à remplir avant le 20 janvier. Il s'agira ensuite de "chercher les moyens de les accompagner, savoir s'ils ont besoin d'aide financière, de formation" ou encore "de coercition".
A la fin, la consultante en fera une synthèse et proposera "des améliorations" auprès par exemple des autorités de tarification.

cbe/gdl/ab

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