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Violences : les hôpitaux face à des actes de plus en plus nombreux

PARIS, 13 juin (Direct Hôpital) - Les signalements de violences faits par les établissements de santé ont presque doublé en 2012, montre le dernier rapport de l'Observatoire des violences en milieu de santé (ONVS). Le texte présente quelques initiatives d'établissements pour prévenir ces actes.

Chaque année, le nombre de signalements reçus par l'ONVS augmente. L'Observatoire en a reçu 11.344 en 2012 contre 5.760 en 2011.  Ils sont venus de 352 établissements contre 337 un an plus tôt. Cette augmentation est en grande partie due à l'utilisation par plus d'établissements de la plateforme de l'ONVS, qui remplace des outils internes. L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a ainsi rejoint le dispositif et déclaré 3.038 incidents.
 
Cette plateforme enregistre tous les actes de violences, tant à l'encontre des personnes que des biens. Elle permet aux établissements de procéder aux signalements "au fil de l'eau", alors qu'ils les saisissaient auparavant en une fois, de manière moins exhaustive, a expliqué la responsable de l'ONVS Rachel Ferrari, mardi lors d'une conférence de presse.
 
L'augmentation des déclarations traduit aussi une volonté accrue des établissements de ne pas "laisser passer" les actes violents, tout en prenant mieux en compte les risques psychosociaux, selon le chef du département stratégie ressources de la DGOS, Clara de Bort. "On encourage les agents à ne pas rester seuls avec cela" et "gérer l'agression, c'est aussi la signaler", a-t-elle ajouté.
 
Utiliser la plateforme peut aider un établissement à évaluer sa situation et à développer sa politique de prévention, ont ajouté les deux responsables.
 

Les mesures organisationnelles avant la technique

 
L'ONVS a réalisé 15 visites de terrain en 2012 durant lesquelles il a pu formuler des recommandations, à la demande des établissements où à la suite d'événements particuliers, comme l'enlèvement d'un nourrisson à la maternité régionale universitaire de Nancy.
 
Clara de Bort a noté que les hôpitaux "se précipit[ai]ent" parfois sur des mesures techniques, comme les caméras, avant d'avoir pris les mesures organisationnelles nécessaires, notamment pour fermer certains accès. Rachel Ferrari a souligné l'importance de la concertation, évoquant un établissement qui avait mis en place un dispositif d'identification biométrique coûteux, que le personnel a mis hors service parce qu'il gênait, selon lui, son activité.
 
Le rapport met en avant trois établissements parmi les onze retenus en 2012 à la suite d'un appel à projets de la DGOS sur les risques psycho-sociaux: le CH de Montluçon (Allier), celui de Niort (Deux-Sèvres) et le CHU de Rouen (Seine-Maritime). A Montluçon, la prévention et l'accompagnement des personnels face aux actes de violence est prise en compte dans le cadre du contrat d'amélioration des conditions de travail 2011-2013 (CLACT).
 
A Niort, où le sentiment d'insécurité a progressé (32% en 2012, contre 28% en 2008), le personnel est formé afin de développer des compétences en matière de communication non-violente et de gestion de l'agressivité. L'agressivité des patients et accompagnants est vue comme l'une des causes principales de ce sentiment d'insécurité, tout comme la charge de travail trop élevée et le travail seul la nuit et le weekend.
 
Enfin, à Rouen, un plan 2008-2012 comportait plusieurs actions contre la violence, notamment une sensibilisation du personnel sur la conduite à tenir en cas d'incivilités, une identification des zones à risques, et des réflexions sur le renforcement des équipes de sûreté et de gardiennage et de la coopération entre le CHU et les services de police.
 
Le rapport cite également de bonnes pratiques mises en place au CHU de Nîmes, à l'hôpital de La Timone (AP-HM, Marseille), au centre de pédiatrie et de rééducation de Bullion (Yvelines) et à l'hôpital Robert-Debré (AP-HP, Paris). 
 
A La Timone, une médiatrice (chargée par exemple d'expliquer la notion de priorité médicale) a été placée au niveau de l'accueil des urgences, où se trouve également un agent de sécurité. Un groupe d'accueil jour et nuit a aussi été mis en place en réanimation pédiatrique pour mieux répondre aux interrogations des parents, souvent tendus suite à l'admission de leur enfant dans ce service.
 
L'hôpital marseillais dépose systématiquement plainte après un acte de violence et a développé le travail de suivi avec la médecine du travail.
 
L'hôpital Robert Debré a travaillé sur les mêmes problématiques. Avec des résultats, puisque son nombre d'incivilités déclarées est stable depuis plusieurs années. Il a divisé son flux aux urgences pédiatriques entre les "urgences prioritaires" et les "consultations simples". Là encore, l'objectif est d'éviter d'énerver les familles qui patientent depuis longtemps en faisant passer en priorité un cas plus grave. Un agent de sécurité est aussi présent de 10h à minuit.
 
L'une des actions menées à l'hôpital de pédiatrie et de rééducation de Bullion est originale. L'établissement, où les incidents sont souvent causés par des adolescents pris en charge pour obésité morbide, a mis en place une cellule de veille. Elle est chargée de détecter les signes précurseurs de violence et se réunit une fois par semaine pour se prononcer sur des décisions à prendre (sorties anticipées, information de la famille, demande d'intervention d'un psychologue ou de la brigade des mineurs, etc.).
 
Clara de Bort a évoqué l'idée de travailler avec la Haute autorité de santé (HAS) sur la diffusion de bonnes pratiques. Elle a plaidé pour une prévention mieux ciblée, sur certains publics ou certaines périodes, comme les chantiers, où les vols augmentent. 
 
Les actes signalés dans le rapport portent à 71% sur les personnes et à 29% sur les biens. Parmi les premiers, 47% sont des violences physiques, 25% des insultes ou injures, et 20% des menaces. Au total 67 signalements de niveau 4 (violence avec arme pouvant aller jusqu'au crime) ont été recensés. /nc / mb
 

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