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Une sonde d'échographie en cause dans une épidémie d’infections du site opératoire au CHU de Caen

Une épidémie d’infections du site opératoire à Serratia marcescens survenue en 2018 au CHU de Caen a été associée à l’utilisation non conforme d’une sonde d’échographie lors d'opérations d'hépatectomie, rapportent dans The Journal of Hospital Infection les soignants ayant conduit l'investigation autour des cas.
Serratia marcescens est une bactérie opportuniste à l'origine d'infections associées aux soins, notamment en soins intensifs. Elle peut se diffuser facilement dans l'environnement et contaminer le matériel médical, rappellent Antoine Géry du CHU de Caen et ses collègues.

Ils décrivent ici les investigations qu'ils ont menées lors de l'identification de 4 cas d’infections du site opératoire précoces à Serratia marcescens dans le service de chirurgie digestive de leur établissement, en août 2018. Les souches présentaient le même profil de résistance aux antibiotiques.

Après alerte de l'équipe opérationnelle d’hygiène (EOH), la salle d'opération concernée a été fermée. Une analyse rétrospective a permis d'identifier qu'au total, 8 cas d’infections du site opératoire étaient survenus entre avril et août 2018 au sein du même service.

Deux points communs ont été identifiés: tous les patients étaient venus pour des opérations d'hépatectomie avec échographie peropératoire, et ils avaient été opérés dans la même salle d’intervention.

Une analyse menée sur 67 prélèvements microbiologiques de l’environnement et de matériels n'a au départ pas permis d'identifier de source de contamination.

Mais une nouvelle inspection de la sonde d’échographie a permis de constater qu'elle comportait une zone détériorée, à savoir un décollement entre le manchon et le câble. L'analyse des pratiques locales a en outre révélé que la sonde était directement en contact avec le site opératoire car utilisée sans gaine, et que son entretien n'était pas réalisé conformément aux recommandations (absence de désinfection terminale après nettoyage).

Un nouveau prélèvement a donc été réalisé par immersion de la sonde dans de l'eau stérile et injection d'eau dans le manchon et cette fois, Serratia marcescens a pu être isolée. Cette souche présentait le même profil de résistance aux antibiotiques que celles isolées chez les 8 patients.
La sonde a été utilisée 9 fois au total, cas index compris. Le seul patient n'ayant pas été infecté avait été en contact avec la sonde pendant une durée très limitée.

Aucun autre cas n'a été rapporté depuis l'identification de la source de la contamination et du déploiement de mesures correctives.

Les auteurs font valoir le fait que leur investigation a permis de détecter tous les patients concernés y compris le cas index, d'identifier la cause de l'infection du site opératoire et de trouver le mécanisme lié à la formation du réservoir bactérien. Ils indiquent à ce titre qu'une analyse aussi complète n'a jamais fait l'objet d'une publication.

En cas de suspicion de contamination d'un dispositif, ils recommandent de procéder comme ils l'ont fait, c'est-à-dire en rinçant le dispositif avec de l'eau stérile et/ou en injectant de l'eau stérile dans les recoins inaccessibles du dispositif.

Les chercheurs estiment que leur investigation a permis de soulever un certain nombre de questions relatives aux pratiques cliniques. Déjà, le fait que l'importante activité chirurgicale laisse peu de temps aux soignants pour vérifier correctement l'équipement et procéder à un entretien adapté d'une part, et pour suivre des formations pratiques et maîtriser la procédure d'autre part.

Ils pointent également que l'utilisation d'une sonde sans gaine est une pratique habituelle chez les chirurgiens qui souhaitent ainsi avoir une meilleure vue chirurgicale, mais rappellent que cela n'est pas sans risque du point de vue des infections liées aux soins.

La contamination des patients ne pouvait par ailleurs pas être prévenue par l'antibioprophylaxie recommandée (soit 2 g de céfazoline) puisque cet antibiotique est sans effet sur Serratia marcescens, notent les auteurs.
Selon eux, il est essentiel d'utiliser une gaine stérile à usage unique placée sur le bout de la sonde pour l'échographie lors des hépatectomies, afin d'éviter les infections peropératoires.

(The Journal of Hospital Infection, publication en ligne du 12 février)

sb/gdl/ab

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